dimanche 30 novembre 2014

LE CATALOGUE DES FOLIES RELIGIEUSES

Florilège d'interdits et de sentences
morales prônés par les croyances fondamentalistes. D'où qu'elles viennent...

FEMMES
La moitié du ciel va en enfer sous tous les dieux. Couverte du crâne aux chevilles pour cause de provocation diabolique par les salafistes, talibans, djihadistes et autres joyeux drilles se réclamant de l'islam, la femelle voit son cas s'aggraver à la vitesse de la course folle des cavaliers d'Allah au Moyen-Orient. Les lapidations ont commencé dans le nord de l'Irak sous le joug du « califat » du sinistre Al-Baghdadi alias « calife Ibrahim ». L'Iran ne desserre pas l'étau répressif malgré les promesses de modernité du président Rohani. Les hindouistes ne renoncent pas au mythe selon lequel la femme n'a pas d'autre existence que celle de son époux.
Dans notre Europe supposée plus égalitaire, le droit à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) n'est toujours pas acquis. Le rejet, début décembre 2013, d'un rapport de l'eurodéputée socialiste Edite Estrela, prônant que le droit à l'IVG devienne un droit européen, témoigne du pouvoir de nuisance des ultras catholiques et orthodoxes. A Malte, l’IVG est interdite et passible de dix-huit mois à trois ans d'emprisonnement. Dans les très catholiques Pologne et Irlande, l'IVG ne peut être pratiquée qu'en cas de viol, d'inceste, de mise en danger de la femme ou de malformation du fœtus. L'Espagne, qui avait surpris son monde en adoptant le mariage gay en 2005, a failli opérer un revirement radical. C'est sous la pression de l'opinion, droite comprise, que le projet de loi visant à interdire l'IVG en septembre 2014 a été retiré. En Russie, au moment même où les trois Pussy Riot écopaient de deux ans de prison ferme pour avoir entonné une prière punk endiablée dans l'église du Saint-Sauveur, à Moscou, pour dénoncer la collusion entre l'Eglise et l'Etat, le patriarche de Moscou, Kirill 1er, confiait sa vision du rôle de la femme : «L'homme s'occupe
à l'extérieur, il doit travailler, gagner de l'argent, alors que la femme doit s'occuper de l'intérieur, là où sont ses enfants. Sinon, tout s’écroule, la famille et la patrie. » En prime, l'archiprêtre Tchapline prévient : « Une apparence extérieure débraillée et une attitude désinvolte mènent directement au malheur, à l'isolement et à la démence. Au désastre d'une vie. »
SEXE
L'obsession du sexe est le dénominateur commun de tous ceux qui le haïssent. L'islamisme frustré le dépeint naturellement comme porteur de toutes les jouissances d'Allah au ciel des martyrs. Les coïts célestes sont supposés durer quatre-vingt ans, et l’heureux amant y disposerait de la puissance virile de 100 mâles. La hourri est tellement vierge qu'aucune pénétration ne la déflore. Son hymen se reconstitue en permanence. Selon le défunt cheikh Yassine, icône du Hamas, « les kamikazes féminines sont récompensées au paradis en devenat encore plus belles que les 72 vierges promises aux chahids ». En attendant c'est l'enfer sur Terre pour les amants. La star de la téléprédication depuis trente ans, le cheikh égypto-qatari Al-Qardaoui, voue les homosexuels à la défenestration. Leur sort n'est pas plus enviable sous le ciel orthodoxe. Irinej, influent patriarche de l'Eglise orthodoxe serbe, qualifie la Gay Pride de «parade tragi-comique de la honte ». De fait, 67 % de la population serbe considère l'homosexualité comme une maladie et 53 % en approuverait la «suppression par l'Etat de manière organisée ». Belgrade a annulé en 2014 la Gay Pride, pour la troisième année consécutive, officiellement pour des raisons de sécurité. Idem en Géorgie: le 17 mai 2013, à Tbilissi, la capitale, une foule de croyants, dont des prêtres orthodoxes, ont chargé un défilé gay, faisant 17 blessés. En 2012, en Bulgarie, le père Evgueni Yanakiev, de Sliven, un jeune homme arborant barbe fournie et en catogan, avait appelé ses ouailles à lapider les participants à la Gay Pride. En Russie, l'Eglise orthodoxe réclamait en janvier 2014 l'interdiction des relations entre personnes de même sexe.
