samedi 17 janvier 2015

À Roubaix, une église évangélique bientôt fermée par la Ville

Une paroisse évangélique ouverte sans autorisation en 2013 dans le quartier de Fresnoy-Mackellerie est dans le collimateur des autorités. Les normes de sécurité ne sont pas respectées dans ce lieu qui peut accueillir jusqu’à une centaine de personnes, nuit et jour. L’église devrait être contrainte à la fermeture.
L’existence de ce lieu de culte a été découverte par hasard. « Je rentrais d’une réunion de proximité, un soir du mois d’août, quand j’ai entendu des chants en provenance d’un entrepôt, ce qui nous a mis la puce à l’oreille... », raconte Max-André Pick, le premier adjoint au maire de Roubaix.
Au numéro 40 de la rue Boucher-de-Perthes, dans le quartier Fresnoy-Mackellerie, un panneau annonce pourtant la couleur sur la façade d’un vaste bâtiment industriel qui a dû servir jadis d’entrepôt : « Église universelle de Dieu ». L’affiche précise les horaires du culte : prières chaque matin, guérisons le mardi soir, veillées de prières de 23h à 5h chaque vendredi, culte le di- manche.
L’église a dû déménager du rez-de-chaussée au deuxième étage
Le pasteur étant injoignable, on grimpe au deuxième et dernier étage du bâtiment, qui n’est pas verrouillé. Dans la cage d’escalier aux murs décrépits, des palmiers en pot fatigués et des affiches passées de mode. Les néons qui grésillent achèvent de donner aux lieux une atmosphère très étrange : pour un peu, on se croirait dans un film de David Lynch.
En haut, c’est-à-dire dans les combles, la fameuse « église universelle de Dieu » est un local protégé par une cloison en préfabriqué surmontée de vitres. Derrière la paroi, on distingue plus de quatre-vingts chaises. Survient un paroissien qui hésite en nous voyant. Il se contentera de bredouiller que « ce n’est pas facile de trouver un local dans le quartier ». Il nous dit que le lieu est sécurisé. La preuve, il y a des extincteurs aux murs.
Selon nos sources, le lieu de culte est installé dans ce bâtiment depuis 2013. Il a ouvert sans aucune autorisation, alors que le passage préalable de la commission de sécurité est obligatoire pour tout établissement recevant du public. Au départ, l’église était nichée au rez-de-chaussée. Mais les voisins ont râlé quand des veillées de prière ont commencé à s’organiser la nuit, et les évangéliques ont dû migrer vers le deuxième étage. «  C’est vrai qu’on les entendait toute la nuit, ils viennent avec leurs enfants et repartent au petit matin », murmure un homme qui habite en face. Pendant que les parents chantent des cantiques, les enfants dorment dans une petite pièce située au fond de l’église. Pièce dans laquelle étaient stockées les bouteilles de gaz de réserve pour le chauffage...
«C’est bien pire que la mosquée Da’wa»
La paroisse évangélique de Fresnoy-Mackellerie est le deuxième lieu de culte visé par une procédure pour non-respect des normes de sécurité, après la mosquée Da’wa de la rue Archimède (Alma). « Mais là on est bien au-delà de ce qui est reproché à Da’wa », déplore Max-André Pick, le premier adjoint au maire. La liste des irrégularités pointées par la commission de sécurité est en effet longue comme le bras : installation électrique pas aux normes, stockage de bouteilles de gaz, pas d’évacuation des fumées, pas d’alarme-incendie, pas de balisage des issues de secours.
« Sur des problèmes de sécurité de ce genre, on ne peut pas faire de concession, surtout pour des lieux qui accueillent du public », souligne Nabella Mezouane, adjointe au maire de Roubaix et présidente de la commission municipale de sécurité.
La fermeture dans deux mois?
La révélation en août de l’existence de cette église « clandestine » (dans le sens où son ouverture n’avait donné lieu à aucune autorisation) a débouché fin septembre sur un contrôle des locaux par la commission municipale de sécurité. C’est elle qui a listé l’ensemble des défauts de sécurité des locaux (lire ci-dessous). D’après sa présidente, l’adjointe au maire Nabella Mezouane, un procès-verbal avec « avis défavorable à caractère dangereux » a été établi.
Suite à ce PV, une mise en demeure a été adressée en fin de semaine dernière au propriétaire de l’entrepôt et au responsable de « l’église universelle de Dieu ». Tous deux ont deux mois pour réagir, à savoir soit mettre les locaux en conformité, soit les quitter.
« Vu l’état des locaux, il ne fait aucun doute que le lieu sera fermé, car le problème ne pourra être résolu en deux mois », assure Nabella Mezouane. D’autant que le pasteur a contacté la mairie pour annoncer qu’il s’était mis à la recherche de nouveaux locaux.
Une autre église sur le même palier !
Sur le même palier, tout au fond du couloir, un autre local abrite une deuxième église évangélique, baptisée « Liloba Na Nzambe ». Apparemment, un local fréquenté par des Congolais. Ironie de l’histoire, la procédure actuelle ne vise que
l’« église universelle de Dieu ». Contactée, la Ville explique qu’elle n’avait pas connaissance de l’existence de ce deuxième lieu de culte. « On va faire des vérifications », confie-t-on en mairie. Implanté dans le même environnement, il y a des chances pour que « Liloba Na Nzambe » ne respecte pas davantage les normes en vigueur.
PAR BRUNO RENOUL (textes) et HUBERT VAN MAELE (photos)
Source : Nord Eclair, 15 janvier 2015,
http://www.nordeclair.fr/info-locale/roubaix-une-eglise-evangelique-bientot-fermee-par-la-ville-ia50b12891n601101