vendredi 17 octobre 2014

Interview - Serge Blisko, président de la Miviludes Sectes : « Nous avons 2 500 signalements par an »

Serge Blisko, 64 ans, président de la Miviludes, est né et a fait ses études de médecine à Nancy.

Le Nancéien Serge Blisko dirige la lutte anti-sectes en France depuis 2012. Il met en garde contre les mensonges des pseudo-thérapeutes.

Pouvez-vous faire un rapide état des lieux de la menace sectaire en France ?
Nous recevons environ 2 500 signalements par an à la Mission interministérielle de luttes contre les dérives sectaires (Miviludes). Évidemment, dans le lot, tout n’est pas suspect. Il peut s’agir d’attirer notre attention sur des pratiques douteuses, comme celles de certains thérapeutes aux propositions miraculeuses.

Vous êtes médecin de métier. Quels sont les dangers de ces thérapies parallèles ?
Il y a un peu de charlatanerie, un peu d’escroquerie, un peu de poudre de perlimpinpin. Au milieu de tout cela, il y a de véritables prédateurs, qui mettent des gens gravement malades, comme des patients atteints de cancer, en danger. De plus, ils proposent des remèdes miracle capables de soigner toutes les maladies : cancer, VIH, Parkinson, maladies neurologiques, Alzheimer… On joue avec le désespoir et a vulnérabilité des gens.

On parle moins de grandes sectes avec gourous et néo-sauveurs de l’humanité et micro-églises ?
Oui, c’est une évolution du paysage des dérives sectaires. Philosophies, spiritualités de groupe sont un peu en retrait. Aujourd’hui, la préoccupation de l’individu, c’est de se sauver soi-même, ses proches.

La formation professionnelle et le coaching sont-ils toujours très prisés par les sectes ?
Oui, il s’agit encore d’un vecteur important mais son action est insidieuse, difficile à appréhender. Avec le coaching et les formations psychologisantes, il est difficile de faire la part des choses. Évidemment, les gens qui sont bernés, stagiaires ou responsables de ressources humaines, ne s’en vantent pas trop après.

Les sectes profitent-elles de la crise, des difficultés des entreprises ?
Oui, on le constate ces dernières années, elles ciblent les sociétés qui ont du mal, où l’angoisse monte, lorsque les résultats ne sont pas bons. Celles également qui ont besoin de remotiver leur personnel au moment d’un plan social.

Internet est-il un paradis pour les escrocs manipulateurs ?
Oui, et la contre-offensive est compliquée car n’importe qui peut créer sa page, son blog et attirer quelques personnes. Avant, Moon ou Hare Krishna et ces grands mouvements étaient identifiables. Aujourd’hui, chats et forums de discussion sont des espaces de conviction très forts. De ce point de vue, internet est un continent idéal pour les sectes. Chacun doit puiser dans toutes les ressources de son sens critique.

Serge Blisko est à Verdun aujourd’hui pour les 20 ans de l’association Secticide.

Recueilli par Alain MORVAN.

Source : Le Républicain Lorrain, 17 octobre 2014