mercredi 20 août 2014

Crudivorisme - Manger sans cuire les aliments, ils y ont cru

NUTRITION - Le crudivorisme est l’une des dernières tendances en vogue au sein de la communauté végétarienne...
Un pesto de chénopode blanc accompagné d’un müesli croustillant au sarrasin et d’un jus de peau de pastèque mélangé à des fraises. Pour n’importe quel omnivore, ce menu totalement végétal et cru risque de paraître légèrement indigeste. Mais pour les adeptes du crudivorisme, on peut presque parler d’un repas de fête. Déjà développée aux Etats-Unis ou en Allemagne, la tendance du tout cru séduit de plus en plus en France.
Végétariens, végétaliens, voire fruitariens sont donc nombreux à débrancher la gazinière en dénonçant les effets néfastes de la cuisson, en partie responsable d’une dégradation de la qualité nutritionnelle des ingrédients.
Portés à certaines températures, les minéraux, vitamines ou enzymes nécessaires à l’organisme peuvent être altérés. D’où la naissance de cette mouvance dont les deux piliers sont l’élimination des déchets de l’organisme et la prévention des maladies. Sur le Net, certains adeptes multiplient même les tutoriels pour vanter les bienfaits de ce régime sur le fonctionnement de la thyroïde, des intestins ou sur le cancer. Thierry Casasnovas, 40 ans, fait partie de ces conseillers vidéastes très suivis, même s’il ne possède pas de formation scientifique.
La cuisson pour mieux digérer
Pour certains médecins, son discours n’est pourtant pas sans risque. «On ne peut pas prodiguer des conseils comme ça, témoigne le docteur Gilles Demarque. En adoptant ce régime, des femmes enceintes toxo négatives peuvent avoir des problèmes avec leur bébé. Des crudivores peuvent attraper une dysenterie ou la turista à l’étranger.» Sans oublier d’éventuels déséquilibres si les aliments écartés ne sont pas bien remplacés.
Dans leur assiette, les crudivores s’autorisent fruits, légumes, graines oléagineuses, légumineuses et certains produits comme le riz, le blé, les lentilles après une préparation spéciale. En revanche, pas de pomme de terre puisque celle-ci n’est pas comestible à l’état brut. C’est d’ailleurs le principal argument des défenseurs de la cuisson qui permet une meilleure digestibilité des aliments. Crues, les fibres sont beaucoup plus rugueuses et peuvent déclencher des crises de colites chez les patients fragiles de l’intestin.
Gérard Apfeldorfer: une affirmation de soi à travers la nourriture
Les adeptes de l’alimentation crudivore mettent pourtant en avant l’utilisation de recettes «gourmet». En France, un seul restaurant, le 42 degrés, exploite ce concept. «Chez nous, rien n’est cuit au-delà de cette température (42°C) car nutritionnellement parlant, c’est considéré comme cru. Les enzymes, les vitamines sont conservées. Ce n’est pas de la cuisson, mais de la déshydratation», indique la gérante Emilia Lombardo. La carte révèle ainsi quelques ovnis comme une mousse au chocolat sans œufs et pas cuite ou un plateau de fromage sans lait à base de graines fermentées.
Dans ce cas, le repas devient alors une expérience, un jeu sur les saveurs. D’autant que la notion de cuisine en tant qu’activité sociale est conservée. Psychiatre et nutritionniste, Gérard Apfeldorfer estime qu’il est important de «manger des aliments cuisinés qui ont une histoire, une géographie, du sens. Pas des aliments bruts. Manger du cru pendant quelque temps n’est pas gênant. Cela permet de partir de façon ludique à la découverte de nouvelles choses. Mais si on pense que c’est une façon sérieuse de s’alimenter, non, je ne crois pas» A travers cette «mode» alimentaire, il voit en réalité une façon de s’affirmer. Il s’agit de prouver aux autres qu’on est différent, avant-gardiste, sain de corps de corps et d’esprit. Même si en mangeant cru, on peut finir complètement cuit.
Source : 20 Minutes, 22 juillet 2014,
http://www.20minutes.fr/sante/1420679-alimentation-manger-sans-cuire-les-aliments-ils-y-ont-cru

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