samedi 22 novembre 2014

Critiquer les religions, une tâche indispensable

Critique de la religion. Une imposture morale, intellectuelle et politique
d’Yvon Quiniou, éd. La Ville brûle, 256 p.,15 €
Sa thèse, l'auteur la pose vite, un peu trop vite peut-être. « Il faut une rare dose de mauvaise foi, de parti pris ou d'ignorance, pour nier que la religion constitue un problème pour l'humanité », affirme d'emblée le philosophe Yvon Quiniou. Cette phrase introductive lève un suspense qui n'a pas eu le temps de s'installer, au risque de rebuter les moins convaincus. Mais elle donne aussi le ton d'une critique qui se veut donc au vitriol.
De ce point de vue, l'ouvrage ne déçoit pas. Il démonte point par point l'imposture dont les trois monothéismes font le lit, via les mouvements anti avortement, le péché de chair, le refus du divorce, la minoration des femmes ou la condamnation de l'homosexualité..!
« Ma critique n'a rien d'anachronique et d'inutile », croit d'ailleurs devoir préciser l'auteur, qui pointe « un retour du religieux en Occident sous une forme directement politique ». Et de rappeler le rapprochement officiel opéré par Nicolas Sarkozy avec l'Eglise catholique : « Un homme politique à la tète d'une République se permettait de tendre la main aux Eglises, de leur donner
une légitimité officielle et de leur demander de coopérer à recréer
le lien social que sa politique néolibérale ne cessait de
détruire ! » 

Méthodique, sa démonstration prend appui
 sur de grands noms de la philosophie. A commencer par Spinoza qui développa
un humanisme pratique confiant dans les capacités de l'homme. Avec lui émerge l'idée d'un individu en mesure de se sauver tout seul, sans l'aide d'une transcendance extérieure. Les apports de Hume et de Kant sont aussi évoqués, mais il faut attendre Feuerbach et Marx, voire Freud, pour sortir de
ce face-à-face abstrait : « Un monde post-religieux est donc pensable
dès lors que l'on pense qu'un monde sans aliénation est lui-même historiquement possible. »
Si l'auteur assume son parti pris jusqu'au bout, on pourra toutefois lui reprocher une approche un peu trop systématique. Quelques nuances n'auraient pas gâché le plaisir.
 MARION ROUSSET
Source : Marianne, 21 novembre 2014
Critique de la religion - Une imposture morale, intellectuelle et politique

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