samedi 17 janvier 2015

Arabie : le fouet, encore, pour Badawi

Lorsqu'il a reçu cinquante coups de fouets en public, vendredi dernier, devant une mosquée de Djeddah, Raïf Badawi, 32 ans, est resté stoïque. Aujourd'hui, de nouveau, il devrait être amené, pieds et mains enchaînés, et recevoir encore cinquante coups sur le dos.
Et il en ira ainsi pendant vingt semaines, si les autorités ne mollissent pas face à l'indignation internationale et l'appel à la clémence du département d'État américain. « Son état de santé n'est pas bon et je suis certaine qu'il ne pourra pas résister à une nouvelle série », s'inquiétait cette semaine son épouse, Ensaf Haïdar, réfugiée au Québec depuis 2013, avec leurs trois enfants.
Pour la famille Badawi, les ennuis commencent en 2008, lorsque Raïf crée le site Internet Free Saudi Libérais avec la militante des droits de la femme, Souad al-Shamani. Ensemble, ils critiquent l'emprise des théologiens sur le pays. Une incroyable audace car c'est précisément des théologiens wahhabites que la famille royale tire sa légitimité.
Dès 2009, le militant se voit interdire de quitter le Royaume. En 2011, il est accusé d'« enfreindre les valeurs religieuses », pour avoir, selon Amnesty International, publié un article sur la Saint-Valentin, qui aurait ridiculisé le Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice. En mai 2012, Badawi est visé par la fatwa d'un religieux qui le traite d'apostat, pour avoir rapporté sur son site - très vite fermé - des propos affirmant que « musulmans, chrétiens, juifs et athées sont tous égaux ».
Arrêté en juin 2012, il avait été condamné, en mai, pour cybercrime, désobéissance à son père (!) et apostasie. Lors de ce procès, il a interdit à quiconque de mettre en doute sa foi musulmane.
Source : Ouest-France, 16 janvier 2015

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