dimanche 28 septembre 2014

Etats-Unis - L’exorcisme, business 2.0

Les films d’exorcisme sont de nouveau à la mode à Hollywood, avec la sortie notamment ce mois-ci en France de “Délivre-nous du mal”. Mais l’industrie du cinéma n’est pas le seul secteur à surfer sur cette mode. De plus en plus d’individus aux Etats-Unis se déclarent exorcistes et font désormais fructifier leur business sur le Net.
 
La petite chambre d’hôtel est on ne peut plus banale. C’est à Burbank, dans la banlieue de Los Angeles, qu’on retrouve Bob Larson pour une séance d’exorcisme privé. Brandon, une quarantaine d’année, Monsieur tout le monde, en jean t-shirt, est assis sur le canapé. Il est venu voir le “Révérend Larson”, car il se dit possédé. Quant à Larson, il est habillé de sa tenue de pasteur: une chemise noir avec un col blanc, un pull rouge et il porte une croix autour du cou. La Bible dans une main, son immense croix d’exorcisme dans l’autre. Face à face.
Bob Larson lui pose de nombreuses questions et arrive à la conclusion que Brandon est bel et bien possédé. Le rite débute par des prières, tout en jetant sur Brandon de l’huile sainte et de l’eau bénite. Il a alors les yeux qui se révulsent, sa voix devient beaucoup plus grave. Larson hausse le ton et demande au «démon» de se nommer. Avec une voix d’outre tombe, Brandon répond «je ne suis pas autorisé à te répondre». Le révérend hausse à nouveau le ton et lui demande depuis quand il le possède. La voix répond : «nous l’avons depuis qu’il est enfant». Larson se met alors à hurler à de nombreuses reprises: «Pars! Je veux Brandon ! » Ce dernier revient enfin à lui. Il raconte qu’il a eu une enfance très difficile. Larson essaye de le détendre comme il peut, l’homme semblant apeuré par tout ce qui se passe.
Coups de Bible dans la figure

Puis il est temps de faire de nouveau face au «démon». Mais cette fois, Larson veut des réponses, «Au nom de notre seigneur Jesus Christ je te somme de quitter Brandon!» et il lui assène plusieurs coups violents de Bible dans la figure. Le combat continue pendant plusieurs minutes. A un moment «le démon» éructe : «Nous l’avons, nous voulons qu’il se tue et qu’il emmène d’autres personnes avec lui».
Larson décide d’arrêter là. Il explique à Brandon qu’il est très possédé et qu’il ne pourra pas lui venir en aide avec seulement une séance d’exorcisme. Il lui explique qu’il souffre d’une “possession multiple” et qu’il se pourrait même que, par le passé, il ait été possédé “par Satan lui-même”. Larson affirmera plus tard que malgré son expérience, il avait rarement vu quelqu’un d’aussi possédé. En préparation avant leur prochaine rencontre, Larson somme à Brandon de lire la Bible, d’acheter une croix et d’aller à l’église. L’exorciste prend alors Brandon dans ses bras pour le réconforter. «Je sais que tu es quelqu’un de bien. Ce n’est pas toi qui à ces mauvaises pensées. Je ne veux surtout pas te voir à la Une des journaux télé».
Un succès rentable sur internet

«L’exorciste» n’est pas seulement le titre d’un film. C’est un rite pratiqué par l’église catholique lorsqu’une personne est déclarée «possédée» par un démon. Ces dernières années, Hollywood s’en est donné à coeur joie avec ce sujet, de «L’exorcisme d’Emily Rose» à «Le Rite» avec Antony Hopkins. Mais il n’y a pas qu’Hollywood qui surfe sur le succès vendeur de l’exorcisme. Sur internet, en quelques clics, il est possible de trouver des dizaines de sites sur le sujet. Surtout, nombreux sont ceux qui prétendent être exorciste. Bob Larson fait partie de ces «exorcistes», mais à la différence de certains, il a beaucoup investi dans son site internet, ce qui le rend très attractif. Bref, aux Etats-Unis l’exorcisme est devenu un vrai business et il est pratiqué par des personnes pas toujours officiellement reconnues par les églises.
Le révérend Bob Larson, 69 ans, père de trois filles, revendique être «le plus grand expert au monde sur les cultes, l’occulte et les phénomènes surnaturels». Rien que cela. Il affirme également qu’au cours de ces trente dernières années, il a pratiqué plus de 20.000 exorcismes. Bob Larson est aujourd’hui à la tête de sa propre église, branche du protestantisme, et il a également créé une école qui propose des cours d’exorcisme en ligne. Précision importante: l’église protestante ne reconnait pas l’exorcisme. Est-il un gourou? Religion et business semblent en tout cas faire bon ménage.
Larson s’est longtemps cherché. Musicien professionnel dans un groupe de rock, il est ensuite allé à l’université pour devenir médecin. Mais lorsqu’il a trouvé la foi, il a abandonné cette idée. Il est alors devenu orateur de motivation, ce qui lui a permis de voyager dans le monde entier et surtout de rencontrer ses premiers exemples de possession, selon ses dires. Ensuite, il a étudié le journalisme et s’est mis à écrire des livres. Avant de finalement devenir présentateur d’une émission radio pendant près de vingt ans.
Une séance à 495 dollars

