samedi 4 octobre 2014

Bourgogne - "Amour et Miséricorde" : le dossier de la secte présumée est relancé

Eliane Deschamps, fondatrice du groupe de prière "Amour et Miséricorde" créé à Dijon, a été mise en examen pour abus de faiblesse dans le cadre d'activités sectaires au mois de juillet dernier.
L'association "Amour et Miséricorde" a été créée en 1999, à Dijon, sous le nom de "Notre Dame de la paix et de la Miséricorde". Eliane Deschamps, dite la "petite servante" ou la "voyante", est la fondatrice de ce groupe. Elle a été mise en examen en juillet 2014 pour abus de faiblesse dans le cadre de dérives sectaires.
L'apparition de la Vierge
Tout commence dans la nuit du 15 au 16 août 1996. Eliane Deschamps prétend avoir vu la Vierge au beau milieu d'une forêt à 00h06 exactement. Depuis ce jour, Eliane Deschamps, fondatrice du mouvement "Amour et miséricorde" affirme que cette apparition se reproduit tous les 15 du mois, à la même heure.
Du 18/08/96 et le 15/12/99, ces apparitions se seraient produites dans la forêt de Daix, près de Plombières-les-Dijon, au lieu-dit "La porte du Diable".
Du 15/01/2000 au 15/06/01, la Vierge serait alors apparue toujours en Côte d'Or, à Velars-sur-Ouche, non loin du lieu de culte habituel du groupe, à Notre-Dame d'Etang.
Depuis le 15/07/01, la Vierge apparaîtrait dans le jardin d'un chalet, appartenant à l'un des membre du groupe, situé à Chaussin, dans le Jura cette fois.
Des messages du Christ lui-même
Selon Eliane Deschamps, tous les 15 du mois à 00h06, la Vierge apparaît pour lui délivrer des messages. Elle explique recevoir également des messages du Christ lui-même. Pendant les apparitions, "la petite servante" répète ces messages à haute voix qui sont ensuite enregistrés pour être diffusés.
La voyante organiserait encore à l'heure actuelle des séances de "24 heures de prière", le vendredi soir qui suit ou qui précède le jour de l'apparition. Cette nuit-là, des rites exorcistes se dérouleraient après que les adeptes aient jeûné toute la journée. Entre les prières, les membres prendraient la parole, un peu comme s'ils étaient soumis à l'obligation de se confesser en public.
Une cinquantaine d'adeptes
Aujourd'hui installée à Petit-Noir, village jurassien du pays Dolois, Eliane Deschamps vit toujours avec plusieurs membres de la communauté. Une cinquantaine de personnes seraient encore sous l'influence de la supposée "gourelle". Des adeptes qui ont pour la plupart quitté leur famille ou même rompu tout lien social.
En 2002, les premières plaintes sont déposées par les proches et les familles des adeptes d'Eliane Deschamps. Ces plaintes sont classées sans suite, un non-lieu est notamment rendu en 2007.
Par la suite, de nombreux témoignages de familles, dénonçant des situations de ruptures familiales et manipulations mentales, sont recensés et d'autres plaintes sont déposées. Un juge d'instruction est saisi de l'affaire. Une enquête menée par la gendarmerie de Dijon commence.
En 2008, Georges Fenech, député UMP du Rhône et président de
la Miviludes à l'époque, se rend lui-même à Chaussin dans le Jura pour rencontrer Mme Deschamps. Suite à cette visite, Georges
Fenech affirme qu'il y a des dérives sectaires au sein du groupe de prière "Amour et Miséricorde". La Miviludes, "Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires", rend alors un rapport sur la communauté d'Eliane Deschamps.
En 2009, "l'Association Pour le Dialogue et la Réconciliation" est créée en Côte d'Or. Aleth Saint-Hillier est présidente de l'ADER 21, une association qui regroupe 180 personnes à travers toute la France. L'association a pour but de protéger les victimes et les proches des victimes de la communauté. Plusieurs personnes de la famille
d'Aleth Saint-Hillier sont toujours des adeptes de "la petite servante". Mme Saint-Hillier se bat depuis plus de dix ans pour reprendre contact avec ses proches.
Pendant plusieurs années, le dossier ne bouge pas. Le groupe de prière, soupçonné de dérives sectaires, se fait discret. Il est très difficile pour la justice d'avancer dans cette affaire.
L'archevêque de Dijon prend position
En avril 2013, monseigneur Roland Minnerath, archevêque de Dijon, dénonce pour la première fois les agissements d'Eliane Deschamps. Dans un communiqué, il prend véritablement position :
« j'invite instamment les personnes qui maintiendraient encore un lien à connotation religieuse avec Mme Deschamps à prendre leurs distances et à renouer avec leurs familles qui les attendent »
La même année, plusieurs personnes décident de quitter "'Amour et Miséricorde" comme Magali, la fille d'Eliane Deschamps, sortie de la communauté en 2007 et qui dénonce depuis les agissements de sa mère.
Mise en examen pour abus de faiblesse
Un an plus tard, en juillet 2014, Eliane Deschamps est mise en examen. Elle a donc été entendue par le juge d'instruction. Elle a contesté les faits qualifiés pénalement "d'abus de faiblesse de personnes en état de sujétion psychologique par un dirigeant de fait ou de droit d'un groupement ayant pour but d'exploiter cet état" qui lui sont reprochés, au préjudice de 19 personnes.
Des expertises doivent être effectuées afin de démontrer l'existence de pratiques d'emprise mentale au sein de ce groupe. Le dossier ne devrait pas aboutir avant plusieurs mois.
Par Pauline Ringenbach
Source : FR3 Bourgogne, 1er octobre 2014,
france3-regions.francetvinfo.fr/bourgogne/2014/10/01/amour-et-misericorde-le-dossier-de-la-secte-presumee-est-relance-561470.html