Pour combattre la tentation, les mormons portent des sous-vêtements « sacrés » jour et nuit. Composés d'un short long et d'un maillot de corps blancs, ces protections unisexes rapprochent de Dieu en tuant l'amour.
En été, saison hot des tentations, toute croyante musulmane dernier cri ne se jette à l'eau que vêtue d'un « burkini » affriolant, cocktail de burka et de Bikini. Les maîtres nageurs n'ont plus qu'à se rhabiller.
LIVRES
« Le » livre contre les livres. C'est le ciment de tous les fondamentalismes. Vsevolod Tchapline, porte-parole de l'Eglise orthodoxe russe, veut bannir des écoles Lolita, de Vladimir Nabokov, et Cent ans de solitude, de Gabriel Garcia Marquez. Motif: « Ces œuvres idéalisent des passions perverses qui rendent les gens malheureux. » En Inde, les hindouistes se sont débrouillés pour interdire une histoire de l'Inde jugée attentatoire au passé national religieux, car s'attardant trop sur la présence islamique. Au Caire, l'interdiction des Mille et Une Nuits dans les années 90 a symbolisé le basculement de la société dans l'islamisme.
NOURRITURE
Tout fondamentaliste qui se respecte ne consomme pas n'importe quoi. Le brahmane interdira aux sectes inférieures de puiser leur eau au puits commun. Lesdites sectes se vengeront en interdisant à leur tour aux intouchables de venir s'abreuver à leur source. On sait que les rituels alimentaires juifs et musulmans se ressemblent. Les fétichismes qui en dérivent aussi. Toute une industrie des produits kasher et halal prospère sur les interdits. En Russie, le carême devient une mode. Les restaurants adoptent leurs menus aux nouveaux craignant-Dieu branchés.
ART
Toutes les formes artistiques, au passé comme au présent, qu'elles relèvent du culte ou de l'imagination profane, sont vouées à la destruction par les islamistes. Ceux du « califat » irakien ont fait sauter l'ancestral mausolée de Jonas, une mosquée pourtant, à Mossoul. Les talibans avaient naguère dynamité les bouddhas géants de Bamiyan. Les artistes tunisiens ont payé le prix de l'arrivée au pouvoir du parti Ennahda en 2011. Les milices salafistes ont brûlé des expositions et agressé des artistes à la Marsa, dans la banlieue de Tunis.
En Inde, dans l'Etat du Gujarat, fief de l'actuel Premier ministre ultrahindouiste, Narendra Modi, des artistes musulmans ont dû prendre la fuite en 2002, accusés de ne pas faire allégeance picturale aux divinités du panthéon hindou. Les chrétiens orthodoxes, plus cool, jouent l'hypocrisie. Considérant que la célèbre pomme d'Apple rappelle le péché originel, des prêtres russes la remplacent par une croix. En 2005, à Arkhangelsk, les affiches du festival artistique Terreur incognito-2 avaient dû être retirées. Pour l'évêque local, elles comportaient «des insinuations sacrilèges vis-à-vis du symbole de la crucifixion du Seigneur Jésus- Christ ». Il a adressé une lettre au maire, au gouverneur, aux services secrets et au parquet, réclamant qu'on sévisse contre « les satanistes ».
La même année, un tribunal de Moscou avait condamné le directeur du Centre Sakbarov, Iouri Samodourov, à une amende de 2 800 € pour « incitation à la haine nationale et religieuse ». Il avait organisé une exposition intitulée « Attention, religion ! » Elle fut vandalisée par un groupe d'orthodoxes radicaux se revendiquant d'un Mouvement pour la renaissance morale de la patrie. Le parquet avait lancé une procédure judiciaire. Le procureur avait requis trois ans de prison contre les organisateurs de l'exposition. Le 31 mars dernier, un ballet dansé à Moscou a déclenché la fureur des milieux traditionalistes orthodoxes. Munis de banderoles - « Ne touchez pas aux saints russes » et « Maudit soit le ballet blasphématoire » -, des énervés protestaient contre un spectacle intitulé Raspoutine, montrant le fameux moine dansant aux côtés de Nicolas II. En Pologne, les représentations de Golgota Picnic, une pièce de l'Argentin Rodrigo Garcia, événement phare du festival de Poznan, ont été annulées. En France, en 2011, la pièce avait provoqué la colère d'associations catholiques criant au « blasphème » et la « christianophobie ».
PAR ANNE DASTAKIAN ET LE SERVICE MONDE DE "MARIANNE"
Source : Article extrait du dossier intitulé "Pourquoi les religions rendent fous", Marianne, 21 novembre 2014