samedi 3 janvier 2015

Soufisme - TURQUIE : LES RÉSEAUX INTELLOS DE LA CONFRÉRIE GÜLEN

Dimanche 14 décembre, la police turque a arrêté 27 personnes proches du prédicateur Fethullah Gülen, grand opposant au président Recep Tayyip Erdogan. Parmi elles figurait le rédacteur en chef de « Zaman », l'un des principaux quotidiens du pays. Une opération coup de poing, dernière d'une série lancée contre ce que le régime appelle un « Etat parallèle », accusé de comploter dans l'ombre à sa chute. Elle a suscité de nombreuses réactions d'indignation en Turquie et dans le monde.
Mais qui est Fethullah Gülen ? Cet intellectuel musulman turc de 73 ans, qui vit depuis 1999 en Pennsylvanie, est le fondateur du mouvement Hizmet, « le service ». D'abord proche de l'AKP, le parti islamo-conservateur au pouvoir, Gülen a pris ses distances avec lui et choisi la voie de l'exil. Il a écrit des dizaines de livres et des milliers d'écoles se revendiquant de lui se sont établies dans le monde entier dont une en France, à Villeneuve-Saint-Georges, dans la banlieue sud de Paris. Son influence (ses disciples seraient plusieurs millions) est incontestable et les intellectuels qui s'intéressent à la Turquie ont souvent affaire à ses réseaux. Le site d'information Slate a raconté ce jour d'avril 2007 où des universitaires français comme Jean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka, Olivier Roy et des philosophes proches de la revue « Esprit » se sont retrouvés sur les rives du Bosphore pour discuter de « la République et des diversités culturelles », invités par une asso- ciation qu'ils découvriront financée par la « secte » Gülen.
Pourtant, une fois la réalité de la puissance de l'homme de foi établie, les avis divergent : il est l'objet d'une violente polémique. Pour certains journaux anglo-saxons, il serait le penseur le plus important du monde musulman, un croisement entre Rousseau, Gandhi et un télévangéliste, prêchant le salut par l'éducation, la non-violence et un islam mis au service de l'économie de mar- ché. D'autres comparent la néoconfrérie de Gülen à la secte de l'Opus Dei ou de la Scientologie, dénoncent les liens des «Fethullahci » avec la droite religieuse américaine et avec la CIA, leur stratégie d'influence et leur entrisme dans les institutions de l'Etat turc. Les détracteurs de Gülen l'accusent aussi d'avoir perverti les instructions judiciaires des affaires Ergenekon et Balyoz, ces plans de déstabilisation du gouvernement turc imputés à la haute hiérarchie militaire.
Récemment le Parlement turc a voté la fermeture des écoles Gülen sur son territoire pour septembre 2015 : l'Etat turc a décidé d'en finir avec ce que la sociologue Nilùfer Gôle, directrice de recherches à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales à Paris, décrit comme « le réseau musulman le plus puissant du monde ».
SARA DANIEL
Source : L’OBS, 24 décembre 2014
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