mardi 14 octobre 2014

Caen - Le pseudo médium a détourné 100 000 euros à un couple en manque d’enfant. Deux ans dont un an ferme

Alors qu’il fréquentait en 2004, l’école de police de Saint Malo, il avait été renvoyé suite à un entretien avec la psychologue de l’établissement qui l’avait classé comme manipulateur. “Ah ! ah ! vous m’avez démasqué” avait-il clamé à la psy, tout en souriant...
Et elle avait bien vu cette professionnelle. Car ce breton d’origine, titulaire d’un DEUG en droit, installé à Caen depuis l’année 2003, et qui a travaillé chez Conforama Mondeville, a répondu jeudi dernier, devant le tribunal correctionnel de Caen, d’abus frauduleux de faiblesse d’une personne en état de sujétion psychologique ou physique résultant de pressions ou techniques de nature à altérer le jugement. accessoirement on lui reprochait l’exécution de travail clandestin.
Agé aujourd’hui de 30 ans, Erwan, s’était installé à Caen et y avait fait rapidement la connaissance de voisins, avec lesquels au fil du temps, il avait sympathisé. Un couple fragilisé, par une absence de grossesse, surtout l’épouse, ayant subi de nombreuses fausses couches et plusieurs tentatives pour aider la nature.. Trentenaire également, la femme angoissait en permanence, de ne pouvoir donner la vie à un petit être.
Erwan, s’était transformé en confident de cette femme devenue fragile psychologiquement et qui quotidiennement lui parlait de ses angoisses, de ses tentatives médicales (7 FIV) et même de son approche des arts divinatoires. Elle lui confiait un livre dans lequel elle se plongeait souvent (La lumière sur le Royaume ou Pratique de la magie sacrée au quotidien) censé l’aider à une purification et une élévation par des rituels de feu.
Ce livre, le jeune homme l’utilisera pour parfaire son influence sur le couple et finira par organiser avec leur accord, des messes noires (parce qu’organisées de nuit, à la lueurs de bougies de différentes couleurs) réalisées dans le temple (en fait le garage des soumis, dans lequel les murs seront tapissés de draps) les participants revêtus de tuniques et porteurs de chapeaux coniques semblables à ceux du Ku Klux Klan. Il se faisait alors appeler Cornelius.
Delphine se faisait tirer les cartes par Erwan, qui lui disait : “patience, une grossesse viendra mais elle sera difficile”. Ce qui se passera. Pendant toute cette grossesse, c’est lui qui, prenant la place du mari, accompagnera la femme aux visites médicales obligatoires, lui apportant toute son attention, pour mieux la soumettre.
Il s’installera aussi sans être déclaré, comme médium. Au moins 141 clients viendront entendre “sa bonne parole”. Son petit ami de l’époque parlera lui, de plus de 1000 clients. Dont un certain nombre seront reçus à Troarn, où Erwan consultait.
Le hasard donnera dans ces entrefaites un enfant à Delphine et Jean (prénoms d’emprunt). Un enfant que cette femme fragile mentalement a toujours craint de perdre puisqu’elle avait tant espéré l’avoir.
Manipulateur, Erwan a fait montre, au fil du temps, d’un fort potentiel d’emprise et d’un côté théâtral, revendiquant ses dons de voyance puisqu’il avait, croyait-elle, pu lui faire avoir un petit garçon. Il pouvait donc dans son esprit, le lui reprendre, précisant : un enfant n’appartient pas à ses parents.
C’est alors qu’il a commencé à se faire payer ses prestations. il fallait lui verser 1000 euros par mois. Jean (le père de l’enfant) versera aussi 20 000 euros aux parents d’Erwan, afin de payer leurs dettes. En tout, cette mauvaise plaisanterie reviendra à ce couple affaibli, et soumis par la peur, à la coquette somme de 100 000 euros.
Tant pendant sa garde à vue que pendant l’instruction à l’audience, Erwan a réfuté toutes les accusations. “Les pratiques de messes noires, c’est elle qui m’a donné le livre et m’a en quelque sorte initié en me montrant les bougies et les plaques?... qu’elle utilisait. L’argent versé par Jean, je ne lui ai rien demandé. Les sommes versées à mes parents demandez lui pourquoi, je n’y suis pour rien. Il me disait qu’il faisait ce qu’il voulait de son argent....”
Le dossier fait apparaître que le couple a fini par se séparer en 2008, après que Delphine ait découvert du Viagra dans les affaires de son époux et qu’il lui ait avoué qu’il fréquentait Erwan.
Erwan qui avait fini par persuader Jean qu’il était homosexuel. Les deux hommes se sont mis en ménage. Faisant huit voyages en Egypte, après que Jean ait démissionné de son emploi. Pour des voyages de purification...
Il a réussi également à persuader la mère de Delphine, une femme aujourd’hui presque septuagénaire, qu’elle devait quitter son mari, car il ne l’aimait pas.
Et les a fait se séparer, la forçant à vendre un bâtiment pour lui verser 7 000 euros. Une femme remise avec son mari, présente à l’audience qui affirme “qu’Erwan s’intéressait beaucoup à la Scientologie. Il m’a dit qu’il fallait qu’on vende notre maison et qu’on garde l’argent car il en aurait besoin”.
