jeudi 14 août 2014

Guadeloupe - Gurus, sorciers, guérisseurs, exorcistes

Ils prétendent avoir la solution à tous les maux et s'autoproclament gurus, sorciers, guérisseurs, exorcistes. Alors qu'avant, ils proposaient leurs services grâce au bouche-à-oreille, aujourd'hui, ils utilisent des affiches, se mettent à l'ère de la technologie et font des annonces sur le réseau social Facebook.
« Je résous tous vos problèmes en 24 heures ! » C'est ainsi que Guru Pratap commence son annonce sur le réseau social Facebook. Une annonce alléchante par les temps qui courent, avec tous les problèmes familiaux et sociaux qui font la une des journaux. À la suite de cette annonce, nombreux sont ceux qui se sont tournés vers lui pour régler leurs soucis : perte d'emploi, divorce et stérilité, entre autres.
« Je suis un grand voyant, médium, spirituel, spécialiste de tous travaux occultes ! Vous avez un problème de mariage ? Vous avez des problèmes à concevoir un enfant ? Vous avez des problèmes dans votre famille ? Vous avez des problèmes financiers ? Vos amis vous détestent ? Vous n'arrivez pas à être aimé par un homme ou par une femme ? Vous voulez être riche ? Je vous aide à résoudre tous vos problèmes, même les cas les plus désespérés. Amour, protection contre les ennemis et les mauvais sorts, guérison de l’impuissance, fidélité absolue (affection retrouvée). Faites venir ou revenir la personne que vous aimez, complexe physique et moraux, chute de cheveux, attraction de la clientèle pour les vendeurs, chance dans tous les domaines, réussite dans les affaires, examens, permis de conduire, concours et timidité, etc. Une solution adaptée à vos problèmes après consultation », dit l’annonce de Guru Pratap.
Contacté, le guru affirme avoir le remède à tous les maux. Il explique que, s'il fait de la publicité pour se faire connaître, ce n'est pas pour la gloire, la célébrité ou l'argent. Il soutient avoir un don et il veut s'en servir pour faire le bien autour de lui. « Je ne suis pas un magicien ou un guérisseur, mais depuis toujours, j'ai un don. Celui le pouvoir d’aider les autres à résoudre leurs problèmes. C'est pour cela qu'au lieu de gaspiller ce don à ne rien faire, j'ai préféré le mettre à la disposition des autres. Je peux tout régler et vous verrez les résultats en 24 heures seulement. Je possède l'art de dévier le cours des choses. On va dire que je peux en quelque sorte modifier votre destin s'il est semé d'embûches ».
L’un des derniers cas qu’il a traités est une femme d'une trentaine d'années qui a fait appel à lui à travers Facebook. Cette dernière, mère de deux enfants, était victime de violence domestique, mais insistait que son mari n'était pas ainsi et qu'il n'avait commencé à la frapper que récemment.
« Cette femme ne voulait pas aller à la police, car elle disait que son mari n'avait jamais été violent à son égard dans le passé. Sinon, le premier conseil que je lui aurais donné aurait été d'aller rapporter le cas à la police et aux autorités concernées. Quand je l'ai reçue pour une consultation, j'ai ressenti qu'il y avait une force obscure qui l'entourait. Elle se plaignait que ce dernier se montrait non seulement violent avec elle, mais aussi envers ses enfants : deux adolescents. Elle me disait qu'elle avait l'impression que son mari ne pouvait plus supporter leur présence et qu'il n’était plus le même. Au début, elle soupçonnait une liaison extraconjugale, mais ce n'était pas le cas », explique le guru Pratap.
Le guru, contrairement à ce que l'on pourrait penser, n'est pas un vieil homme, mais un homme de 40 ans qui en fait dix ans de moins. Cet habitant de Port-Louis a été, pendant des années, agent d'assurance. Cela ne fait que quelques mois qu'il s'est consacré entièrement à « aider les gens avec ses dons ».
Il explique qu'il a donné des conseils à cette dernière pour qu’elle retrouve la paix et l'harmonie dans son couple et son foyer. « Je ne suis pas ce qu'on appelle un traiteur ou un longaniste. Pour tout ce que j'accomplis, je fais appel à Dieu et à travers lui aux forces naturelles. Par exemple, je leur donne des prières appropriées à faire et aussi des solutions inoffensives, que j'ai bénies pour qu’elle les mélange dans la nourriture et les boissons de son mari, pour que ce dernier redevienne lui-même, car cela ne fait aucun doute, quelqu'un essaie de briser cette famille par des forces occultes, mais les prières vont les aider et les protéger », explique-t-il.
