dimanche 6 juillet 2014

Moxibustion - La thérapie par le feu enflamme les internautes chinois

Sur le dos d’un patient enveloppé d’une serviette en tissu, le thérapeute Zhang Fenghao verse une solution alcoolisée, qu’il enflamme ensuite : en Chine beaucoup sont convaincus des bienfaits pour leur santé d’un tel acte radical. Connue sous le terme de "traitement par le feu", cette méthode en marge de la médecine traditionnelle chinoise est censée pouvoir soigner le stress, les indigestions, les problèmes de fertilité, voire certains cancers. Le fait que cela reste à prouver scientifiquement ne désarçonne pas les défenseurs de cette pratique séculaire, impressionnante à regarder. Et, affirment-ils, la stimulation par la chaleur des points d’acupuncture - une technique appelée moxibustion - a fait ses preuves depuis longtemps. "La thérapie par le feu surpasse à la fois les médecines chinoise et occidentale", s’enthousiasme M. Zhang, qui forme ses étudiants dans un appartement quelque peu délabré de Pékin. Il demande 300 yuans (35 euros) pour une heure de traitement.
Concrètement, le déroulé des soins paraît simple, même si le danger n’est jamais loin : le praticien applique d’abord une pâte à base d’herbes sur le dos de son patient, qu’il recouvre d’une serviette. Il verse ensuite sur le tissu un mélange inflammable composé d’eau et d’alcool à brûler à 95%. "Cette méthode permet à des gens d’éviter de se faire opérer", assure sans sourciller Zhang Fenghao.
Allongé sur le ventre, le malade, qui se présente sous le nom de M. Qi, attend de façon placide la combustion. Quand Zhang approche son briquet allumé, des flammes oranges et bleues commencent à danser au-dessus de sa colonne vertébrale. "Je ressens de la chaleur, pas de la douleur, seulement de la chaleur, décrit-il. "Je pense que c’est efficace". Âgé de 47 ans, il a subi une hémorragie cérébrale qui a laissé des séquelles sur sa mémoire et sa mobilité. De nombreux Chinois ne peuvent s’offrir des soins coûteux dans un pays où l’assurance-maladie reste balbutiante. Cette situation favorise les soins alternatifs.
Mme Zhao Jing, 49 ans, souffre de maux de dos chroniques. Elle reconnaît avoir été d’abord réticente à l’idée d’un tel traitement. "Mais après m’être renseignée de façon approfondie, je n’ai plus peur", confie-t-elle.
La méthode repose sur la croyance traditionnelle d’un équilibre nécessaire entre éléments chauds et froids dans le corps humain. "Nous faisons un feu sur le corps pour évacuer le froid à l’intérieur", explique Zhang qui assure compter parmi sa clientèle des diplomates étrangers et des hauts responsables communistes.
Le "traitement par le feu" a ce mois-ci enflammé l’internet à cause d’une photo, propagée sur les réseaux sociaux chinois, montrant un homme ainsi soigné au niveau de ses testicules. "Monsieur, comment souhaitez-vous la cuisson de votre viande ?", a raillé un blogueur.
La presse officielle chinoise a par ailleurs récemment jeté un jour défavorable sur certaines officines gérées par des thérapeutes sans qualification, équipés de matériels de sécurité insuffisants. La prévention contre les brûlures s’y résume parfois à un simple seau d’eau, posé sur le sol. "Il y a eu des blessures, des patients qui ont eu leur visage ou leur corps brûlé, par non-respect des normes de sécurité", admet M. Zhang. Mais "j’ai formé des dizaines de milliers d’étudiants et nous n’avons jamais eu à déplorer un accident".
Puis, tandis qu’il inspecte les flammes qui dévorent le dos d’un de ses patients, il déclame un poème : "Un dragon cracheur de feu est descendu sur Terre, faisant naître une thérapie mystérieuse..."
L’air sérieux, il assène enfin : "La médecine a besoin de faire sa révolution. Le traitement par le feu est la solution pour le monde".
Source : Clicanoo, Le Journal de l’île de la Réunion, 6 juillet 2014,
http://www.clicanoo.re/428215-la-therapie-par-le-feu-enflamme-les-internautes-chinois.html