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Le Centre d'Information et de Prévention sur les Psychothérapies Abusives et Déviantes (CIPPAD), créé en 2002 sur la région d’Angers, aborde notamment les problèmes résultant d’approches irrationnelles ou du charlatanisme.


C'est une structure d’information, et de soutien aux victimes et à leur entourage, qui face à ces situations se trouvent, dans un premier temps, souvent assez démunis.


Certains praticiens, les « dérapeuthes », ont recours à des pratiques psychologisantes douteuses non reconnues. A titre d’exemples nous mentionnerons le Décodage biologique, les Faux-souvenirs induits, la Psychobiologie, la Psycho-généalogie, la Programmation neuro-linguistique, le Rebirth, les techniques d’auto-guérison, et bien d’autres encore.


L'approche développée par ces dérapeuthes consiste à d’abord séduire, flatter, à se poser comme confident. La victime va peu-à-peu se détacher de son milieu familial, voire de son travail. Isolée, le lien de dépendance se noue. Il s’agit souvent de personnes fragilisées d’un point de vue familial, professionnel ou de santé.
Ainsi, des patients souffrant de maladies chroniques pourront être détournés du traitement conventionnel au profit de pseudo-médecines non éprouvées. Des déviances voisines sont aussi fréquemment rencontrées dans le domaine du coaching ou de la formation, tant dans le secteur de l’entreprise que dans la fonction publique.


Le CIPPAD relaye également des articles ayant trait principalement aux Pays de la Loire et ses régions limitrophes (Basse-Normandie, Bretagne, Centre, Poitou-Charentes) et présentant un caractère, soit informatif, soit de curiosité, voire même farfelu1. Avec un regard aussi en direction de l’Afrique, où ces pratiques se développent rapidement. L’ensemble conduit à poser des questions et à proposer des analyses et dossiers thématisés.


De nombreux documents sont accessibles dans les sites indiqués aux rubriques Informations et presse, Pseudo-sciences, charlatanisme, démystification, ou En Europe et ailleurs. Les documentations associatives ou émises par les services de l'Etat sont naturellement de précieuses sources d'informations.


Le CIPPAD travaille en réseau, interagissant avec d’autres associations de prévention et d’aide aux victimes. Nous sommes à votre disposition pour tout élément pouvant contribuer à vous aider face à pareille situation.

1 - Les articles relayés par le CIPPAD proviennent de documentations référencées, accessibles à chacun, et sont affichés dans le respect des lois LCEN et sur la vie privée. Pour certaines publications évoquant des approches non éprouvées ou parfois déviantes, l’anonymat des praticiens ou animateurs, qui peuvent-être de bonne foi, est préservé en tronquant leur nom, adresse, téléphone ou site internet, ainsi qu'en floutant les visages des photos correspondantes. Si le propriétaire d’un document souhaite cependant en demander son retrait, il contactera CIPPAD en étayant sa propriété de l'article et son identité, ainsi que la raison pour laquelle il désire le voir retirer. En cas de demande de droit de réponse, merci de vous adresser à l’éditeur d’origine du texte, indiqué en bas de chaque document.
Mots-clefs: Angers – Nantes - Information et prévention sur les psychothérapies abusives et déviantes (emprise mentale, irrationnel, charlatanisme, ésotérisme, dérive sectaire, secte)

