jeudi 8 janvier 2015

Manipulation - Arnaque en Charente : un concert fantôme à 136 000 euros

Poursuivie pour escroquerie au Cambodge, la compositrice Odile Perceau a aussi frappé dans une distillerie de Jarnac. Éric Pinard, le propriétaire, raconte sa mésaventure.
L’ 'escroquerie est rocambolesque et connaît un écho mondial. Odile Perceau, chef d'orchestre et compositrice de musique classique, a laissé une ardoise de 600 000 euros au temple d'Angkor au Cambodge.
L'affaire révélée par Mediapart raconte comment Odile Perceau, sous le nom de sa société Khloros, a organisé un concert de prestige en décembre 2013, avec de nombreuses personnalités invitées. Le tout avec le soutien du ministère de la Culture et de l'Unesco, entre autres. Rien que ça. Sauf qu'au moment de s'acquitter des factures, du cachet des musiciens aux autres prestataires, la compositrice répond aux abonnés absents.
"Les escrocs connaissent vos faiblesses"
Bien loin des remous de Paris et des vestiges khmers, un distillateur de Jarnac a lui aussi été « roulé » par Odile Perceau. Éric Pinard avait pourtant des doutes. Mais ébloui par le projet de la compositrice, il a fini par céder. « Les escrocs connaissent vos faiblesses. Ma distillerie, je l'aime, et ça, elle le savait », souffle-t-il.
Tout commence le 11 octobre 2013. Odile Perceau vient par hasard visiter la distillerie de Jarnac, accompagnée de Sophie Grenier, directrice de l'innovation et de la prospective chez Dragon rouge, agence de design parisienne. Mais aussi d'une grande soprano chinoise, soit-disant amie intime de la première dame de Chine. Les trois femmes repartent enchantées de la visite. « La soprano a même poussé quelques vocalises dans la salle des alambics, raconte Éric Pinard. Elles ont trouvé que la sonorité était en parfaite harmonie avec sa voix. »
La première dame de Chine
Pendant des mois, le distillateur n'entendra plus parler de ses trois invitées de passage. Jusqu'en août dernier. « Odile Perceau revient vers moi, explique Éric Pinard. Elle me propose d'organiser un récital de musique classique le 11 octobre suivant avec la soprano chinoise, et en présence de la première dame de Chine.
Elle me dit qu'il va falloir faire des travaux comme repeindre tout l'intérieur du bâtiment en noir pour la retransmission en direct à la télé chinoise, refaire la tapisserie, replanter la pelouse, nettoyer les façades... Évidemment, je me suis méfié. Ce genre d'événement, ce n'est pas pour moi. »
Mais la compositrice insiste, et donne la clé pour convaincre le distillateur. « Elle m'a promis que les frais seraient entièrement pris en charge par sa société Khloros. Dans le premier devis, on partait sur 100 000 euros de travaux. »
Éric Pinard finit par dire banco, sans signer aucun contrat. L'accord reste tacite. « Je trouvais que c'était un beau projet, que ça donnerait une belle image du cognac. Et je voulais en faire profiter mes clients. » Le distillateur contacte les connaissances, artisans du coin. Les travaux débutent. Courant septembre, l'un des fournisseurs demande un acompte.
« Qui n'arrive jamais, poursuit Éric Pinard. C'est à ce moment-là qu'on a commencé à se méfier. Odile Perceau continuait à me dire au téléphone que le paiement allait arriver la semaine prochaine. » Jusqu'au moment où, à quelques jours de la date fatidique, le concert est purement et simplement annulé. « En cause, la décapitation de l'otage français Hervé Gourdel. Pour des questions de sécurité, l'Élysée en personne aurait refusé que le concert ait lieu... »
Le prétexte est tellement farfelu qu'Éric Pinard finit par comprendre qu'il ne verra pas l'ombre d'un violon sur sa propriété. « Et surtout que Khloros ne paierait pas. Les travaux ont été stoppés. Je n'ai pas voulu mettre mes artisans dans une situation délicate. » 136 000 euros de travaux avaient déjà été effectués. « J'ai sorti 52 000 euros de ma poche. J'ai dû faire un crédit pour ça. Une société charentaise du monde du cognac, associée avec moi dans l'événement a, elle, payé les 84 000 euros restants. »
"Elle vit dans un grand délire"
Éric Pinard n'a pas porté plainte. « Je n'ai pas subi de préjudice. Après tout, les travaux ont été réalisés. Je ne peux pas me retourner contre Khloros. Il me reste le préjudice moral, mais tant pis. Les artisans ont été payés, c'était le plus important. Pour moi, l'affaire est close. » La maison de cognac associée a, quant à elle, déposé plainte, tout comme une société d'événementiels parisienne. Une enquête est en cours au sein de la brigade de répression de la délinquance astucieuse (BRDA).
Aujourd'hui, les langues se délient autour de la compositrice, qui ne serait pas si musicienne que ça
Sophie Grenier, qui est au commencement de l'histoire charentaise, dément toute escroquerie. C'est elle qui a mis en contact Odile Perceau et Éric Pinard. « On parle d'escroquerie dans les médias mais ce ne sont pas les mots, infirme-t-elle. Il n'y a eu aucune mésentente entre le distillateur et Odile Perceau. Cette affaire prend une ampleur disproportionnée. Le concert d'Angkor et celui de Jarnac sont deux affaires qui n'ont absolument rien à voir. Pour cette dernière, ni Odile Perceau, ni moi, n'avions un intérêt qu'il soit amical ou professionnel. »
Aujourd'hui, les langues se délient autour de la compositrice, qui ne serait pas si musicienne que ça. Stéphane Rougier, membre du Quatuor de Bordeaux, qui a collaboré avec elle en 2007 et 2008 la qualifie de « gourou. Elle commandait tout mais n'y connaissait rien. Elle vit dans un grand délire. Une belle imposture. »
Source : Sud-Ouest, 6 janvier 2015,
http://www.sudouest.fr/2015/01/06/136-000-euros-le-concert-fantome-1787195-937.php