Delphine explique à l’audience, “il me disait lors des séances dans le garage qui avait fini par devenir un tribunal, que j’étais matérialiste, qu’il fallait toujours lui donner de l’argent . Sinon il intercéderait contre notre enfant. Jean a quitté son travail sous l’influence d’Erwan et a organisé son insolvabilité et c’est donc moi qui ait payé une grande partie de l’emprunt de 17 000 euros que nous avions contracté pour qu’il s’achète une voiture. Mon mari m’a avoué sa relation homosexuelle avec lui “pour développer son sens artistique”, car Erwan l’avait bien persuadé qu’il était homosexuel”.
Pour Me Revel qui défendait Delphine, “ce monsieur c’est Astérix chez les devins. Après avoir institué le doute il a pris de l’emprise sur le couple, utilisant pour cela son intelligence et sa faculté de réponse à tout. Ce sont les collègues de travail de Delphine qui un jour de septembre 2008 découvriront Delphine en pleine crise d’angoisse et de nerfs, terrorisée par la peur de perdre son enfant à cause de celui qui lui avait permis de l’avoir et la menaçait de lui reprendre allant jusqu’à la harceler de nombreuses fois en pleine nuit, au téléphone.
Elle sera hospitalisée plusieurs semaines en psychiatrie où il apparaitra qu’elle est sous l’emprise totale du soi disant médium”.
L’avocat réclame des dommages et intérêts importants : 60 000 euros en tout.
Assurant la défense des parents de Delphine, Me Pichot, se dit “révolté par la façon dont le prévenu banalise les faits, faisant abstraction de ce à quoi il a assisté. Il pourrait avoir ne serait-ce qu’un soupçon de pudeur face à Delphine”. Et explique comment la mère a quitté son mari “qui l’a récupérée en l’informant que si elle ne rentrait pas au foyer, elle ne verrait plus ses deux garçons”. Il demande 4500 euros de dommages et intérêts.
Annabelle Le Texier, procureur adjoint revient sur les circonstances qui ont conduit ce couple “qui allait bien avant cette rencontre mis à part le manque de bébé. Un enfant né en 2006 et attribué aux pouvoirs du prévenu, surtout qu’un spécialiste lui avait parlé de la possibilité d’adoption”.
La magistrate estime qu’Erwan “a en fait pris la place du bébé dans un premier temps, puis du mari, passant toutes ses journées au domicile du couple, devenu leur confident. Plus tard ce seront les nombreux coups de téléphone, la nuit, parce qu’elle refusait de lui donner de l’argent. L’enquête les a prouvés. Puis se faisant passer pour le Créateur, il la menace de lui reprendre l’enfant qu’il lui avait donné.
Les collègues de travail de Delphine avaient constaté un amaigrissement soudain, et noté cette réflexion : “je suis sous l’influence d’un magicien très puissant qui veut me reprendre mon enfant”.
La procureure démontre point par point l’abus de faiblesse envers cette femme terrorisée à l’idée de perdre son enfant. S’agace quand elle reprend les déclarations du prévenu qui justifie ses appels de nuit en expliquant “avoir eu envie de parler à ces heures indues alors qu’il passait l’essentiel de ses journées au domicile de sa victime. Des pratiques pour accentuer son emprise et l’état de vulnérabilité de cette femme”.
Elle rappelle que des enregistrements audio ont été retrouvés par la police judiciaire “où le mis en cause s’entraîne et s’amuse de propos tels que : je leur ai demandé 100 000 euros mais j’aurais dû leur demandé le double. Rires gras. Je vais lui exploser la tête, tuer cette pourriture.. éclats de rire plus prononcés et forts. Il dit qu’il répétait des scènes de théâtre qu’il pourrait mettre dans un film . qui le croira?... Les sommes reçues sont importantes par rapport aux revenus du couple. il y a un important préjudice patrimonial. 100 000 euros en deux ans et demi ce n’est pas rien. Delphine a touché le fond, au point d’être hospitalisée plus de deux mois. Le travail dissimulé, il le reconnaît mais l’on sait que dans ce genre d’activités, on paie souvent en liquide. Son compagnon de l’époque parle de plus de 1 000 clients”.
Elle demande une sanction de deux ans de prison avec sursis mise à l’épreuve de trois ans avec interdiction de contact avec les victimes, interdiction d’exercer la profession de voyant ou médium pendant 5 ans et obligation d’indemniser les victimes.
L’avocat de la défense, Me Morin du barreau de Lisieux a plaidé la relaxe mais n’a pas été entendu.
Après délibéré, le tribunal a condamné Erwan Allain, qui était absent au délibéré , à deux ans de prison dont un an ferme. L’autre année se fera en sursis mise à l’épreuve durant 3 ans avec obligation de travailler, d’indemniser les victimes, interdiction de contact avec Delphine et ses parents. Il lui est interdit d’exercer la profession de médium, voyant durant 5 ans et il doit verser à Delphine plus de 42 800 euros.
Gérard - votre Editeur @
Source : Caen Savez-vous..., 13 octobre 2014,
www.caensavezvous.fr/?cat=1