Tout au long de son parcours, il a continué à rencontrer des personnes “possédées”. C’est alors qu’il s’est découvert «un don exceptionnel que la plupart des gens normaux n’ont pas. Finalement il y a 15 ans, j’ai décidé de faire cela publiquement et à temps complet». Bob Larson «le grand exorciste», maintenant enseignant, n’a jamais reçu d’enseignement sur le rite. Selon lui, il n’y a pas de livre qui permette d’apprendre, le seul vrai moyen étant de recevoir les enseignements par quelqu’un qui pratique déjà et qui a de l’expérience. Mais Larson ne connaissait personne capable de lui enseigner une telle pratique, il aurait donc appris par lui-même...
Son discours est bien rodé. Les explications sont claires et imagées jusqu’au moment où il se contredit : «beaucoup de gens qui viennent me voir en pensant être possédé ne le sont pas, ils sont simplement malades mentalement.» Mais un client est un client. Depuis peu, il a même commencé à réaliser des exorcismes par webcam ! Lorsque l’on parle d’argent, le révérend fait d’abord la liste de tous ses frais, avant de déclarer que «tout cela coûte beaucoup d’argent. Nous devons donc accepter les cadeaux et demander des dons pour pouvoir continuer». Il déclare que l’argent reçu finance son ministère. Quant à lui, il «touche simplement (s)a pension de retraite».
Pourtant, une heure de son temps vous coutera la modique somme de 495 dollars. Quant aux sessions par skype, Scott Bixby, un jeune blogger qui s’est essayé à l’expérience, prétend que le don suggéré pour une telle séance est de 295 dollars. Si vous souhaitez suivre ses cours par correspondance pour devenir vous aussi prêtre exorciste, pas de problème ! Il vous suffit simplement de débourser entre 1000 et 2500 dollars. Et enfin, on retrouve à la vente sur son site internet, ses livres, ses DVD dont le top 10 de ses meilleurs exorcismes, ainsi que sa croix.
Exorcisme 2.0

Mais tout le monde n’a pas les mêmes moyens que Bob Larson. Carlos Oliviera, 53 ans, cinq enfants, est prêtre exorciste à plein temps. Il est le créateur du site «Gotdemon.com» (vous avez un démon? ). Son site offre des exorcismes 2.0 par Skype ou par téléphone. Etre exorciste est une réelle vocation pour Oliviera. Il affirme avoir reçu un appel de Dieu, il y a 24 ans de cela. Mais avant d’être exorciste, il était lui aussi musicien professionnel et c’est au cours d’un concert qu’il a rencontré une femme possédée. «Cette confrontation avec le mal a été comme un déclic pour moi», dit il. Ce n’était pourtant pas son premier exemple de possession, puisqu’il affirme que lorsqu’il n’avait que 6 ans, ils avaient déjà vu certains membres de sa famille être possédés.
Carlos Oliviera n’a pas suivi de formation. Il a simplement acheté des livres sur le sujet et étudié la Bible. Avant de procéder à un exorcisme, Oliviera s’assure que la personne est vraiment possédée. «C’est à moi de diagnostiquer le problème, je pose des questions, j’observe, j’écoute si la personne parle d’une douleur, je regarde aussi d’éventuels signes laissés sur le corps». Selon lui, faire le diagnostic d’une personne possédée ou non est encore plus difficile que de diagnostiquer une maladie pour un médecin.
Il prétend faire la différence entre une possession et des problèmes mentaux, même s’il est persuadé que les problèmes mentaux sont causés par la possession. Avant d’avouer : «j’ai eu des problèmes mentaux et lorsque je me suis dépossédé de mes démons je ne l’étais plus». Il aurait même été attaqué par un démon. «Ça m’est déjà arrivé de me faire frapper à la tête par un démon la nuit quand je dormais».
Carlos Oliviera apprécie regarder les films d’exorcismes Made in Hollywood et estime que ce qui est présenté dans les films n’est pas toujours vrai. «Mais quand vous êtes dans une situation où quelqu’un est vraiment très possédé, tout peut arriver. Comme par exemple une lévitation, des objets projetés dans la pièce...»
Oliviera ne fait pas beaucoup d’exorcisme en présence de la personne. «La meilleure façon de faire un exorcisme reste encore de le faire par téléphone». Lorsqu’on lui demande si c’est vraiment efficace, il répond que «Jésus Christ chassait les démons de personnes possédées alors qu’elle n’était pas là et il n’avait pas de téléphone». Il indique faire en moyenne une dizaine d’exorcismes par semaine au téléphone. En personne, il en fait environ 300 à 500, le tout sous forme de meetings de groupe. Et enfin, son site internet enregistre plus de 10.000 visiteurs par mois qui peuvent profiter de ses vidéos pré-enregistrées pour se faire exorciser en quelques clics.
Résultats non garantis

