vendredi 13 février 2015

Ashram Shambala - Il raconte son histoire au coeur d'une secte russe

Par amour, il a côtoyé l'une des sectes les plus dangereuses du monde, l'organisation Ashram Shambala (lire ci-dessous). Alban Bourdy, né à Courcouronnes en 1983, raconte cette expérience dans trois ouvrages sortis coup sur coup ces derniers mois*. Une trilogie où il mêle roman, récit autobiographique et décryptage de l'embrigadement pratiqué par cette secte.
« J'avais besoin de raconter mon expérience, mon histoire, à mon entourage », explique-t-il.
Jusqu'à ses 15 ans, Alban Bourdy vit à Fleury-Mérogis. Diagnostiqué élève surdoué, il n'aime pourtant pas l'école. Ses parents, employés à la Poste, déménagent dans le sud de la France (http://actualites.leparisien.fr/france.html), à Avignon (Vaucluse). S'il ne sent pas exclu, il porte alors sur le dos « l'étiquette du Parisien ». « L'Essonne me manquait. J'y trouvais les relations plus chaleureuses, moins superficielles », témoigne-t-il. Quand il retourne aujourd'hui à Paris, il loge d'ailleurs dans les hôtels près de la cité des Aunettes de Fleury.
Ce sont les sentiments, déjà, qui le rapprochent des sciences ésotériques. « Ma mère aimait beaucoup ce sujet. Elle était amie avec une voyante, j'étais amoureux de sa fille », se souvient-il. Adulte, il ouvre une librairie ésotérique à Marseille. C'est là que Maria, une jeune Sud-américaine, le contacte en 2010. Elle fait partie d'Ashram Shambala. Et devient vite proche d'Alban. « Je l'ai aidée à organiser des événements pour promouvoir la secte », explique-t-il.
Le jeune homme constate alors beaucoup de « manipulation mentale » sans prendre conscience de son ampleur. Lors de voyages en Ukraine et en Géorgie, où la secte est très implantée, il découvre le vrai visage d'Ashram Shambala. « J'ai vu des femmes qui avaient tout quitté pour cela », confie-t-il. Il prend conscience de ces dérives et s'éloigne, avec Maria, du mouvement en 2012. « Cela a mis du temps avant qu'ils ne me contactent plus », raconte-t-il.
Alban Bourdy n'a jamais reçu de menaces. Maria, qu'il n'a plus revu depuis, a, elle, subi de graves pressions. « Elle a une fille. Ils ont menacé de la tuer. Elle a reçu des avertissements occultes, de la magie noire. L'arme fatale des sectes, c'est que l'infâme est insoupçonnable », constate-t-il. Alors, Alban Bourdy prend sa plume pour raconter cette étape tumultueuse de sa vie. « J'écris depuis que j'ai 11 ans. J'aime cela physiquement, le fait de prendre un stylo, face à une page blanche », lance-t-il.
Aujourd’hui, Alban, qui a écoulé 1 500 copies de ses ouvrages*, n'a pas d'activité professionnelle. Il s'investit dans des associations culturelles et compte bien revenir habiter dans l'Essonne. « C'est là que je me sens le mieux », sourit-il.
Un des mouvements les plus dangereux au monde
La secte Ashram Shambala a été fondée en 1989 en Russie par le gourou Konstantin Rudnev. Le mouvement s'est ensuite propagé principalement en Amérique du Sud et en Europe de l'Est. Pour les experts, c'est l'une des sectes « les plus dangereuses au monde, totalitaire, destructrice et immorale ».
La base idéologique d'Ashram Shambala est un livre autobiographique de Konstantin Rudnev, « la voie de l'insensé », qui remet en question l'Etat, la famille, la parentalité, l'éducation et le travail, en invitant les disciples à la soumission au leader du groupe, particulièrement sur un plan sexuel pour les femmes. Konstantin Rudnev a d'ailleurs été condamné en 2012 à 11 ans de prison pour viols, agressions sexuelles, vente de drogue et atteinte aux droits humains et civils. Ses disciples continuent pourtant à propager ses idées. La secte compterait environ 30 000 membres.
* « Chute Ascendante », « D'où leurres et minuties » et « Voler en éclats ».
Julien Heyligen
Source : Le Parisien, 28 janvier 2015,
http://www.leparisien.fr/espace-premium/essonne-91/un-des-mouvements-les-plus-dangereux-au-monde-28-01-2015-4484011.php
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