vendredi 17 octobre 2014

Jura 
- " Amour et Miséricorde " livre sa vérité

Mise en examen pour abus de faiblesse début septembre, Éliane Deschamps nous a ouvert sa porte hier à Petit-Noir, dans le Jura avec ses ‘‘amis’’. Ensemble, ils nous livrent ‘‘leur’’ version des faits.
Petit-Noir, village jurassien de 1 300 âmes niché à la lisière de la Côte-d’Or et de la Saône-et-Loire, c’est là, au fond d’une impasse et réfugiés sous une tente de camping, que nous attendent Éliane Deschamps et ses ‘‘amis’’, prêts à vider leur version des faits. Une ‘‘communauté’’ qui s’est souvent cachée face aux médias. Mais cette fois, les membres de l’ex-association Amour et Miséricorde ont pris les devants en invitant eux-mêmes la presse. « Pour rétablir la vérité », selon eux, notamment après la diffusion d’un reportage dans l’émission Sept à Huit , le 6 octobre dernier sur TF1.
Une femme malade
Mise en examen début septembre pour abus de faiblesse, Éliane Deschamps ‘‘préside’’ la séance. Assise dans un fauteuil roulant, celle que tout le monde appelle la ‘‘gourelle’’ depuis quinze ans n’a plus vraiment l’allure d’un leader spirituel. « Je souffre de la maladie de Crohn, d’un éventrement intestinal et j’ai fait une embolie pulmonaire. Vous croyez sérieusement que je suis en mesure de faire du mal à qui que ce soit ? », questionne la sexagénaire, qui vit aujourd’hui dans une villa anonyme, avec son époux et deux de ses enfants, juste en face du terrain sur lequel est plantée la tente. « On me redoute ? Mais je tiens à peine debout. Si on me souffle dessus, je tombe... Jamais je n’ai contraint qui que ce soit à faire quelque chose qu’il ne voulait pas. Ici, tout le monde est libre. Et je n’ai d’ailleurs jamais présidé, ni même été membre de l’association Amour et Miséricorde. Trop de mensonges ont été répandus dans les médias. Mais que voulez-vous ? Si tous les cons avaient des ailes et pouvaient voler, on ne verrait plus le soleil. »
Autour d’elle, ceux qui se considèrent aujourd’hui comme ses plus fidèles amis. Dominique, une femme qui a vécu « dans une grande précarité durant de longues années à Recey-sur-Ource » avant de rejoindre le groupe de prière d’Éliane Deschamps. L’épouse d’un ancien pharmacien, qui souhaite rester discrète mais assume son amitié avec celle qui fait tant débat. Bruno, quinquagénaire dijonnais. Anne-Isabelle, mère de famille qui, il y a quelques années, avait trouvé refuge chez les Deschamps après avoir recouvré la foi sur le tard. Et Julien Guyader, qui vit justement, depuis deux jours, sous la tente transformée ce mardi matin en salle de réunion.
Un groupe victime de discrimination ?
« Nous ne sommes pas une secte et nous ne l’avons jamais été », martèle-t-il. « Si nous sommes face à vous aujourd’hui, c’est parce que cette affaire est allée beaucoup trop loin et cela influe directement sur nos vies privées. Dans le village, nous sommes stigmatisés. Même les enfants, quand ils nous voient passer devant l’école, crient : ‘‘C’est eux la secte !’’ Nous n’en pouvons plus ! Nous avons tous un point commun : notre foi en Dieu. Après, chacun a vécu un parcours personnel plus ou moins chahuté et à un moment donné, Éliane nous a ouvert ses portes quand toutes les autres sont restées fermées. »
Lorsque l’on évoque les motifs ‘‘spirituels’’ qui les ont rassemblés, et notamment les fameuses apparitions de la Vierge dont la Dijonnaise serait témoin chaque 15 du mois à 0h06 précise, la discussion tourne court. « Nous ne vous avons pas appelé pour parler de cela ! », répond du tac au tac Éliane Deschamps, alors qu’on lui fait remarquer que seule une quinzaine d’apparitions, au cours des vingt derniers siècles, ont été officiellement reconnues comme telles par l’Église. Nous n’en saurons pas davantage sur sa conversion tardive au catholicisme. Ni sur le contenu des ‘‘réunions de prière’’ qu’elle a longtemps présidées. Tout juste nous dévoilera-t-elle sa situation financière.
« Et d’un, je ne veux pas entendre parler d’adepte, ou de fidèle. Ensuite, je n’ai jamais rançonné personne. Avec mon mari, nous vivons avec 1100 € par mois. Pour le reste, c’est la débrouille. Nous faisons tout nous-mêmes : de la confiture, des compotes, des légumes... Lorsque j’hébergeais quelqu’un, je lui réclamais simplement 300 € par mois, pour la nourriture. Sur 30 jours, ça fait 5 € par repas. On faisait même cadeau du petit-déjeuner, c’est dire si on abusait... », ironise-t-elle.
Au final, le sentiment est assez partagé en quittant la demeure. Si la sincérité des témoins que nous avons rencontrés ne fait aucun doute, reste leur mode de vie marginal qui attire forcément les regards et pose de nombreuses questions. D’autant plus dans un milieu rural où la discrétion est toujours de mise.
Bertrand Lhote
Source : Le Journal de Saône-et-Loire, 15 octobre 2014,
http://www.lejsl.com/saone-et-loire/2014/10/15/une-femme-malade