Actualités

jeudi 30 avril 2015

Miviludes 2013 – 2014, Rapport au Premier Ministre


L’année 2013 a d’abord été marquée par les conclusions de la Commission d’enquête du Sénat sur « L’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé ». Le rapport remis au président du Sénat le 3 avril 2013 a conforté notre analyse sur le déplacement des dérives sectaires vers les médecines ou plutôt les pseudo-médecines « alternatives ».
L’impressionnante série d’auditions a amené les sénatrices et les sénateurs à mettre en garde les pouvoirs publics, les professionnels de la santé et plus généralement le public sur l’existence d’un immense marché de pratiques thérapeutiques étranges dont certaines sont la porte d’entrée de dérives sectaires avérées.
On peut se féliciter que certaines des propositions de la Commission d’enquête sénatoriale aient déjà été reprises par le législateur : c’est ainsi que la loi du 22 juillet 2013 sur l’enseignement supérieur et la recherche a interdit l’usage du titre de docteur en médecine par les praticiens radiés. En ce qui concerne la formation professionnelle, autre champ d’infiltration des mouvements sectaires, la loi du 5 mars 2014 assigne aux OPCA une nouvelle mission de lutte contre les dérives thérapeutiques et sectaires.
La Miviludes a continué son travail de coopération pour mieux diffuser ses messages de vigilance et de prévention, en nouant des partenariats destinés d’abord à améliorer l’information des professionnels et du public sur les dérives constatées dans le domaine de la santé : c’est ainsi que des partenariats ont été signés avec l’Agence régionale de santé d’Île-de-France, la Mutualité française et l’École des hautes études en santé publique de Rennes.
Ce travail de formation s’est élargi au réseau des écoles de service public, les conseillers de la Miviludes continuant à assurer de nombreuses séances de formation pour l’École nationale de la magistrature, les enquêteurs de la police et de la gendarmerie, les travailleurs sociaux, etc.
En application de son décret de constitution, la Miviludes a participé à quelque trente réunions en préfecture consacrées aux dérives sectaires et poursuivi son travail de coopération avec les ministères principalement concernés : intérieur, justice, affaires étrangères, éducation nationale, santé et affaires sociales.
Début 2014, la Miviludes a été sollicitée sur sa perception du phénomène de «radicalisation» à propos du départ de plusieurs centaines de Français en Syrie dont des mineurs.
La Mission avait, depuis plus d’un an, reçu plusieurs signalements, concernant en majorité des jeunes filles, enfermées dans des mécanismes d’(auto)endoctrinement, aidées par un réseau «amical» et des réseaux sociaux, avec comme conséquences l’arrêt des études et la rupture avec la famille et les amis.
Dans le cadre du plan gouvernemental de prévention de la radicalisation (numéro vert), la Miviludes apporte son expertise sur l’emprise mentale, contribue à la formation des écoutants et des fonctionnaires et participe au groupe de travail pluridisciplinaire qui s’est récemment mis en place.
Dans les enceintes internationales, tant à la conférence annuelle de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) à Varsovie qu’au Conseil de l’Europe, la Mission a tenu à affirmer la philosophie qui anime l’action gouvernementale depuis près de vingt ans en insistant sur le respect des croyances et des convictions mais aussi sur la nécessaire protection des victimes des dérives sectaires, en particulier des plus vulnérables comme les mineurs.
Cette activité importante menée par une équipe qui travaille à mes côtés, et que je souhaite remercier, a trouvé son point d’orgue lors d’un colloque qui s’est tenu au ministère de la Santé le 23 novembre 2013 devant plus de 200 participants ; consacré à l’analyse de « L’emprise mentale au cœur de la dérive sectaire : une menace pour la démocratie », il a été conclu par Manuel Valls, ministre de l’Intérieur.
Ce colloque nous a permis d’aborder la question difficile des nouveaux canaux de diffusion des théories prônées par des organisations, des groupes ou des individus dangereux et la nécessaire prévention et éducation au sens critique du public utilisateur d’Internet.
Face aux rumeurs, à la désinformation, au brouillage des repères, la Miviludes entend contribuer avec les institutions gouvernementales et ses partenaires associatifs dont il convient de saluer l’engagement, à la défense des valeurs démocratiques.
Serge BLISKO, Président de la Miviludes
Source  extrait du Rapport 2013 - 2014 de la Miviludes, Le mot du Président, pages 5 et 6, 30 avril 2015,
http://www.derives-sectes.gouv.fr/missions/actualites/rapport-de-la-miviludes-au-premier-ministre

vendredi 24 avril 2015

Pour avoir “lu des dents”, elle rembourse 20 000 €

L’ordre national des chirurgiens dentistes avait porté plainte contre la prévenue pour exercice illégal de la médecine.

Béziers - Sur ses sites internet la prévenue propose au diagnostic psycho dentaire en expertisant radio et moulages. En gros, nos dents et surtout leurs problèmes raconteraient notre histoire. A partir d'un profil établi par ses soins, elle conseille ensuite sur le suivi médical. La dame publie aussi des bouquins, édités par son mari à Prémian. 

Cette activité n'a pas manqué d'alerter l’ordre national des chrurgiens dentistes. Il a porté plainte pour exercice illégal de la médecine. L'ex-praticienne aurait été radiée en 2001. Les gendarme découvrent également qu'elle exerce son petit commerce sans déclaration aucune. Et qu’en sus, son mari et elle bénéficient d'aides sociales et demandé un soutien exceptionnel au conseil général.

