mardi 11 novembre 2014

Université – Territoire sacrifié à la laïcité

Pour Samuel Mayol, "l'université française mérite autant que les autres établissements d'être protégée des pressions religieuses et communautaristes". Le directeur de l'IUT de Saint-Denis avance d'ailleurs un certain nombre de mesures qu'il souhaite voir entrer en vigueur car, explique-t-il, "nous devons depuis quelques années faire face à des situations devenues problématiques, visant à faire de l'université un lieu adapté au culte".
A la suite du rapport Stasi, la loi du 15 mars 2004 rappelle le principe fondateur de celle de 1905, à savoir l'interdiction de porter tout signe extérieur de religion au sein des établissements publics de l'enseignement, un problème réapparu en 1989. Cette loi a clarifié la position de la République et a réaffirmé un de ses principes fondamentaux, tout du moins au sein des collèges et lycées, excluant de fait les universités avec l'argument mis en avant que, les étudiants étant majeurs, ils agissent en conscience, libres d'affirmer leurs opinions et croyances.
Poser la question de la laïcité en ces termes constitue toutefois pour moi une erreur fondamentale. Croire que les jeunes femmes, bien que majeures, agissent en totale liberté de conscience quand elles affichent leur appartenance religieuse est souvent faux car beaucoup d'entre elles nous disent subir des pressions énormes de leur famille, quand elles ne sont pas le fait d'autres étudiants de leur promotion. Et quand bien même toutes le feraient en pleine liberté, le problème n'est pas tant de savoir si les personnes qui arborent un signe extérieur de religion le font librement, mais de savoir dans quel lieu elles le font.
Les réponses généralement faites aux nombreux enseignants qui s'inquiètent de ces dérives sont toujours été les mêmes :
- « A l'université, le problème est trop superficiel pour qu'on légifère. »
- « L'université n'est pas concernée par ce problème, les étudiants y sont adultes et ont donc le droit d'arborer des signes d'appartenance. »
On peut donc en conclure :
- qu'au sein du système éducatif, le principe de laïcité n'est applicable que pour les mineurs. Reconnaissons que cela est pour le moins étonnant.
- que la loi n'est pas applicable partout puisque l'université en est exclue.
- Et, de fait, faute de règles claires, les responsables universitaires sont amenés à se débrouiller et prendre localement des mesures, parfois contradictoires d'un établissement à un autre.
J'en appelle donc à ce que certaines solutions soient rapidement adoptées :
- inscription des obligations de respect de la laïcité au sein des règlements intérieurs des établissements universitaires ;
- affichage de la « Charte de la laïcité dans les services publics » au sein des universités ;
- interdiction du port d'insignes religieux au sein des salles de cours, lieux et situations d'enseignement ;
- obligation de respecter le caractère laïque des locaux étudiants.
Il a fallu quinze ans (« quinze ans de retard », a reconnu Jack Lang) pour comprendre l'importance de la situation au sein des collèges et lycées. Mettrons-nous autant de temps pour agir au sein des universités ? L'université française mérite autant que les autres établissements d'être protégée des pressions religieuses et communautaristes. La laïcité doit s'appliquer partout et tout le temps car elle n'est ni discutable, ni négociable.
* Samuel Mayol est maître de conférences en Sciences de Gestion et directeur de l'IUT de Saint-Denis.
Source : Marianne, 5 octobre 2014,
http://www.marianne.net/L-universite-territoire-sacrifie-de-la-laicite_a241632.html