samedi 31 mai 2014

RYE: Yoga, l’as-tu vu mon petit loup ?


De plus en plus souvent nous sommes interrogés par des parents sur la pratique du yoga à l’école… mode, engouement, innocuité ?

Dans le département du Maine-et-Loire, du yoga est proposé dans certaines écoles, de la maternelle au lycée, notamment dans des villages situés le long de la Loire en aval d’Angers, et dans le Haut-Anjou. Cette activité fait le plus souvent appel à des intervenants extérieurs aux établissements.

Comment  cela se passe-t-il? Pour les lycéens, quelques minutes de recentrage et de relaxation en débuts de cours. En maternelle, en lien avec une activité apaisante comme des contes, les enfants sont initiés aux postures du yoga.

Le yoga est avant tout une activité de détente, associant exercices d’assouplissement et de concentration corporelle. Pas souples, pas concentrés, nos petits loups ?

Cependant, certaines formes de yogas, intégrant des exercices particuliers de respiration, conduisent aussi à un « regard  sur sa conscience », au lâcher-prise, voire à une dévotion à un maître ou une divinité, et c’est souvent là où le bât blesse…

Le yoga à l’école, un engouement, une demande ? Mais ne faudrait-il pas aussi être vigilant sur le choix et le parcours des intervenants ?

Professeur de yoga nourrit ordinairement assez peu son homme, ou sa femme, aussi  voit-on fréquemment  des intervenants multicartes s’impliquer dans des associations proposant par ailleurs bien d’autres choses, comme le rebirth, les soins énergétiques, la naturopathie. Autant de pratiques pointées par les services de l'Etat compétents en la matière. 

Dans les collèges et lycées, on trouve souvent en arrière plan une  association, française à l'origine, implantée aujourd'hui en Europe et en Amérique du Sud, et œuvrant pour la recherche sur le yoga dans l’éducation (RYE). Association qui vise à promouvoir le yoga, tant auprès des Instituts Universitaires de Formation des Maîtres, des enseignants, que des élèves, en se basant sur « sept principes pour introduire le yoga à l’école ».

Parmi ces sept principes, il est expliqué, et c’est heureux, qu’« aucune rétention ni modification du rythme respiratoire n’est à introduire chez les jeunes enfants d’âges scolaire. La simple attention au souffle amène une régularisation des phases respiratoires, avec pour corollaire le calme émotionnel. »

Précisé aussi, que « le RYE ne s’occupe ni de spiritualité ni de religion », mais l’usage de mots en « sanscrit » est recommandé pour la pratique, car « le rapport à la langue originelle nous permet donc de nous repérer dans le temps présent et de jeter des balises pour l’avenir».

Tout cela, en pratiquant un yoga appelé Yoga Nidra, connu pour induire des états modifiés de conscience.

Pour conclure sur: « ces recommandations nous semblent importantes pour rendre l’usage du yoga acceptable par tous les partenaires de l’éducation. »
 
La créatrice de cette méthode a d’ailleurs co-écrit un intéressant ouvrage de référence synthétisant avec précision les exercices que les élèves devront réaliser, et intitulé Des enfants qui réussissent – le yoga dans l’éducation (Ed. Desclée de Brouwer, 1995). 




Plus incongru, dans ce même ouvrage, la vision des auteurs concernant les liens entre la pratique proposée et les « techniques psychologiques occidentales », résumée dans un  tableau, où est présenté un parallèle entre les noms des exercices en sanscrit et des psycho-techniques telles que Rebirth, Analyse Transactionnelle, PNL, Méthode Alexander, Bioénergie, Biofeedback, Rêve Eveillé, Méthode Vittoz, Silva Mind Control, etc.

Ca, c’est pour le côté face du RYE.

Côté pile, la créatrice et directrice du RYE se fait aussi appeler Swami Yogabhakti et enseigne sur Paris un yoga ésotérique et tantrique, le Kriya Yoga.