Elle crie  au corporatisme

À la barre du tribunal, la prévenue âgée de 57 ans plaide sa cause avec véhémence et un bagout incontestable. Mlle crie à l'acharnement d'une corporation. « Je suis choquée d'être traînée devant un tribunal comme la dernière des escrocs. Je suis sortie major de ma promotion. J'ai exercé pendant quinze ans et ai arrêté en 2001 pour raison de santé. » Selon elle, sa nouvelle activité ne nécessite pas l'aval de l'Ordre : "Je ne rencontre pas les gens et ne fais aucune manipulation. Cela ne se substitue pas aux dentistes. Mais je suis dans le collimateur de la profession depuis que j'ai écris; '' Orthodontie, halte au massacre ! ", où je dénonce le manque de prévention".


Quant aux prestations sociales, elle les explique par des revenus très irréguliers et une formation professionnelle à entreprendre.

Lu partie civile, constituée par l'Ordre national des chirurgiens dentistes, désamorce la thèse de l'acharnement personne :  « On ne savait pas qui se cachait derrière ces sites et ces IP sur lesquels on enquête depuis 2004. Il ne s'agit pas d'une attitude corporatiste mais de défendre la santé de tous » .

Un an de prison avec sursis

Le vice-procureur Jean-Louis Sire requiert, un an d'emprisonnement avec sursis pour la prévenue et son mari, poursuivi lui aussi. D'ailleurs le chef de prévention contrarie son avocat : "Il n'est en aucun cas auteur. Tout juste complice, donc je plaide la relaxe".

Il est rejoint par son confrère ; "'L'exercice illégal de la profession de la médecine nécessite un diagnostic et un traitement du malade. Le conseil et l'avis psychologique n'en tient pas dans la nomenclature des actes dentaires".

Le tribunal en a décidé autrement, qui a reconnu le couple coupable et l'a condamné à un an de prison avec sursis. Les prévenus devront payer solidairement 3 000 € à la Caf et 11 433 € au conseil général de l'Hérault.