Une arnaqueuse "musicienne" et "enfant indigo" cause quelques centaines de mille de pertes dans plusieurs pays...

L’Unesco et la France cautionnent une escroquerie culturelle au Cambodge

Par Antoine Perraud

L’histoire terrible mais inachevée d’Odile Perceau, reine de la duperie au Cambodge. Ou comment une filouterie musicale en Asie, sur fond d’exhalaisons sectaires, fut parrainée par la France et l’Unesco, incapables ensuite d’assumer leurs fautes.
Elle semble encore plus douée qu’un virus informatique nord-coréen. Elle s’introduit partout avec une science de caméléon, tel Zelig – le personnage du film de Woody Allen. Elle se prétend compositrice et de surcroît chef d’orchestre. Elle cherche à organiser des concerts là où paieront des fortunés suffisamment naïfs et des naïfs suffisamment fortunés. L’Extrême-Orient s’avère son terrain de chasse le plus lucratif. Toutes les ruses sont bonnes pour y parvenir. Elle s’appelle Odile Perceau et rôde jusqu’au palais de l’Élysée.
Passant d’abord par David Kessler, naguère conseiller pour la culture de François Hollande, elle parvient à s’élever jusqu’à Valérie Trierweiler, qui se prend à l’époque pour la première dame de France. Quatre jours avant la publication de photographies fatales montrant que le chef de l’État court le guilledou en scooter, madame Trierweiler signe, le 6 janvier 2014, un courrier ahurissant destiné à l’épouse du président chinois : pour lui recommander une Odile Perceau ayant alors en tête de se faire ouvrir rien de moins que l’opéra de Pékin.
Le document ci-dessous apparaît si grotesque – on y barbote dans une sorte d’Ancien Régime fantasmagorique, comme si Marie-Antoinette s’adressait à l’impératrice d’Autriche ! –, que nous l’avons d’abord pris pour un faux. Valérie Trierweiler n’a pas daigné répondre à notre courriel, mais son chef de cabinet de l’époque, toujours à l’Élysée – il veille désormais sur le secteur associatif –, rappelle Mediapart. Patrice Biancone confirme l’authenticité de la missive. Nous lui pointons les tournures saugrenues et clichetonneuses, l’attentat au code typographique (la majuscule de Parrainage), le ridicule fort peu républicain de cette bafouille officielle : la stylistique n’est pas son fort. M. Biancone ne trouve rien de fâcheux à ce qu’une telle prose émane du sommet de l’État. Nous lui demandons dans quelle mesure il n’a pas repris, sans même l’amender, le modèle de lettre que lui avait soumis Odile Perceau. Il nous promet de vérifier dans ses dossiers, sans jamais reprendre attache.
Pour lire l’article en entier, activer le lien ci-dessous:
Source : Mediapart  relayé par Peuple observateur, 28 décembre 2014
http://peuplesobservateurs2014.com/2014/12/28/lunesco-et-la-france-cautionnent-une-escroquerie-culturelle-au-cambodge-ericduval-osj-mafia/