mardi 25 novembre 2014

Québec - Un chaman prétendait guérir son cancer incurable

Plus de cinq ans après le décès de son conjoint, Lise (prénom modifié à sa demande) est encore bouleversée lorsqu’elle parle de la supercherie qu’a fait subir à son mari malade le guérisseur René-Hugues Giguère.
Atteint d’un cancer incurable, le mari de Lise s’est rendu à quelques reprises au domicile de René-Hugues Giguère, à Saint-Anselme, dans Bellechasse, en compagnie de sa conjointe.
À chaque séance, le thérapeute demandait à l’homme de s’allonger, puis il gesticulait au-dessus de lui afin de faire sortir le mal de son corps.
«Beaucoup de monde allait le consulter. Il fallait payer en argent et il ne donnait aucun reçu. À 60 $ la séance, c’est incroyable l’argent qu’il faisait. J’avais l’impression qu’il avait la mainmise sur mon conjoint et que ce dernier se faisait abuser par René-Hugues Giguère», signale Lise.
Selon elle, le guérisseur entretenait l’espoir chez son mari. Il soutenait que beaucoup de personnes cancéreuses font de la chimiothérapie qui ne peut pas les guérir. «Moi, je peux les sauver», avançait-il.
Chaman
René-Hugues Giguère se disait chaman et maître guérisseur. Il a été condamné à des amendes de 6000 $ par le Collège des médecins, le 15 mars 2012. Cette sanction a mis un peu de baume sur le deuil de Lise, qui vivait avec un sentiment de profonde injustice.
Un faux patient, mandaté par le collège, s’est présenté pour une consultation,
disant souffrir d’un cancer du pancréas. René-Hugues Giguère a fait installer l’enquêteur sur un lit de massothérapie. Il a ensuite effectué plusieurs rotations des mains au-dessus de son corps afin d’en extirper le mal.
Cancer « disparu »
En 2011, J.E. avait dépêché chez René-Hugues Giguère une fausse cliente avec caméra cachée qui, soi-disant, devait être opérée pour un cancer du côlon. Après lui avoir imposé les mains, le guérisseur a déclaré qu’après trois séances tout serait parti.
«Vous avez créé votre cancer», insinuait-il aussi. Une tactique couramment utilisée par les charlatans, souligne le président du Collège des médecins, le Dr Charles Bernard.
DES CAS FRAPPANTS
Depuis 2005, le Collège des médecins a porté des accusations contre une cinquantaine de charlatans de la médecine. Certains en étaient à leur troisième, voire à leur dixième récidive.
Condamnée à une amende de 10 000 $ en mai 2014, Lise Paradis, de Québec, avait recours également à la machine SCIO.
Elle a notamment déclaré à l’enquêteuse du Collège des médecins qu’elle avait le cerveau fatigué et que ses glandes surrénales étaient incapables de digérer le stress.
L’enquêteuse souffrait aussi «d’une maladie vénérienne non guérie dans une autre vie qui a imprégné sa mémoire cellulaire.» La machine allait tout reconnecter, selon Lise Paradis.

Le 4 avril dernier, Johanne Labrie a écopé d’une amende de 7000 $, au palais de justice de Sorel-Tracy.
En mars et avril 2013, une enquêteuse du Collège des médecins a consulté Johanne Labrie pour des problèmes au niveau des jambes et de la digestion. La thérapeute a installé des sangles aux chevilles, aux poignets et à la tête de l’enquêteuse, le tout étant relié à une machine qui «diagnostique et traite» les problèmes de santé.
La thérapeute décèle alors des troubles au foie et aux reins. Plus encore, Johanne Labrie informe sa «patiente» que l’appareil peut traiter à distance, puisque le traitement voyage dans l’espace comme la télépathie.
Denise Michaud a été condamnée à 6000 $ d’amende, au palais de justice de Joliette, le 26 juin dernier.
 Une patiente a consulté la guérisseuse en septembre 2012 lui indiquant qu’elle avait un cancer du col de l’utérus et des douleurs à l’épaule gauche.
Denise Michaud dit à la patiente que le cancer est une faiblesse au niveau cérébral. Elle exerce une pression douloureuse sur la tête de la patiente avec ses doigts, durant une quinzaine de minutes.
L’ostéopathe déclare ensuite à la patiente que tous ses problèmes sont causés par ses prothèses mammaires et que son cancer du col serait une réaction à l’intervention chirurgicale.
JOHANNE ROY

Source : JOURNAL DE QUÉBEC,, 22 novembre 2014,
http://www.journaldequebec.com/2014/11/22/un-chaman-pretendait-guerir-son-cancer-incurable