samedi 17 janvier 2015

Douai - Dix-huit ans de réclusion pour le prêtre pédophile

Philippe Detré a été condamné hier pour des viols et agressions sexuelles sur des mineurs. Il ne devrait pas faire appel.

Les victimes du prêtre Philippe Detré étaient des enfants destructurés, des
orphelins et même des déficients mentaux. (Photopqr/« la Voix-du-Nord ».)
Dans le petit village de Bollezeele, au cœur de la Flandre près de Dunkerque, Philippe Detré était un curé très apprécié. Hier soir, il est retourné dormir en prison. Jugé pour une dizaine de viols et agressions sexuelles commis sur des mineurs depuis les années 1980, le curé âgé de 70 ans aujourd'hui a été condamné par la cour d'assises du Nord, à Douai, à dix-huit ans de prison, assortis d'une période de sûreté des deux tiers, ce qui l'empêche de faire valoir une liberté conditionnelle qu'il aurait pu demander en raison de son âge.
La condamnation est là mais, pour les victimes, comme pour la population qui côtoyait l'homme d'Eglise, le traumatisme devrait être difficile à atténuer. Car les faits glacent le sang. Les agressions ont commencé dès les années 1970, dans toutes les paroisses où Philippe Detré a officié : Loos, La Madeleine près de Lille, puis en Flandre, Leffrinckoucke, Dunkerque, Loon-Plage... Ses proies : toujours des enfants destructurés, des orphelins, même des déficients mentaux. Comment dénoncer le curé ? A l'époque, les victimes ne peuvent rien faire, bloquées par la honte, décrédibilisées face à la réputation de Philippe Detré, connu pour sa bonne humeur.
Il faudra le courage d'un homme qui ose porter plainte et dénoncer les faits bien des années après, en 2012. Habitant près de Loos à cette époque, il croise la route de Philippe Detré à l'âge de 6 ans en 1986. Il sera ensuite violé par le curé pendant six ans. Son frère aussi a été victime du pédophile. Encore aujourd'hui, il en garde de graves séquelles.
Trois autres personnes se joignent à la plainte. Interpellé, Philippe Detré ne nie pas les faits. Il reconnaît les agressions et, de lui-même, livre sept autres noms de victimes. En tout, ce sont plus de vingt enfants et adolescents qui ont subi les agressions du curé. Mais tous n'ont pas été retenus dans le dossier, car certains faits, trop anciens, étaient prescrits.
Les jurés ont choisi hier d'infliger la peine maximale requise par l'avocat général Luc Fons, qui avait demandé entre quinze et dix-huit ans de réclusion criminelle. Partie civile au procès, l'association Enfance et Partage, qui défend les droits des enfants victimes, a accueilli favorablement le verdict. « C'est une décision qui m'apparaît justifiée, au regard du nombre de victimes et des inquiétudes qui ont plané à l'audience sur le risque de récidive », explique Jean-Philippe Broyart, l'avocat de l'association. Un autre avocat des victimes a estimé lui qu'avec cette « peine d'éradication, M. Detré ne pourra pas sortir de prison avant ses 80 ans au moins ».
Abderrahmane Hammouche, l'un des deux défenseurs du curé, a confié qu'« on ne se réjouit jamais qu'un homme de cet âge soit condamné à une peine comme celle qui a été prononcée, mais Philippe Detré accepte cette sanction et ne fera pas appel. Il m'a dit qu'il ferait tout ce qui est en son pouvoir pour réfléchir aux déviances qui se sont manifestées pendant quarante ans de sa vie ».
Outre sa peine de prison, Philippe Detré devra aussi suivre une obligation de soins et, en cas de sortie de prison, fera l'objet d'un suivi socio-judiciaire de cinq ans.
Source : Le Parisien, 16 janvier 2015

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