dimanche 27 juillet 2014

La souffrance d'anciennes Travailleuses Missionnaires

RELIGIONS - Cette association internationale laïque est notamment implantée à Lisieux
Dans un rapport rédigé par une association d'aide aux victimes de dérives sectaires, une douzaine d'anciennes Travailleuses Missionnaires dénonce les conditions de vie et de travail au sein de leur communauté, implantée notamment à Lisieux.
Un sentiment de malaise règne au sein des Travailleuses Missionnaires. Une douzaine d'anciennes membres de cette communauté religieuse livre des témoignages édifiants sur leurs conditions de vie et de travail dans un rapport publié par l'AVREF (Association d'aide aux victimes des dérives de mouvements religieux en Europe et à leurs familles) sur son site Internet. Travail effréné et non rémunéré, climat autoritaire, soins limités, communication restreinte avec leurs proches, diabolisation du monde extérieur... Ces femmes décrivent toutes les mêmes difficultés rencontrées durant leur passage chez les TM. Le rapport, d'une cinquantaine de pages et intitulé “Le livre noir des Travailleuses Missionnaires de l'Immaculé”, a été transmis à la Conférence des évêques de France. “Nous avons recueilli un premier témoignage il y a 18 mois. Depuis, les langues se délient et d'autres anciennes TM ont pris contact avec notre association. Le dossier n'est pas terminé”, indique le président de l'AVREF, Aymeri Suarez-Pazos.
“Lisieux est un pôle important”

Fondée en 1950 par l'abbé Roussel, la communauté a des missions dans les cinq continents. Elle est connue pour sa chaîne internationale de restaurants “L'Eau Vive” où les TM assurent le service et travaillent en cuisine. Présentes à Lisieux depuis 1995, les Travailleuses Missionnaires tiennent le foyer Louis et Zélie Martin (centre d'accueil spirituel, hébergement et restauration) et participent à la vie liturgique du pèlerinage. “Elles sont une quarantaine à Lisieux, qui est un pôle important de la communauté, presque un passage obligé, explique Aymeri Suarez-Pazos. Les TM fondent une grande partie de leur spiritualité sur l'œuvre de Sainte-Thérèse. Leur première branche masculine a d'ailleurs été créée à Lisieux en 2001”.
Le recrutement se fait essentiellement en Afrique (Burkina Faso, Cameroun), dans les îles du Pacifique et en Amérique latine. Les jeunes filles sont issues de familles modestes. “Elles sont motivées par un appel à la vie religieuse assorti d'une promesse de formation en Europe. Elles n'ont pas la moindre idée de ce qu'elles vont vivre en raison du triple engagement de pauvreté, de chasteté et d'obéissance que l'on va exiger d'elles”, souligne le président de l'AVREF.
“Leur système est étouffant”

Outre les conditions de vie et de travail, plusieurs anciennes TM déplorent un manque de considération de la part des responsables de la communauté. “Même après 16 ans chez les TM, j'étais toujours considérée comme la petite nouvelle qui n'a pas son mot à dire” raconte Gracia. “Leur système est étouffant, on reste bébé toute sa vie et on n'est pas capable de sortir une parole de soi-même” ajoute Emilienne. Toutes reconnaissent pourtant avoir eu du mal à quitter les TM. Et pour cause. “Lorsqu'elles quittent la communauté, elles n'ont plus rien. Pas de papier, pas d'argent, pas de logement. Et de toute façon, le retour au pays serait ressenti comme une honte par leurs familles” explique Aymeri Suarez-Pazos.
Aucune action en justice n'a pour le moment été engagée. Les anciennes TM ne semblent pas animées d'un esprit de vengeance. Elles souhaitent surtout tourner la page, se reconstruire et inciter l'Eglise à réformer la communauté.
Julien LAGARDE
Source: Le Pays d’Auge, 25 juillet 2014


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