ANNICK KOSCIELNIAK

Source : Midi Libre, 4 février 2015

jeudi 23 avril 2015

ORDRE RENOVE DU TEMPLE – CAMEROUN : LES RAISONS POUR LESQUELLES PAUL BIYA IRA EN PRISON S'IL QUITTE LE POUVOIR

Paul Barthélemy Biya, le dictateur le plus sanguinaire à la tête du pays le plus corrompu du monde 27 ans de gestion scabreuse... un véritable génocide économique, social et culturel jamais vécu en Afrique... les camerounais en ont ras-le-bol ! De nombreux observateurs sont unanimes. C’est sous le règne de Paul Barthélemy Biya que l’Etat camerounais a subi un pillage systématique. Les trous creusés dans les caisses publiques sont si énormes que les détournements se chiffrent par millier de milliards de nos Francs. Le pillage par Biya des fonds publics, tout un modèle de gouvernement Malgré la présence du FMI et de la BM, Biya continue de voler l’argent du pétrole.
Sulfureuse et ambiguë demeure la volonté de Paul Biya à livrer aux bailleurs de fonds internationaux ainsi qu’au peuple assoiffé de justice, les gangsters en col blanc. De hauts cadres au parcours académique élogieux se présentent aujourd’hui comme d’ignominieuses crapules. Jouant à fond la carte d’un ponce pilatisme paroxysmique, le président monarque n’hésite pas à livrer en spectacle ses’’ fraters’’ des cercles ésotériques et traditionnels francs- maçons, rosicruciens, Eramo, Eboka...
Toutefois demeure imperméable et intouchable un noyau tapi ans l’ombre, qui au fil du temps s’est solidement enraciné. A la tête de ce noyau se trouve Paul Barthélemy Biya, aujourd’hui couvert d’immunité constitutionnelle, dont le montant des détournements à la SNH et des pots de vin reçus étonne tout observateur par sa démesure.
De nombreux observateurs sont unanimes. C’est sous le règne de Paul Barthélemy Biya que l’Etat camerounais a subi un pillage systématique. Les trous creusés dans les caisses publiques sont si énormes que les détournements se chiffrent par millier de milliards de nos Francs.
Il y a de cela quelques années, le Contrôle Supérieur de l’Etat, service dépendant de la présidence de la République (et du président bien sûr) a cru bon de rendre public un rapport sur les détournements de fonds effectués entre 1998 et 2004. Quoique que l’on ne saurait rester naïf sur les critères qui ont porté sur le choix de cette période, le montant des distractions révélé portait sur près de 2000 milliards FCfa.
Pour le témoin averti de la situation du Cameroun, ce chiffre est insignifiant au vu des différentes activités auxquelles se sont adonnés les libertins de la gestion scandaleuse. Qu’est-ce qui a bien pu se passer pour que le pays se transforme en une espèce de vache à lait pour les auteurs des malversations financières ? Les fossoyeurs de l’économie camerounaise actuellement mis aux arrêts par celui là même qu’ils ont ‘’fidèlement’’ servi et entretenu de diverses façons ont, semble-t-il, suivi les pas de leur guide. Quinze mois après l’accession au pouvoir en novembre 1982 de Paul Biya, le constat semblait être évident. Les couches sociales ne le percevaient pas encore. Seuls quelques cadres avaient compris le jeu de dominos auquel se livrait le sommet de l’Etat.
L’avertissement mal compris des putschistes du 6 avril 1984 Les putschistes du 6 avril 1984 l’avaient pourtant clairement énoncé en justifiant leur prise de pouvoir par un coup d’Etat qu’ils croyaient avoir réussi : « Le gouvernement et ses agents propulsés à la tête des rouages de l’Etat, agissaient avec pour seule DEVISE non de servir la nation, mais de se servir ». On pouvait également lire dans ce message adressé à la nation que « l’armée nationale vient de libérer le peuple camerounais de la bande à Biya, de leur tyrannie, de leur escroquerie, et de leur rapine incalculable. » Les putschistes ne possédaient sans doute pas un don de divination. Ce n’étaient pas non plus des illuminés. C’étaient des cadres de l’armée qui avaient découvert le plan insidieux des « kleptocrates » qui précipiteraient le Cameroun dans le gouffre si rien n’était fait. Les putschistes faisaient surtout allusion à un montant de 400 milliards de Fcfa qui, en l’espace de 16 mois seulement, avait disparu de la caisse noire qu’Ahmadou Ahidjo avait laissé à Paul Biya. Ahidjo avait alors demandé à son successeur d’utiliser cet argent pour augmenter les salaires à la fonction publique avant les élections afin d’asseoir la popularité qui lui manquait.
Au contraire, Paul Biya s’était aussitôt acharné à vider la caisse noire pour en virer les montants vers des destinations inconnues. Le pillage par Biya des fonds publics, tout un modèle de gouvernement Dès que Barthélemy Biya prit le pouvoir, l’on observa un flux ininterrompu et sans précédent des billets de banques sortant du Cameroun. De 1983 à 1993, 546 milliards de Fcfa avaient emprunté des sentiers non conformes aux circuits comptables normaux. De l’argent liquide transporté dans des bagages, à destination de la France. Mais également à destination d’autres pays occidentaux, pour des montants restés indéterminés.
Point n’est besoin de s’interroger sur les auteurs de telles transactions de cash. Car pour le faire, il fallait bien jouir d’une certaine immunité afin d’ainsi outrepasser la réglementation en vigueur. Selon la Lettre du continent du 18 janvier 1996, le gouverneur de la BEAC (Banque des Etats de l’Afrique Centrale), Jean Félix Mamalepot, avait dû racheter à la Banque de France ces 546 milliards de Fcfa de billets de banque
camerounais. Entre 1988 et 1993, 115 milliards de Fcfa s’étaient également évaporés des rentrées de la SNH (Société nationale des Hydrocarbures) sur laquelle Paul Biya continue d’exercer un monopole absolu.