Ainsi, propose-t-elle des cours et stages sur :
« Les chakras et l’ouverture à nos dimensions profondes »,
« Méditations sur la lumière de l’Atman »,
« Les Koshas, nos dimensions cachées »,
« Ida et Pingala, la quête du juste milieu »,
« Ajna Chakra, le troisième œil »,
« Effets de la respiration psychique »,
« Vishuddhi, le chakra de la purification »,
« Visualisation de guérison »,
« Présentation du Kriya Yoga », etc.
La pratique du Kriya Yoga est généralement décriée compte-tenu des risques encourus de déstabilisation mentale.

En 1989, la fondatrice du RYE donna une longue interview dans la revue Nouvelles Clefs, où elle y expose ses objectifs et les liens du RYE avec certains yoga critiqués, reconnaissant  au passage la proximité de sa méthode avec celle de Rudolf Steiner, fondateur du controversé mouvement anthroposophique.
 
Quelques extraits :

« Nouvelles Clés : Vous avez fondé le RYE et depuis 1978 vous travaillez sur certaines techniques de yoga dans le cadre de l'Education nationale. Pourriez-vous nous préciser votre objectif ?
M.F. : L'Éducation nationale est assez vaste pour accueillir des formes d'enseignement diversifiées qui peuvent surprendre. Vous avez rappelé très justement que le RYE existe depuis onze ans. Sa date de fondation officielle (loi 1901) date de cette époque, mais bien avant nous avions pris l'habitude de nous réunir régulièrement avec quelques collègues pour réfléchir sur les moyens d'aider les enfants à faire attention.

Cela semble tout à fait anodin mais faire acte d'attention est la grande affaire du yoga et des disciplines associées alors qu'en Occident on se contente de répéter" faites attention ! ", " écoutez-moi bien, les enfants! ", comme s'il était simple d'effectuer cet effort. Or cela exige une éducation. Le développement de la mémoire est une entreprise et le yoga a une très longue expérience des techniques et des moyens à mettre en oeuvre pour rendre le mental actif, et je dirais même pour le rendre réceptif, ce qui est essentiel dans l'apprentissage. On remarque aujourd'hui que les enfants ont des cervelles " comme des passoires ", que ce qui " rentre par une oreille sort par l'autre ". Et on n'a pas fait assez d'études sur les modifications qui surviennent dans le mental lorsqu'on est soumis aux effets du stress. On sait bien, par exemple, que les personnes déprimées ont des pertes de vigilance, d'attention, qu'elles sont plus sujettes aux accidents, du fait de leur inattention. Il s'agit-Ià d'un comportement pathologique. Mais le manque d'attention est un phénomène courant qui touche chacun et particulièrement les jeunes.
…/…

N. C. : Au sein du RYE, vous formez également les professeurs à ces techniques ?
M.F. : Nous avons une formation en deux ans, avec des degrés ultérieurs d'approfondissement. On enseigne, la première année, le développement sensori-moteur, de manière à élargir chez les enfants une attention auditive, visuelle, tactile, une attention fondée sur une bonne gestion des énergies corporelles. Dans la deuxième année, le RYE apprend aux enseignants à faire eux-mêmes référence à la tradition, au raja-yoga, et à créer eux-mêmes, pour leur usage en classe, des exercices adaptés.

N. C. : Le Raja-yoga est-il bien la source principale ?
M.F. : Oui, essentiellement. Raja-yoga veut dire yoga royal. Dans la mesure où aujourd'hui on parle beaucoup de psychosomatique, on sait très bien que, préalablement à la maladie, il y a une certaine attitude émotionnelle ou mentale. On ne peut pas changer le fait que notre enseignement soit hyperintellectualisé. Il vaut mieux mettre l'intellect en état de fonctionner le mieux possible. Je pense qu'il serait utile d'apprendre les lois de l'hygiène mentale car on connaît mal, en Occident, quelle est la meilleure façon de récupérer d'une fatigue nerveuse. Sur quel support l'esprit pourra-t-il s'allonger, comme le corps s'allonge sur le sol ? C'est depuis fort longtemps qu'on s'occupe de trouver la manière de reposer l'esprit. Les recherches de neuro-physiologie, neuro-pédagogie, par exemple les travaux d'Hélène Trocmé-Fabre, en France, ont montré que le cerveau s'imprègne des connaissances qu'on lui apporte, d'autant mieux qu'après un cours ou une leçon il y aura un bref moment de relaxation. Les bons professeurs ont toujours apporté une petite note de gaîté ou de détente après un cours difficile. La relaxation favorise la fixation des connaissances.

