vendredi 24 octobre 2014

Médecine chinoise - De Cannes à Saint-Raphaël, le charlatan débloquait les "chakras sexuels"

Il se dit « praticien en médecine chinoise de père en fils depuis onze générations » et a été condamné en mars 2008 à six ans de prison pour « agressions sexuelles et exercice illégal de la médecine ». Francy Casacci refait parler de lui.
Il vient d'être, à nouveau, mis en examen pour « agression sexuelle » et écroué. Alors qu'il est sorti de prison en avril, et que la justice lui avait interdit d'exercer ses pratiques illégales et perverses, l'homme âgé de 39 ans a replongé.
Des thérapies alternatives étranges
Il a proposé ses services à plusieurs instituts de beauté à Cannes et Saint-Raphaël. Et, comme dans la période 2005 et 2006 où il possédait son propre cabinet à Antibes, il aurait demandé à des jeunes femmes de se mettre en petite tenue, afin de pratiquer l'imposition des mains et autres massages relaxant sur les parties érogènes.
On ne sait pas si le pseudo-praticien a remis au goût du jour les pratiques qui lui ont valu les foudres de la justice. Pour 45 euros la séance, il soignait les « blocages de chakras sexuels » en stimulant les zones intimes.
Si, dans ses nouvelles patientes, certaines n'ont encore rien dit face à cette soi-disant « thérapie alternative », une femme a décidé de porter plainte. L'enquête de la police cannoise a abouti à l'arrestation de Francy Casacci, la semaine dernière. Étant sous suivi judiciaire, il est retourné directement en prison, après sa garde à vue et sa mise en examen.
Il se pourrait que la victime ne soit pas la seule désormais à dénoncer ces faits tendancieux. Des dizaines de femmes, contactées par la police, pourraient s'ajouter à la liste, ayant été elles aussi la cible des ouvertures, un peu trop intempestive, de chakras sexuels par cet autoproclamé « magnétiseur ».
Source : Var Matin, 22 octobre 2014,
http://www.varmatin.com/saint-raphael/de-cannes-a-saint-raphael-le-charlatan-debloquait-les-chakras-sexuels.1898461.html

Nice : Le procès des «chakras sexuels»

