lundi 16 février 2015

Islam, Témoins de Jéhovah - « L'intégration à la française, ça marche ! »

Fathia Wycisk, Française d'origine maghrébine, a bataillé pour vivre libre en luttant contre tout endoctrinement et contre le racisme. Elle dit avoir réussi son intégration, sans pour autant renier ses origines.
Témoignage
« Mon père n'est pas venu mettre la merde en France ! Il a contribué à la reconstruction d'un pays qui était en demande d'ouvriers. » C'est en reprenant les termes polémiques du journaliste Philippe Tesson (1) qu'elle a souhaité réagir. Fathia Wycisk, 55 ans, Française d'origine algérienne résidant à Nantes, s'est sentie une nouvelle fois blessée par des propos visant nommément une communauté.
La première fois, c'est lors des attaques contre Charlie Hebdo et le magasin Hyper Cacher, porte de Vincennes, début janvier. Se sentant insultée, elle en veut d'abord à ceux qui ont causé la mort de dix-sept personnes au nom de l'islam. « C'est un acharnement sur la foi de ceux qui pratiquent modérément et au quotidien leur religion. » Elle en veut aussi à ceux qui jouent la carte de la provocation « pour diviser les Français ».
« Pas de ghettoïsation »
Pourtant, Fathia n'est pas pratiquante, ni même musulmane. Une religion dont elle s'est détournée à l'âge de 18 ans. « Il y avait deux côtés de la pratique. D'un côté, le soft et doux. Celui qui consiste à expliquer les choses. » À l'image de ses tantes et cousines restées en Algérie. Des femmes « épanouies ». Mais sa mère lui a montré le côté « plus dur ». Dur pour une adolescente à qui les sorties et le maquillage étaient interdits et qui devait même se marier au «bled».
Son histoire est aussi liée à un attachement très fort à la France pour laquelle son grand-père s'est battu et a été fait prisonnier durant trois ans, lors de la Seconde Guerre mondiale. Aussi, elle estime ne pas avoir à prouver son amour pour ce pays.
Pour elle, la liberté d'expression ne doit pas dépasser certaines limites, à savoir tout ce qui « touche » au sacré. Mais elle n'en demeure pas moins essentielle. Et c'est en France qu'elle l'a trouvée, sans jamais renier ses origines. Ce qui lui a valu des insultes racistes, hier comme aujourd'hui. Mais elle en reste persuadée, « l'intégration à la française, ça marche ! »
Est-ce à dire que cela fonctionne pour certains, mais pas pour d'autres ? « La France n'a pas su prendre en main les gens qui étaient accueillis chez elle. Ni su donner à tout le monde la même part du gâteau », créant, selon Fathia, une génération de frustrés enfermée dans une haine parfois dévastatrice. Une génération à laquelle il faut tendre la main, à travers l'éducation, la pédagogie, en mettant en valeur leur côté positif. « Faire une propagande à l'envers », lance-t-elle, en leur donnant une place dans la cité en tant que citoyens à part entière.
L'autre combat de Fathia pour sa fille
Les deux filles de Fathia ont grandi dans le respect des autres. La plus grande, 31 ans, est traductrice et musicienne. La seconde, 22 ans, baigne dans les arts appliqués. Mais cette dernière a fait un choix douloureux pour sa maman : elle a rejoint, il y a quatre ans, les Témoins de Jéhovah. Fathia n'a pu la revoir qu'il y a quelques mois. Elle a engagé une procédure judiciaire contre le mouvement, créant aussi une page Facebook pour recueillir d'autres témoignages.
Un choix douloureux, car Fathia connaît bien les Témoins de Jéhovah. Elle s'était rapprochée d'eux à l'âge de 15 ans. « Je me cherchais, j'étais en quête d'idéal », séduite par leur discours « d'amour pour Jésus ». La majorité atteinte, elle a même quitté sa famille, avec l'aide des Témoins de Jéhovah, pour s'installer à Paris. Sa mission : frapper aux portes des familles arabes et musulmanes auxquelles elle donnait des cours gratuits de français pour qu'elles puissent « lire la Bible ».
Dix ans plus tard, déçue, dit-elle, par « le clanisme et le côté discriminatoire » d'un mouvement « radical » (2), elle en est chassée. Les années passent et la mère de famille se reconstruit doucement, tout en conservant sa « croyance privée dans le Christ ».
Malika MEROUARI.
 (1) Propos tenus sur les ondes d'Europe 1 le 13 janvier 2015, sur « les musulmans qui viennent mettre la merde ».
 (2) Un rapport parlementaire de 1995 considérait les Témoins de Jéhovah comme une « secte ». Mais un arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme du 5 juillet 2012 a estimé qu'il s'agissait d'une religion. La Miviludes, Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (www.miviludes.gouv.fr) poursuit cependant « sa vigilance en raison de signalement de dérives sectaires qu'elle reçoit régulièrement de la part d'anciens membres ou de proches des membres de cette communauté ».
Source : Ouest France, 13 février 2015
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