dimanche 28 décembre 2014

Opération Yewtree - Enquête sur une affaire de pédophilie et de meurtres d'enfants à Westminster

Des politiciens de haut niveau, dont un proche de Margaret Thatcher, sont soupçonnés de viols et du meurtre de trois garçons dans les années 70 et 80. Après des années de silence, Scotland Yard lance une enquête.
De notre correspondant à Londres
Les faits remonteraient aux années 70 et 80. Depuis, ils ont fait l'objet de rumeurs récurrentes et de soupçons sur la protection dont auraient bénéficié les coupables. Ces derniers mois, les allégations se sont multipliées. Elles ont enfin été jugées suffisamment sérieuses par la police britannique pour déclencher l’ouverture d’une enquête sur le meurtre éventuel de trois garçons dans le cadre d’un réseau pédophile impliquant des personnalités des milieux politiques, judiciaires, économiques ou militaires.
Le mois dernier, un homme d'une quarantaine d'années, désigné sous le pseudonyme de Nick, a témoigné sur la BBC et dans un tabloïd avoir été, entre les âges de 6 et 16 ans, livré de façon régulière par son père à un cercle pédophile où il était abusé et violé, avec 15 à 20 autres garçons et adolescents. Une voiture avec chauffeur venait le chercher pour le conduire sur les lieux où étaient organisées des orgies pédophiles, notamment dans le quartier londonien de Pimlico, près du Parlement de Westminster, où résident de nombreux hommes politiques.
«Ils n'avaient aucune peur de se faire attraper»
Nick assure y avoir vu un garçon de 12 ans se faire étrangler par un député conservateur. L'information aurait été corroborée par un autre témoin. Un autre garçon a été tué en présence d'un politicien proche de Margaret Thatcher lors d'une de ces séances, et un troisième aurait été délibérément renversé par une voiture dans une rue de Londres. « C'étaient des gens très puissants et ils ont contrôlé ma vie pendant neuf ans, témoigne Nick dans le Sunday People. On ne pouvait pas leur résister, on faisait ce qu'ils demandaient sans poser de question, les punitions étaient très sévères. Ils n'avaient aucune peur de se faire attraper, cela ne leur traversait pas l'esprit. »
Scotland Yard juge ces informations « crédibles et véridiques », bien qu'aucune preuve ou corps n'ait été retrouvé. Nick a donné les noms d'autres enfants abusés avec lui et ceux de tortionnaires. « Mon équipe enquête sur le possible meurtre de trois jeunes garçons. Nous examinons les dossiers des personnes disparues à cette époque », précise Kenny McDonald, officier de la Metropolitan Police. Un appel à témoignages a été lancé. La police du Sussex enquête par ailleurs sur la disparition en 1981 d'un garçon de huit ans, Vishal Mehotra, dont le père accuse un gang de pédophiles de l'establishment londonien.
Dossiers disparus
Le commissaire adjoint Steve Rodhouse confirme des allégations sérieuses « d'abus sexuel par des politiciens de haut niveau et des membres de l'establishment britannique ». Il reconnaît que « ces faits criminels ont été négligés » par la police. Le nom d'un seul suspect a été révélé. Il s'agit de Peter Hayman, ancien diplomate et directeur du MI6, aujourd'hui décédé, condamné pour possession d'images pédophiles.
Si elle se confirme, cette affaire sordide serait l'un des plus gros scandales sexuels de l'historie du pays, depuis celle du prédateur Jimmy Savile, ex-animateur de la BBC. Connue depuis les années 90, elle aurait été longtemps étouffée. Une enquête interne a été déclenchée cet été par le ministère de l'Intérieur sur la disparition de 114 dossiers relatifs à des accusations de sévices sexuels infligés à des enfants entre 1979 et 1999 impliquant des personnalités politiques.
Source : Le Figaro, 19 décembre 2014,
http://www.lefigaro.fr/international/2014/12/19/01003-20141219ARTFIG00183-enquete-sur-une-affaire-de-pedophilie-et-de-meurtres-d-enfants-a-westminster.php
Note du CIPPAD : cette affaire qui s’inscrit dans le cadre de « l’opération Yewtree », lancée par les autorités britanniques en 2012, concerne également des pratiques et rites sataniques associés aux abus d’enfants.