Si le guru dit ne pas prendre d'argent pour ce qu'il fait, il accepte les dons, car, pour lui, il s'agit d'une reconnaissance qu'il ne faut pas refuser. Il compte parmi sa clientèle des gens de tous les milieux : hommes d'affaires, amoureux éconduits, personnes en quête de vengeance ou encore de faveur.
« Certains se servent de leurs dons pour le meilleur et pour le pire, mais moi je ne suis là que pour faire le bien. D'ailleurs, à ceux qui me contactent pour faire du tort ou pour une quelconque vengeance, je dis non. Je ne peux que les débarrasser de leur mal et les protéger. Avec internet, plus de gens viennent me voir. Grâce à Facebook, je peux maintenant aider un plus grand nombre de personnes. C'est là ma récompense », dit-il.
Magnétisme
Sur une affiche dans les rues de Port-Louis, on pouvait lire « règle problème de ménage, mauvais zenfant, problème gagne li yeux ». C’est une publicité de Vishal Nagib Acoheea. Il exerce comme guérisseur depuis qu’il a 16 ans. Aujourd’hui, il en a 33. Ce n’est pas sa profession. Il est propriétaire d’une tabagie à Calebasses, où il habite. Il dit faire de la ‘magie blanche’ seulement quand quelqu’un a besoin de ses talents de guérisseur.
« Ce que je pratique est l’ensemble des pratiques ésotériques bénéfiques. Ma méthode est sans danger et elle est fondée sur la maîtrise des forces naturelles et des énergies environnantes. Son but est de concrétiser les désirs, en modifiant le cours des événements. Mais il n’est en aucun cas question de désirs malsains, comme faire du mal à autrui », soutient-il.
À titre d’exemple, Vishal cite le cas d'un enfant de moins d’un an qui souffrait de problème respiratoire. Un trou dans le cœur, les médecins n'avaient aucun espoir. « La mère m’a expliqué que son enfant ne pouvait pas être guéri. Elle ne pouvait se résigner à laisser souffrir son fils, après le verdict des médecins. Désespérée et fatiguée de faire des allers-retours à l’hôpital, de chercher en vain un médecin qui saurait guérir son fils, elle a décidé de se tourner vers la magie, mais elle n’a pas eu de chance. Elle n’a rencontré que des charlatans. Le dernier en date a voulu l’arnaquer de Rs 30 000 », relate-t-il.
Vishal déclare n’avoir pas pris un sou et, grâce à des prières et des incantations des livres sacrés comme la Bible, le Coran et le Bhagavad Gita, avoir pu soulager le bébé. Il souligne qu’il ne peut pas guérir l’enfant et que contrairement aux charlatans, il ne fera pas de fausses promesses contre des sommes d’argent colossales.
« Je n’extorque pas de l’argent à des gens vulnérables en détresse. Je ne manipule pas non plus les gens en jouant sur leurs faiblesses. Avant moi, mon grand-père aussi avait ce don. Et après lui, mon oncle, ensuite moi. Et si on en fait mauvais usage, on le perd. Je me souviens encore que je sentais ce pouvoir en moi quand j’étais enfant, mais je ne le maîtrisais pas encore. J’ai dû, avec l’aide de mon grand-père, apprendre à canaliser mon énergie et c’est quand j’ai eu 16 ans que j’ai été fin prêt à l’utiliser pour faire le bien », indique-t-il.
Il raconte sa première expérience en tant que guérisseur. Il avait 16 ans et a un jour rencontré un chauffeur de taxi qui lui a fait part de ses malheurs. Ce dernier dormait depuis plusieurs nuits dans son taxi, car il avait des problèmes avec son épouse. Ces derniers n’arrivaient plus à s’entendre.
« J’ai senti une force en moi. Je savais que je pouvais aider cet homme. Après des prières, je suis revenu vers lui et je lui ai dit de faire une prière dès que le soleil se lève et de rentrer ensuite chez lui avec le pied gauche. Il a fait comme il avait été conseillé, est rentré chez lui et y est resté. Je ne vais pas vous mentir, je ne demande pas un sou à ce qui viennent me voir. Mais il y en a beaucoup qui, contents de mon aide, m’offrent des choses en reconnaissance », poursuit-il. Depuis, il s’est servi de son don pour « rendre service aux autres et faire le bien » autour de lui.
