vendredi 26 décembre 2014

Rostrenen - Cancer. Des séances de sophrologie proposées

Extrait de l’article :
Depuis deux semaines, la délégation de La Ligue contre le cancer du Kreiz-Breizh propose des séances de sophrologie pour les personnes touchées par la maladie. Ce sont des séances adaptées à l'état de santé et encadrées par une professionnelle, Catherine Boudiaf, naturopathe et sophrologue. Les séances sont destinées à se relancer, à travailler sa respiration, à reprendre confiance en soi.
Le calme pour maîtriser ses émotions
« C'est un moyen efficace pour s'apaiser, se calmer, explique Catherine. Calmer le mental également. On apprend à mieux gérer son corps, ses émotions, à maîtriser ce qui est mal géré, mal accepté, à dire les choses, à retrouver la joie de vivre. Tout ce travail amène à des pensées de joies, de sérénité, d'harmonie, à travers la respiration, la visualisation. » [...]
Source : Le Télégramme, 15 décembre 2014,
http://www.letelegramme.fr/cotes-darmor/rostrenen/cancer-des-seances-de-sophrologie-proposees-15-12-2014-10461946.php

Note du CIPPAD : avant tout, il n’est sans doute pas inutile de rappeler qu’en dépit d’un formidable engouement pour une activité extrêmement bien promue en France, qui fait de l’hexagone une exception en la matière, la sophrologie ne repose sur aucune base scientifique solide. Sa pratique n’est pas reconnue par le Code de la santé publique. Dénoncée par l’Assemblée nationale, elle peut faire l’objet de poursuites pour exercice illégal de la médecine si elle est proposée dans le cadre d’un traitement de maladies réelles ou supposées.

On comprend qu’en terme de cancer, la notion de « soins de support » devienne alors extrêmement ténue, avec une ligne blanche qui pourrait rapidement être franchie s’agissant en particulier de patients susceptibles de rechutes.

Cependant l’essentiel n’est peut-être pas là. L’intervenante, Mme Catherine Boudiaf, s’affiche également comme naturopathe.
Son site nous apprend que la naturopathie « est un système de thérapie et de traitement qui fait essentiellement référence aux remèdes naturels tels que l'hygiène de vie, la diététique, les techniques énergétiques, les massages, la phytothérapie, l'oligothérapie, les compléments alimentaires. »

Offrant aussi de « faire le bilan de votre vitalité et de votre "terrain" au travers de différentes techniques, telles que l'iridologie, la morphologie, la pulsologie » [...]. Elle propose également des séances de « réflexologie plantaire » ou l’utilisation « d’Onctions aromatiques harmonisantes. »

Autant de techniques (celles surlignées dans le texte) dénoncées par les services de l’Etat, ce qui est tout de même troublant pour une personne travaillant dans l’accompagnement de patients atteints de cancers. Son site "Catherine BOUDIAF Naturopathe" renvoyant,  comme élément de légitimité, vers la Ligue nationale contre le cancer.



Le CENATHO s’était déjà fait remarqué lors du Rapport de l’Assemblée nationale fait au nom de la Commission d’enquête sur la situation financière et fiscale des sectes, et semblerait avoir été créé à l’initiative d’une personne ayant des responsabilités au sein d’un groupe ésotérique.

M. Daniel Kieffer, auquel Mme Boudias se réfère, est un activiste important oeuvrant en faveur du développement des médecines parallèles dans l’hexagone. Il croit aux vertus, du concept jamais démontré pour le moment, de « l’auto-guérison accompagnée ».

Ses différentes activités lui vaudront d’être auditionné dans le cadre de la Commission d’enquête parlementaire 2012-2013 réalisée par le Sénat sur  l’Influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé.

Le rapport parlementaire d’avril 2013, fruit de cette Commission d’enquête, pointera à de nombreuses reprises les activités du CENATHO.

Ajoutons que M. Kieffer fait aussi partie du comité de pilotage d’Alliance pour la santé, association qui affiche dans son site des informations hostiles au dépistage systématique du cancer du sein.

Quelle est la position de Mme Boudiaf, vis-à-vis de ces croyances problématiques en matière de santé ? Tout porte à croire qu’elle partage certains de ces points de vue, puisque son propre site mentionne « les processus naturels d'auto-guérison ».

La croyance en l’auto-guérison de la part d’une personne travaillant au contact de patients atteints de cancer, maladie chronique qui malheureusement donne trop souvent lieu à des rechutes, n’est-elle pas problématique ? Avec un risque potentiel de détourner les malades des soins conventionnels au profit de pratiques illusoires ?

Par ailleurs, est-ce bien l’objet des dons et legs fait à Ligue contre le cancer que de financer des personnes dont les compétences acquises reposent sur l’irrationnel et pour lesquelles les diplômes avancés ne sont pas recevables ?