mercredi 17 septembre 2014

La pièce Les Squames censurée à Angers

La pièce de Barthélémy Bompard a été interdite au festival des Accroche-Cœurs. Joint par Le Figaro, le directeur de la compagnie exprime son indignation.
Une douzaine d'intégristes musulmans et quelques catholiques révoltés se sont rebellés contre la compagnie angevine Kumulus. Leur performance de rue, Les Squames, a déclenché la polémique à Angers, lors du festival des Accroche-Cœurs.
Sur la place de la République, à une demi-heure de la fin du premier spectacle angevin de la troupe, les artistes ont été interrompus par une douzaine d'intégristes musulmans, le Coran en main, contraignant le directeur artistique du festival d'appeler la police, et le maire d'annuler les représentations des Squames pour «éviter d'autres débordements».
Le spectacle met en scène des humanoïdes au corps noirci qui agissent avec des comportements de primate. Ainsi grimés, les acteurs se promènent entre les grilles d'une cage. Leurs corps charbonneux exposés font référence aux phénomènes de foires et aux exhibitions ethnologiques. Le spectacle invite à remettre en question notre vision de la différence. Selon son créateur, les passants sont alors les gardiens de ces étranges créatures: ce qui aurait déplu à certains.
Censurée par la municipalité, la compagnie fait appel à la démocratie et à la liberté d'expression. Le directeur de la compagnie, Barthélémy Bompard, confie ses impressions: «Nous avons été interrompus par douze personnes à l'ouverture d'esprit restreinte, pas loins de l'obscurantisme. Il y a eu une montée de tension. Ce n'est pas la faute du public, mais plutôt celle du maire qui ne sait pas gérer son public. C'est un laisser-faire, on met un doigt dans l'engrenage: on annule Kumulus, puis c'est un spectacle de danse, etc. Nous sommes confrontés à un grave problème de société». Il aurait longuement parlé avec la mairie. La décision du maire ne change pourtant pas, subissant aussi la pression de quelques catholiques choqués.
Du théâtre de rue... en salle
Selon l'avocat adjoint à la culture, Alain Fouquet, le maire n'aurait «pas cédé face aux intégristes et à l'intimidation» et aurait «voulu privilégier, sous la pression, la sécurité du public familial». Pourtant, les autres troupes du festival s'en mêlent et menacent de ne pas se produire. Sous l'effet de cet élan solidaire et face à l'éventualité d'une annulation complète du festival, le maire «laisse évoluer sa position».
L'intervention des autres troupes a beaucoup aidé, selon le directeur de Kumulus. «J'aurais fait la même chose à leur place, c'est inacceptable. Heureusement, nous avons le soutien du public et des autres compagnies».
Accusés de racisme
Kumulus, créé par Bompard en 1986, mobilise 18 personnes pour Les Squames et semble avoir toujours œuvré dans la polémique, «le décalage et la déraison». Ce dernier explique son projet: «J'ai créé cette pièce pour parler du racisme, de la différence et de l'enfermement. Je veux parler du fait que l'homme est un loup pour l'homme» dit-il.
Or, le groupe qui les a interrompus à Angers les accuse précisément de racisme. Parmi les 250.000 spectateurs du festival, une douzaine a réussi à déclencher la censure municipale. Il s'agit en effet d'un spectacle provoquant, mais qui invite à la réflexion et à la discussion. Alain Fouquet souligne d'ailleurs que la pièce a rempli sa fonction en créant immédiatement un débat de société.
Barthélémy Bompard prévoit une prochaine œuvre appelée Naufrages, et a beaucoup apprécié sa première visite à Angers... même s'il ne s'attend pas à une invitation au festival de l'année prochaine.
Source : Le Figaro, 15 septembre 2014,
http://www.lefigaro.fr/theatre/2014/09/15/03003-20140915ARTFIG00328-theatre-de-rue-la-piece-les-squames-censuree-a-angers.php

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