vendredi 4 juillet 2014

Renouveau charismatique - Université catholique de l'Ouest (UCO) : l'Emmanuel à la manœuvre

L'Université catholique de l'Ouest (UCO) d'Angers connaît depuis plusieurs mois d'importants remous internes à tous les niveaux. Violences faites à des étudiants, réforme facultaire chaotique, les contestations montent de toute part notamment chez les salariés laissés dans le flou. Le tout dans un contexte de reprise en main de l'université par la Communauté de l'Emmanuel. Enquête.
Le 18 février 2014, le grand amphithéâtre de l'UCO était plein à craquer. Plus de six cents étudiants étaient venus assister à une conférence intitulée « L'écologie humaine » donnée par Tugdual Derville, porte-parole de la « Manif pour tous » et délégué général d'Alliance Vita, association fondée en 1993 par Christine Boutin. Alliance Vita entend « sensibiliser à la protection de la vie, au respect de la dignité humaine et à la protection des enfants ». Plus clairement, elle milite principalement contre l'avortement, l'euthanasie et le mariage entre personnes de même sexe. La présence de Tugdual Derville orchestrée par le service « Société et culture » du diocèse d'Angers et la direction de l'UCO, relevait donc ce jour-là d'un véritable choix idéologique et politique.
La programmation de cet événement a d'ailleurs été contestée vivement en amont par de nombreux étudiants et la polémique aurait pu ne pas aller plus loin. Or, à la fin de la conférence, un petit groupe d'une dizaine d'étudiants s'est levé pour protester contre la parodie de débat puisque leurs questions n'étaient jamais remontées à la tribune. Ils ont alors été expulsés violemment par un service d'ordre privé extérieur à l'Université, mandaté par les organisateurs et accepté par le recteur Dominique Vermersch. Plusieurs d'entre eux ont été molestés et frappés. Deux étudiants, par ailleurs militants politiques au sein du Parti socialiste et du Parti de gauche, ont porté plainte. Si on ne peut ignorer qu'une telle démarche relève, au-delà de l'exercice d'un droit citoyen, d'une stratégie politique pour signifier une opposition à la tenue d'une telle conférence, les actes graves qui ont eu lieu ce soir-là à l'UCO témoignent d'une certaine ambiance générale.
La mainmise de l'Emmanuel
La présence de Tugdual Derville, la mise en place d'un service de sécurité privé extérieur à l'établissement au sein du l'université n'ont été possibles qu'avec l'accord et sous l'impulsion du recteur Dominique Vermersch. Ce dernier, qui n'est autre que l'ancien modérateur de la communauté de l'Emmanuel (de 2000 à 2009), est arrivé aux commandes de l'UCO en 2012. Un détail de poids puisqu'il symbolise parfaitement la nouvelle tendance de l'UCO depuis la mort de son prédécesseur, Guy Bedouelle, théologien dominicain et docteur en Histoire. Rappelons que l'Emmanuel, clé de voûte du Renouveau charismatique en France (cf. à ce sujet Golias Magazine n° 154), a une influence croissante au sein de l'Eglise catholique depuis sa création en 1976 et une implantation forte en Touraine via des maisons d'accueil recevant plus de 4 000 retraitants par an.
« Année ecclesiale » au lieu « d'Année universitaire »!
Ainsi, des salariés de l'UCO précisent à Golias Hebdo que le recteur Vermersch n'hésite pas à parler d'« année ecclesiale » au lieu d'« année universitaire ». Une touche bien personnelle que le recteur en mission pour l'Emmanuel n'a pas hésité à imposer dès son arrivée en 2012. Son premier éditorial disponible sur le site internet de l'UCO intitulé « La vérité, mot tabou ? » débute selon les mots suivants : « L'Université trouve sa raison d'être dans le service de la vérité. Son projet est de la chercher, de la découvrir, de la communiquer dans tous les domaines de la connaissance ; et par suite de s'y attacher. » En faisant le rapprochement entre l'université et l'universalité des savoirs, le recteur Vermersch ne fait pas qu'oublier que l'université a été mise en œuvre pour produire et transmettre des connaissances, il donne là une ligne de conduite qui en dit long sur ses convictions théologiques et religieuses. Mais le recteur Vermersch n'est pas isolé au sein de l'UCO. D'autres membres de l'Emmanuel ont trouvé une place dans l'encadrement des universités de l'Ouest et à des postes stratégiques. On pense à notamment à Guillaume Raby, secrétaire général adjoint en charge des Ressources Humaines, et Bruno Georges, responsable des dons à l'UCO et chargé de communication à l'Emmanuel. L'Emmanuel compte également dans les rangs universitaires, du personnel à l'intendance ainsi que plusieurs professeurs dont un en théologie et un au sein de l'Institut supérieur de la communication et de l'éducation.
Tensions importantes
Aux événements violents et au quadrillage stratégique et idéologique réalisé par la communauté de l'Emmanuel depuis le changement de direction, viennent s'ajouter les tensions latentes liées à la réforme facultaire (cf. Golias Hebdo n° 330). Des salariés s'entendent dire qu'ils deviendront inutiles après la réforme, d'autres attendent une surcharge de travail qu'ils ne peuvent anticiper alors que le service informatique doit prendre en compte les changements à venir sans par ailleurs recevoir les consignes de développement nécessaires au travail à accomplir. Le recteur Vermersch, tête de pont de la communauté de l'Emmanuel, est bel et bien aux commandes de l'UCO avec un certain nombre d'appuis en interne. Mais la situation se dégrade autant chez les salariés que pour un des étudiants effarés par la gestion « dure » voire violente du dialogue et du débat d'idées. Un peu d'ouverture ne ferait pas de mal à l'UCO. Au fait qu'en pense l'évêque d'Angers, Mgr Delmas, chancelier de l'université ?
Alexandre Ballario
Source : Golias Hebdo, 3 juillet 2014.