vendredi 14 novembre 2014

Les Vosges - Clown, artiste et gourou violeur

Nancy. Qui est exactement Hervé Granier ? Est-il ce quinquagénaire de 56 ans, engoncé dans un sombre blouson synthétique, demandant, tête baissée, de sa voix grave « un pardon sincère » à ses victimes au premier rang ?
Sensation, hier matin, pour la première journée de son procès en appel devant la cour d’assises de Meurthe- et-Moselle. Car malgré le repentir énoncé, la lecture des faits, qui valent à cet homme au parcours atypique de défendre sa cause pour infléchir la sanction de 17 années de réclusion criminelle prononcée par la cour d’assises des Vosges en 2012, laisse planer l’ombre d’un doute.
L’interrogation porte clairement sur le soupçon de manipulation. L’intéressé a usé de cette arme pour parvenir à ses fins aux dépens d’une adolescente de son entourage, victime entre 2004 et 2009 de viols et d’agressions sexuelles à La Bresse, alors qu’elle avait de 14 à 19 ans.
Les quatre années de prison l’ont « brisé », dit-il. Faut-il y voir qu’une posture pour amadouer le jury ? Autour de ces questions, les débats continueront de se concentrer dans les prochains jours, au fil de la bonne vingtaine de témoignages programmés.
Car s’il a volontairement provoqué un véritable coup de théâtre avec ses aveux, en même temps qu’il inversait sa stratégie de défense incarnée par les deux avocats parisiens Mes Chantal Nedonchelle et Claude Llorent, le personnage d’Hervé Granier ne manque pas d’interpeller, tant il reflète une personnalité kaléidoscopique. Sur sa personne, les avis sont très tranchés. Ils le dépeignent tantôt sous les contours du « brave type », « fiable » et « respectueux », selon plusieurs de ses amis restés fidèles malgré les années de détention. Ils basculent lourdement derrière les faits, sous le profil d’un gourou sectaire, manipulateur, capable d’humilier son innocente victime. Avec un argumentaire religieux qui la ferait passer pour son « épouse divine », lui le convaincu d’être le « descendant direct de Dieu ». Étonnante personnalité que celle de cet enfant de la DDASS, passé en foyer à l’adolescence puis à l’armée pendant trois ans avant de devenir « artiste de rue » à Nantes. L’homme poursuivi pour avoir dominé et abusé de l’adolescente usant d’une domination psychologique malsaine, se découvre sous de réels talents artistiques, lorsqu’il s’agit de réaliser des figurines miniatures avec du plomb et de la terre cuite.
La « Caverne du swing »
Il n’est pas maladroit non plus avec les mots, quitte à s’en servir d’un outil pour guider la discussion autour de considérations mystiques. Le « poète de rue » assure aujourd’hui avoir été lui-même victime d’un être dominant l’ayant convaincu de ses pouvoirs.
Entre le pardon, l’amendement, la manipulation et le degré de responsabilité, la cour d’assises devra trancher, et faire osciller le curseur de la sanction. Granier a également été le clown de la « Caverne du swing », un cirque où il occupait le personnage principal... et unique. Mais le récit ne fait pas rire : outre les actes sexuels infligés à l’adolescente, il avait également tiré des gains substantiels de son entourage, qu’il dominait, infligeant sévices et humiliations. Suite des débats aujourd’hui à la cour d’appel.
Antoine PETRY
Source : Est-Républicain, 14 novembre 2014,
http://www.estrepublicain.fr/actualite/2014/11/14/clown-artiste-et-gourou-violeur

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