lundi 13 avril 2015

La Mémoire Manipulée

La mémoire est le socle sur lequel se construit notre personnalité. Grâce à elle, nous pensons savoir qui nous sommes. Elle nous donne le sentiment d’une continuité entre le présent, le passé, et l’avenir. Nous la voulons invulnérable et la moindre de ses faiblesses nous inquiète. Et pourtant, la mémoire est fragile, malléable et faillible. La méconnaissance du fonctionnement de la mémoire a conduit à condamner des innocents sur la base de témoignages erronés formulés de bonne foi. Parce que notre cerveau ne dispose pas de filtre permettant de distinguer les souvenirs authentiques des faux souvenirs, de tragiques confusions surgies au cours de psychothérapies ont entraîné des accusations d’abus sexuels et démoli des familles entières.
Des adultes pourtant sensés ont déclaré avoir vécu des vies antérieures, des expériences de mort imminente, avoir été enlevés par des extraterrestres... ou s’accusent de crimes qu’ils n’ont pas commis. Comment la mémoire peut-elle être trompée ? D’où viennent les faux souvenirs, les faux aveux ? Comment expliquer les expériences de mort imminente, les souvenirs d’enlèvements par des extraterrestres, etc. ? Comment limiter les erreurs dans les témoignages ?
Faux souvenirs : des cas édifiants...
Holly Ramona
À 19 ans, Holly consulte un thérapeute pour boulimie et dépression. La thérapie est accompagnée d’injections de penthotal, familièrement appelé « sérum de vérité » et présenté comme censé garantir la véracité des souvenirs. Au bout de quelques mois, Holly retrouve le souvenir ignoré jusque-là d’actes d’incestes commis par son père entre 5 et 8 ans. Le thérapeute organise une séance de confrontation entre Holly et son père au cours de laquelle elle accuse son père. Puis elle porte plainte contre lui.
La famille Ramona est détruite, les parents divorcent.
Plus tard, grâce au témoignage d’Elizabeth Loftus au procès, le père de Holly est disculpé. Le thérapeute est condamné à l’équivalent d’un demi-million d’euros de dommages et intérêts. Holly Ramona ne renie rien de ses accusations, elle s’installe comme thérapeute spécialiste des troubles alimentaires et des abus sexuels.
Beth Rutherford
Stressée par son travail d’infirmière, Beth consulte un psychothérapeute. Au fil des séances de thérapie, elle « découvre » qu’elle a été violée plusieurs fois par son père entre 7 et 14 ans et qu’il lui a fait subir un avortement. Dans un témoignage publié sur le site de la False Memory Syndrome Foundation, elle dit : « Je me souvenais qu’il avait introduit en moi des ciseaux et une fourchette, et d’autres horreurs ». Accusé, le père perd son emploi et risque 7 ans de prison.
Plus tard, elle revient sur ses accusations. Des examens médicaux montrent qu’elle est encore vierge et que son père a subi une vasectomie avant les événements incriminés. En 1996, après un procès, le psy est condamné à verser l’équivalent de 1 million d’euros.
Les faux souvenir dans les entrevues d’enquête auprès des témoins ou victimes

Magali Ginet

La création de faux souvenirs peut avoir des conséquences catastrophiques dans le domaine de la justice. En effet, lorsqu’un témoin ou une victime imprime dans sa mémoire des éléments qui ne sont pas fondés sur la réalité des faits criminels, alors le risque d’erreur de justice augmente dramatiquement. Les travaux en psychologie menés par Elizabeth Loftus et ses collaborateurs avaient permis, dès les années 70, de montrer à quel point il était facile de créer de faux souvenirs dans la mémoire des gens, y compris des souvenirs d’événements traumatiques ne s’étant en réalité jamais produits. L’un des moyens sans doute les plus efficaces pour cela consiste à poser des questions suggestives, c’est-à-dire des questions comprenant un élément non mentionné au préalable [...]
Source : Extraits du dossier de presse du n° 312 d’avril 2015 de la Revue de l’Association Française pur l’Information Scientifique – AFIS.

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