Penser aux autres
« Le premier don que l'on ait en tant qu'être humain, c'est de penser un peu aux autres, n’est-ce pas ? C'est exactement ce que je fais ». Pauline Ah Kow, que tout le monde appelle Madame Paul, n'a pas froid aux yeux. Elle est consciente que ce qu'elle fait ne plaît pas à certains, mais elle affirme n'avoir rien à se reprocher, car elle ne se sert de ses dons que pour faire le bien.
« Je suis née dans une famille croyante et conventionnelle. Depuis que j'ai découvert mon don à l'adolescence, je me suis consacrée à l'art délicat de faire dévier le cours du destin. Non, je ne suis pas une sorcière, juste quelqu'un qui peut faire des miracles et je suis sans complexe. On peut tout me demander, mais c'est moi qui décide si l'action est en accord avec ma vision des choses, car je ne fais pas de mal aux autres. Je suis là pour vous aider à sortir d'un problème, pas pour y enfoncer les autres », souligne-t-elle.
Cette dernière assure qu'elle est l'intermédiaire entre les « forces naturelles » qu'elle invoque et la personne qui souhaite voir se réaliser une action. « Je ne garantis jamais de résultat et refuse systématiquement d'intervenir, quand il s'agit de problème de santé ou de maladie de cause naturelle. On peut m'appeler sorcière, à la limite, mais pas charlatan », ajoute-t-elle.
Comme Guru Pratap, Madame Paul distribue des petites affiches autour d'elle ou en colle sur les arrêts d'autobus. Le but est ‘d'aider’ le plus de gens possible.
Femme au foyer, elle explique que les gens qu'elle aide donnent ce qu'ils veulent. « Je ne fais pas ça pour l'argent. J'ai moi-même souffert au départ et je sais ce que c'est. J'ai un don et je veux m'en servir à bon escient. Je peux guérir les maladies qui sont causées par les forces occultes, je peux résoudre les soucis familiaux, je peux aussi régler les problèmes de stérilité grâce à des potions faites à bases d'ingrédients naturelles. J'ai aidé aussi beaucoup de parents qui avaient des soucis avec leurs enfants, les femmes avec leurs maris et vice-versa. Certaines femmes et mères se plaignaient d'aller voir la police et les autorités, sans que ces derniers ne puissent les aider », raconte- t-elle.
Madame Paul poursuit : « Au contraire, les choses empirent par la suite. Les enfants et le mari se déchaînent en apprenant que la femme ou que l'homme a porté plainte. Dans ces cas-là, je calme les choses. Je ne joue pas avec le destin, car ce n'est pas une route toute tracée, comme le croient certains. C'est à nous de faire notre propre bonheur ou notre malheur. Moi, j'ai choisi de faire le bonheur des gens ».
Conseil des religions
Le vice-président du Conseil des religions, le pandit Ved Gopee, explique que de telles croyances sont inévitables. Il soutient qu'il faut faire très attention à ces individus qui promettent de résoudre tous les problèmes. « Il faut savoir que ces gens qui clament avoir des dons n'ont rien à voir avec les gens qui ont vraiment les compétences dans le monde de l'astrologie ou relatif aux Védas. Il faut savoir faire la différence.
Les gens qui affirment pouvoir résoudre les soucis ont un don, c'est celui des beaux discours et de la manipulation. Il faut faire très attention à ne pas se laisser avoir. Aujourd'hui, les gens cherchent les solutions faciles et l'argent facile. Voilà pourquoi ceux ayant des soucis vont voir ces gens et pourquoi ces derniers se tournent vers ces professions de guérisseurs et autres », fait ressortir le pandit.
Il poursuit que les gens qui aspirent à une vie autre que celle qu'ils ont sont des proies faciles et qu'il ne faut surtout pas qu'ils tombent dans les pièges et gardent la foi en Dieu. « Les choses suivent leurs cours. Seul Dieu peut intervenir pour mettre fin aux problèmes. Il est normal d'avoir des désirs, des aspirations et des objectifs dans la vie, mais ce n'est pas donné à tout le monde de les atteindre. Il faut bosser dur, mais beaucoup ne sont pas prêts à faire des sacrifices ou à avoir de la patience et se tournent vers la facilité », poursuit-il.
Jenilaine Moonean
Source : Le Défi Media Group, 3 août 2014,
http://www.defimedia.info/defi-plus/dp-societe/item/57299-gurus-sorciers-guerisseurs-exorcistes.html