samedi 4 octobre 2014

La cliente de la société de voyance avait été détroussée de 340.000 €

Un an de prison avec sursis a été prononcé mercredi après-midi par le tribunal correctionnel de Nantes contre un habitant d'Antibes (Alpes-Maritimes), qui a été condamné pour "abus de confiance" sur une cliente de sa société spécialisée dans les "arts divinatoires" entre 2004 et 2008.
A.B., 36 ans, était soupçonné d'avoir encaissé 340.000 € de la part de cette retraitée nantaise, âgée aujourd'hui de 74 ans. Peu de temps après avoir annoncé à sa voyante son intention de vendre sa maison d'Anglet (Pyrénées-Atlantiques) pour se rapprocher de ses enfants, elle avait en effet été contactée par un certain "Maître Dana" pour se voir proposer des "placements intéressants"...
Ce "grand maître voyant" lui avait alors fait verser une demi-douzaine de sommes en liquide, allant jusqu'à 100.000 €, en l'espace de quatre ans. Quand la septuagénaire avait voulu récupérer son argent, ce complice présumé de A.-B. - qui n'a pu être retrouvé par les enquêteurs - lui avait demandé 9.200 € de "frais d'avocat" ou encore 10.000 € "pour accélérer la procédure"...
Une petite partie de ces sommes avait même été remise en mains propres au prévenu, affirme la victime, lors de deux entrevues sur Nantes.
JOUEUR DE POKER
Le juge d'instruction soupçonnait ainsi le prévenu de s'être servi de l'argent pour renflouer les comptes de ses sociétés en difficulté. Ce joueur de poker - qui confesse être "ancré dans le jeu" - aurait également dépensé les sommes collectées dans les casinos de Juan-les-Pins, Cannes ou Antibes. Des billets d'avion pour les Seychelles et des produits de luxe avaient aussi été retrouvés chez lui et sa compagne.
"Aujourd'hui, ma cliente est soignée pour dépression, avec des tendances suicidaires... Elle pleure très facilement à l'évocation des faits, elle culpabilise énormément", souligne l'avocate de la septuagénaire. "En plus, son fils unique n'a pas été d'une grande aide dans la procédure, en lui reprochant ce qui lui est arrivé."
La victime a aussi dû déposer un dossier de surendettement auprès de la Banque de France, où elle bénéficie encore aujourd'hui d'un "plan d'apurement du passif". Depuis la vente de sa maison d'Anglet, la victime - qui demandait 12.000 € pour son "préjudice moral" - a également été contrainte de louer un appartement.
"Je comprends son désarroi, mais je ne suis jamais venu à Nantes", nie A.-B., qui a créé depuis les faits une société de "véhicules de tourisme avec chauffeur" (VTC). "Ca me fait de la peine, mais moi j'ai des valeurs... Je n'aurais jamais pu faire ça : elle aurait très bien pu être ma mère ou ma grand-mère."
REMBOURSEMENT PARTIEL
"Au terme de cinq ans d'instruction, les auteurs des faits n'ont jamais été retrouvés", avait également martelé son avocat, Me Benoit Poquet, qui avait plaidé la relaxe de son client. "On peut lui reprocher sa légèreté et le caractère nébuleux de sa comptabilité, mais cela ne constitue pas pour autant un abus de confiance."
Le tribunal correctionnel de Nantes l'a finalement condamné à rembourser la seule somme de 77.350 € à sa victime, en plus des 2.000 € de dommages et intérêts pour son "préjudice moral". Les magistrats n'ont en effet pas acquis la certitude que les quelque 260.000 € restants l'aient été à son profit personnel.
Le substitut du procureur de la République avait réclamé pour sa part deux ans de prison avec sursis et 3.000 € d'amende pour le prévenu. Le représentant du ministère public le soupçonnait aussi d'avoir encaissé sur son compte des chèques émanant d'autres personnes âgées, dans le cadre de sa société de voyance.
"Rien qu'à l'écriture sur les chèques, ça me rappelle celle de ma grand-mère", avait relevé le magistrat lors de l'audience. "Et puis les noms, c'était "Yvette", "Suzanne"... C'est pas "Wendy" ou "Brenda", ça c'est sûr."
Sept clients avaient également porté plainte contre sa "société d'arts divinatoires", avait rappelé le substitut du procureur, après que leurs cartes bancaires aient été débitées sans leur consentement.
Source : Côte d’Amour avec Press Paper, 3 octobre 2014,
http://www.cotedamour.fr/actualites/nantes-la-cliente-de-la-societe-de-voyance-avait-ete-detroussee-de-340-000-_R_201_7711_.htm