On connaissait déjà le « zizi sexuel », cher à Titeuf. Depuis hier, on sait tout sur les « chakras sexuels » : leur nom sanskrit, dans quels sens ils doivent tourner (celui des aiguilles d'une montre, merci), comment on détecte qu'ils tournent à l'envers (au moyen d'un pendule égyptien), quels sont les risques d'une mauvaise rotation (à peu près toutes les maladies possibles et imaginables) et, surtout, heureusement, comment ça se soigne : un toucher vaginal (ou rectal) est la chose à faire de toute urgence. Si les symptômes persistent, un cunnilingus assorti de quelques mantras prononcés dans un nuage d'encens, sur fond de musique relaxante, est fortement recommandé. Dans les cas les plus graves, un coït en bonne et due forme peut s'imposer.
Expert autodéclaré
Si l'on sait tout cela, c'est grâce au « père fondateur de l'école des chakras sexuels », Francy Casacci, « praticien en médecine chinoise de père en fils depuis onze générations », si l'on en croit sa carte de visite, et expert auto-déclaré en « yi-king »,« mantras », « tarots », « boules de Geisha », « oeufs de Jade » et autres thérapies ésotériques. Ce spécialiste replet du cunnilingus, à la langue bien pendue et au look barbichu de bonze de série Z, a eu, hier, tout loisir d'expliquer son art devant le tribunal correctionnel de Grasse, où il était prévenu d'exercice illégal de la médecine et d'agressions sexuelles sur une quinzaine de jeunes femmes.
Les faits remontent à 2005-2006, période au cours de laquelle notre Cagliostro new age se trouvait déjà sous contrôle judiciaire avec interdiction d'exercer pour des faits similaires commis les années précédentes à Nice (1). Nonobstant, ne sachant « rien faire d'autre » selon son propre aveu, le bonhomme ouvrit à Antibes, dans le fond d'un local dédié aux Arts Divinatoires, un « cabinet » dans lequel il entreprit promptement de se perfectionner dans sa spécialité : le traitement des chakras sexuels.
Assez curieusement, seules les jeunes femmes de 18 à 45 ans au physique particulièrement avenant semblaient souffrir d'une inversion systématique de leurs chakras intimes. Les hommes et les femmes de plus de 60 ans se voyaient plutôt traiter leurs chakras de gorge, de pied ou de coeur, au moyen de mantras ou d'imposition de pierres et de cristaux. Pour les autres, c'était petite tenue (slip soutien-gorge et moins si affinités), grands discours médico-oiseux et toucher vagino-rectal. « Ne vous gênez pas pour moi si vous avez un orgasme, leur disait-il toujours prévenant, mais surtout ne faites pas trop de bruit ».
Nombre de patientes s'étonnèrent de cette nouvelle avancée de la science médicale, certaines en furent choquées, quelques-unes revinrent vérifier son bien fondé, une seule finalement, l'ayant surpris en train de se masturber, porta plainte. Cela suffit à renvoyer Casacci devant le tribunal correctionnel de Grasse, où le président Joando (2) réussit l'exploit d'assurer aux débats une excellente tenue morale et verbale : « Dites donc, se masturber devant une cliente, ce n'était pas très professionnel quand même... »
Thérapeute incompris
n sut ainsi que ce jeune homme de 33 ans, au regard noir et à l'attitude méprisante, avait eu une enfance difficile, né de père inconnu et d'une mère qui le confia à une famille adoptive jusqu'à son adolescence. Que sa formation scientifique se limitait à la lecture de quelques ouvrages de référence (saisis par la justice, à toutes fins utiles) et à la fréquentation d'une professeur de yoga experte en ouverture de chakras. Qu'il se considérait lui-même comme un « thérapeute alternatif », incompris de la science officielle et victime d'un complot féminin, dès lors que douze autres plaignantes s'étaient jointes à la première pour dénoncer des faits similaires. Deux de celles-ci vinrent déposer, très courageusement, à la barre pour expliquer qu'elles s'étaient senties aussi bernées que salies par ce faux thérapeute à 45 euros la séance, auquel elles avaient eu l'imprudence d'accorder a priori leur confiance et qui avait « mis les mains là où il ne fallait pas » (sic). Une avoua même s'être demandé à l'époque « si c'était du lard ou du cochon », ce qui, en l'occurrence, ne manque pas de sel. Les avocats des parties civiles stigmatisèrent un « serial agresseur » opportuniste et prévinrent solennellement le tribunal du risque de récidive.
Récidiviste et manipulateur
Le procureur, M. Gaimbard, évoqua la notion de « consentement surpris » pour expliquer l'attitude des victimes, traita le prévenu de « charlatan », récidiviste et manipulateur et réclama 8 ans d'emprisonnement. L'avocate de la défense dénonça l'amalgame fait avec l'affaire Fourniret et demanda si, dans un spa, on pouvait se considérer sous l'emprise des masseuses dès lors qu'il y avait aussi des massages, de la musique et des senteurs exotiques ? On ne vit aucun comité de soutien manifester devant le tribunal pour le « droit à l'ouverture des chakras sexuels », ni aucune patiente venir à la barre dire comment le « cunnilingus thérapeutique » avait changé sa vie.
Après une petite demi-heure de délibération, le tribunal condamna finalement Francy Casacci à 6 ans fermes, assortis de deux ans de suivi socio-judiciaire, de l'interdiction d'exercer et d'une inscription au FIJAIS, le fichier des délinquants sexuels. Le prévenu ne broncha pas, ne fit aucune excuse, garda la barbiche haute et l'air suffisant qu'il avait affiché durant toute la journée. Il repartit en cellule où il confiait le matin même, non sans fierté, avoir déjà commencé à exercer avec succès ses talents de magnétiseurs. Il est vrai qu'il y a là, probablement, autant de chakras à ouvrir que de serrures.
1. Pour ces faits Francy Casacci a déjà été condamné à 3 ans d'emprisonnement dont 18 mois avec sursis par le tribunal de Nice.
2. Assesseurs, Mmes Haumant-Daumas et Frenoy.

Source : Nice Matin, 28 mars 2008