Carlos Oliviera dément demander beaucoup d’argent et préfère parler de donations et de cadeaux. Pourtant, sur son site les prix sont clairement affichés. Pour assister à l’un de ses séminaires, le prix, si l’on réserve la place, est de 10$ par personne, 15$ par couple, 30$ sans réservation. Par téléphone, la session d’une fois une heure est de 50$ et les sessions de trois fois 30 minutes coûtent 100$. Et si l’on est très attentif, on peut lire que les résultats ne sont pas garantis.
Père Gary Thomas présente un profil a priori plus sérieux. Il fait partir des rares prêtres à être mandatés par l’église catholique. Il officie en Californie. Après avoir passé douze ans dans la même paroisse, le père Thomas voulait prendre une année sabbatique. Avant que son évêque ne lui propose de suivre une formation spéciale au Vatican pour devenir exorciste. C’est au cours de ses études à Rome qu’il a rencontré le journaliste Matt Baglio, qui a, par la suite, écrit un livre sur lui et le rite de l’exorcisme. Ce livre a ensuite permis de réaliser le film «The Rite» avec dans le rôle du Père Thomas, Antony Hopkins. Le prêtre a d’ailleurs été consultant pour le film et a accompagné Hopkins tout au long de la promo du film.
Le père Thomas est toujours autant étonné de voir qu’après toutes ces années, beaucoup de gens viennent lui demander si ce qu’il fait ressemble au tout premier film «L’exorciste». «Toutes les situations ne sont pas des possessions totales comme on peut le voir dans les films, dit il. En réalité, c’est quelque chose de vraiment très rare. J’ai eu l’occasion d’en voir quelques-unes à Rome et une seule aux Etats Unis», a t-il révélé dans un interview d’octobre 2009 pour le site bustedhalo.com. Mais il précise que les plus petites possessions sont plus courantes.
Selon lui, il existe différents niveaux de possession. Le premier est l’infestation: lorsqu’un démon s’attache aux choses, comme par exemple une maison. Le deuxième est l’oppression et l’obsession: lorsqu’une personne se sent très déprimée ou totalement obsédée par l’idée que Satan est présent dans leur vie. Dans ces deux cas, les personnes peuvent continuer à vivre normalement sans que l’on ne détecte rien de «démoniaque». Et enfin LA possession. À ce stade là, l’individu n’est plus capable de répondre à ses propres besoins et n’est plus en mesure de prendre des décisions par lui-même.
Un rite officiel précis
Gary Thomas affirme que les signes les plus courants d’une possession sont le roulement des yeux, l’incapacité à entrer dans une église, une gène en présence d’objets religieux. Mais également la connaissance de ce qui ne peut être connu, comme la capacité de parler une langue inconnue. Dans des cas extrêmes, des contorsions du visage et des changements de voix. Thomas ajoute même qu’une personne peut prendre l’apparence d’un serpent !
Dans 80% des cas, les gens qui viennent lui demander son aide seraient d’anciennes victimes d’abus sexuels. Le prêtre pose également des questions sur l’utilisation de la pornographie, de la drogue, sur les habitudes, la famille, d’éventuel traumatismes. N’importe quoi qui pourrait révéler, selon l’église catholique, «une ouverture» pour les démons.
À la différence de Larson et Oliviera, le père Thomas n’effectue ses exorcismes qu’en présence «du possédé» et uniquement dans une église. Il est également entouré d’une équipe qui se compose de psychologues, de psychiatres, de médecins tous catholiques, croyant en la possible existence de Satan. Il s’entoure également d’autres membres du clergé et des prêtres.
Gary Thomas suit le rite de l’exorcisme à la lettre en récitant les prières et en utilisant sa croix et de l’eau bénite. Il somme également le démon de partir : «Au nom de notre seigneur Jesus-Christ, je te demande de partir». Ce prêtre exorciste à temps plein consacre environ 15% de ses 40 heures de travail par semaine à la pratique de l’exorcisme.
Pour Carlos Oliviera, «il y a beaucoup plus de démons qu’il n’y a d’humains sur cette planète. C’est impossible de donner un chiffre, mais basé sur mon expérience et mes croyances, je crois que 99% de la population est possédée et pas seulement par un démon mais plusieurs». Si ces chiffres sont exacts, c’est un business qui n’est pas près de connaitre la crise...
Warner Bros

Source : Le Ben Franklin Post, France Usa Media, 10 septembre 2014,
http://franceusamedia.com/2014/09/lexorcisme-business-2-0-aux-etats-unis/