N. C. : Avez-vous déjà constaté une amélioration de l'état de santé de certains de vos élèves ?
M.F. : Nous nous sommes aperçus, en interrogeant les élèves, qu'une immense majorité avait du mal à s'endormir le soir. Par suite d'une suractivation du système sympathique, entraînée par le mode de vie, le stress, les films vus avant de se coucher. Je propose aux jeunes de prolonger le soir dans leur lit les exercices faits en classe. Sur le dos, dans leur lit, ils doivent faire une respiration qui insiste sur la lenteur de l'expiration. Nombre d'élèves m'ont dit avoir mieux réussi à s'endormir ensuite. Cela pourrait servir aussi à bien des adultes !

N. C. : Utilisez-vous des méthodes de yoga nidra ?
M.F. : La caractéristique et l'efficacité du yoga nidra, yoga nidra voulant dire yoga du sommeil - on pourrait dire aussi le yoga de l'éveil - c'est une forme de relaxation profonde dont la spécificité est la rotation de la conscience dans les différentes parties du corps. C'est-à-dire une prise de conscience corporelle systématique des parties du corps. Le retour dans la sensation du corps est absolument essentielle à l'équilibre. Plus un être humain est conscient de ses racines, plus il est à même de développer son potentiel. A l'école, je ne parIerai pas de yoga nidra, mais je parlerai de prise de conscience du corps, du souffle, des mécanismes du mental et de la mémoire. …/…

N. C. : N'y a-t-il pas un rapport entre votre pédagogie et les idées de Rudolf Steiner, de Célestin Freinet ou de Maria Montessori ?
M.F. : Tout à fait ! Je crois que les novateurs sont toujours revenus aux mêmes principes oubliés. L'être humain n'est pas seulement un intellect. Me revient à l'esprit cette phrase célèbre de Thoreau: « Un homme pense aussi avec ses bras et ses jambes, et pas seulement avec son cerveau. Nous avons quelque peu exagéré l'importance du quartier général. …/…

N. C. : Dans quelle mesure utilisez-vous le mantra ?
M.F. : Nous voulons que les enseignants soient au faîte de la réalité de la tradition. Nous avons noté que le mantra se fondait sur la répétition d'un même phonème. Comme le faisait remarquer avec beaucoup d'humour Krishnamurti, si on fait répéter à quelqu'un « Coca-Cola, Coca-Cola, Coca-Cola... » ses ondes cérébrales sont calmées! Cela recoupe très facilement l’habitude qu'ont les enfants, qu'ils perdent en grandissant, de répéter continûment un même mot qui les a frappés. Lorsque nous apprenons des choses aux élèves, nous savons que la répétition est extrêmement efficace. Nous nous servons des connaissances traditionnelles mais nous ne confondons pas le mantra avec le travail de classe.»

Alors, yoga scolaire relaxant à ses heures et approches controversées passé dix-sept heures ? La question des porosités  entre les différentes activités des enseignants de yoga en milieu scolaire ne mériterait-elle pas d’être posée? 

Cette interrrogation est d’ailleurs également partagée par nos cousins québécois, comme on peut le lire dans  le blog " Danger yoga dans les écoles ".

Et finalement, à la récréation, vaut-il mieux jouer et discuter avec ses copains ou méditer seul dans son coin ?

Source des photos: Yoga en la Educacion RYE, http://www.youtube.com/watch?v=0th0ofD2CJc.,http://youtu.be/0th0ofD2CJc