jeudi 8 janvier 2015

Berlin - L'Eglise met à la porte un médecin remarié... avec l'accord de l'Etat allemand

L’église catholique allemande n'est décidément pas un employeur comme les autres...
La Cour constitutionnelle de Karlsruhe a confirmé, fin novembre, que pour un cadre catholique salarié d'une institution catholique, se remarier après avoir divorcé était un motif de licenciement. L'affaire remonte à 2009. Le chef interniste de l'hôpital Saint-Vincent de Düsseldorf, dans l'ouest de l'Allemagne, est licencié par cet établissement catholique qui l'emploie depuis neuf ans. Motif du licenciement : le remariage de ce salarié tenu, selon l'Eglise, d'adopter un comportement «exemplaire» du fait de ses fonctions de chef de service. La stupeur du médecin est d'autant plus grande qu'il vit depuis plus de deux ans avec sa nouvelle épouse et que ses collègues non catholiques divorcés n'ont jamais subi de rétorsion de ce genre.
L'Eglise catholique allemande, l'une des plus conservatrices au monde, a redéfini en 1993 son propre code du travail s'appliquant à la totalité des 1,3 million de salariés que comptent les institutions catholiques du pays. Celui-ci stipule qu'un fidèle occupant un poste à responsabilité au sein d'une institution catholique -école, jardin d'enfants, maison de retraite ou hôpital - est tenu de respecter la morale catholique. Une infirmière ou un non-catholique pourront donc faire l'objet d'un traitement plus indulgent.
Les églises allemandes détiennent toujours un pouvoir considérable, garanti par la Constitution. A plusieurs reprises, les tribunaux du travail et la Cour européenne des droits de l'homme se sont cassé les dents sur les prérogatives de l'Eglise. Bien que financés par l'Etat, les hôpitaux catholiques peuvent ainsi refuser de pratiquer des IVG ou de donner la pilule du lendemain à une adolescente désespérée, interdire à une infirmière de porter le voile islamique, et pratiquer des grilles de salaires différentes des autres hôpitaux. Ils peuvent aussi demander des comptes à un médecin salarié sur sa vie privée. L'Allemagne est de fait un pays qui ne connaît pas de séparation entre Eglise et Etat. La Cour constitutionnelle s'en tient donc à une interprétation stricte des droits des églises. Et pour changer les choses, il faudrait changer la Constitution.
L'affaire a fait grand bruit en Allemagne. Et le médecin de Düsseldorf n'entend pas en rester là. Le cas sera de nouveau porté devant les tribunaux du travail. Surtout, en Allemagne aussi, «l'effet pape François» se fait lentement sentir. L'Eglise catholique allemande a promis de travailler à l'intégration des divorcés remariés. Des propositions en ce sens seront donc présentées par les autorités religieuses. Une modernisation indispensable pour l'Eglise allemande si elle veut mettre fin à l'érosion du nombre de ses fidèles.
Par NATHALIE VERSIEUX

Source : Libération, 8 janvier 2015