La SNH est en effet la caisse noire du président camerounais. Le secrétaire général de la présidence de la république en est le président du conseil d’administration. Cependant, le directeur général de la SNH – poste actuellement occupé par Adolphe Moudiki, a baron du régime et vieux fidèle de Biya - n’a de comptes à rendre qu’au président de la république, son PCA jouant plus le rôle d’agent intermédiaire du président que celui d’un quelconque patron. De 1993 à 1994, 60 milliards de FCFA de recettes pétrolières avaient habilement disparu pour approvisionner des comptes bancaires sous d’autres cieux. Une partie des fonds détournés par Biya utilisée pour payer des sorciers internationaux. 
Mais il serait inintéressant de discourir sur les distractions des rendements de l’or noir sans toutefois évoquer quelques transactions occultes qui avaient pourtant défrayé la chronique. Telle l’affaire de l’Ordre du Temple Solaire (OTS) et les faux suicides collectifs. L’un des anciens membres de la secte n’était autre qu’un français bien connu des réseaux françafricains. Raymond Bernard est en effet le fondateur de l’Ordre Rénové du Temple (ORT) et du Centre international de recherches culturelles et spirituelles (CIRCES), une branche de la rose-croix créée en 1988 au Cameroun et qui avait pour membres Paul Biya et d’autres hauts responsables de son régime. Bernard était également un conseiller du président camerounais, une fonction à laquelle Paul Barthélemy Biya attribue le statut de ministre. Au cours d’une audience à laquelle comparaissait Raymond Bernard dans l’affaire de l’OTS, ce dernier ne manqua pas de justifier la source de ses revenus. Le journal Le Monde du 17 août 2000 reportait en effet que, de 1992 à 1998, Raymond Bernard et son CIRCES reçurent du président du Cameroun et de la SNH les sommes suivantes : 60 millions de Fcfa en règlement des « conseils » prodigués au grand sorcier d’Etoudi, 500 millions de Fcfa pour l’achat d’un tableau pour le compte de l’ « homme lion », 560 millions de Fcfa sous forme de don au CIRCES de la part du disciple président de la république, 200 millions de Fcfa versés au CIRCES par la SNH, et 4 milliards de Fcfa offerts à la même secte par Paul Biya lui-même sans autre forme de justificatif. Il nous semble donc que le journal français L'Evénement du jeudi, dans sa livraison du 22 mai 1997, restait modeste quand il chiffrait la fortune du chef de l’Etat camerounais à 45 milliards de Fcfa. Un tel scandale à l’époque fut accueilli par un silence méprisant du dictateur camerounais, dont le salaire de président de la république ne pouvait jamais justifier une telle fortune. Surtout quand on se souvient que lorsqu’il prenait le pouvoir en 1982, sa vieille mère de son village natal de Mvomeka’a n’avait qu’une hutte comme maison d’habitation, preuve de ce que Paul Biya n’avait pas de fortune à l’époque. Il n’était pas non plus surprenant d’apprendre par La lettre du continent du 25 avril 1996 la dissipation de plus de 15 milliards de FCFA du budget de l’Etat au début du mois d’avril de la même année. Le constat avait alors été fait par les experts du FMI à Washington.
Malgré la présence du FMI et de la BM, Biya continue de voler l’argent du pétrole Le témoignage le plus récent sur les malversations perpétrées sur les recettes pétrolières est celui du compatriote Célestin Monga. Depuis plus de trois ans la SNH verse 500 milliards de FCFA dans les caisses de l’Etat, pouvait-on lire dans une lettre ouverte qu’il a adressée à Lapiro de Mbanga incarcéré à l'époque par l’Homme de Meyomessala. Monga s’est alors interrogé : « Où va cet argent ? Qui dispose de la signature sur l'usage des fonds ? » A celui qui préside bien entendu aux destinées du pays peut-on se permettre de répondre. Les chiffres de Monga ne sont en effet pas loin de la réalité puisque, pour le premier trimestre 2007, la SNH avait transféré 120 milliards de Fcfa au Trésor camerounais. Selon son magazine interne SNH Info, le total des revenues de la SNH s’élevaient en 2007 à 688 milliards Fcfa, dont 613 milliards des droits d’exploitation (royalties) perçus pour le compte de l’Etat camerounais auprès des compagnies exploitantes et 75 milliards d’impôts sur les sociétés.
Ces chiffres officiels sont cependant l’arbre qui cache la forêt. Car ils n’incluent pas les pots de vin et les diverses enveloppes de corruption que perçoivent autant la SNH, le secrétaire général de la présidence, que le président de la république lui-même auprès des exploitants pétroliers. Le volume des capitaux dans les circuits de corruption du président Paul Barthélemy Biya est difficile à évaluer à cause du secret d’Etat qui l’entoure. Seules certaines négligences comptables révèlent parfois certains montants, comme les 20 milliards décaissés de la SNH sans justification en 2006 ; une « erreur » que le premier ministre promettait alors de ne plus commettre dans sa « lettre d’intention » adressée au FMI et à la Banque Mondiale. Pillage, accointances et business « Paul Biya a mis en moi toute sa confiance -vraiment, j'en suis rassuré et je ne pourrais jamais décevoir ses attentes en ce qui concerne le devoir d'un soldat ». Telle était la réaction à chaud du Général de Division Asso'o Emane Benoît sur cameroon-info.net, juste après la cérémonie de remise des attributs en 2001.
Paul Biya avait en effet signé un décret portant
promotion, élévation et nomination des officiers généraux
le 25 septembre 2001. Selon toute vraisemblance, le
général Benoît Asso’o Emane doit beaucoup à celui qui
l’a élevé au grade supérieur. Cependant, il lui doit surtout
le non remboursement de 303 millions de Fcfa qu’il avait
empruntés à l’ex SCB (Société camerounaise des 
Banques) et que Paul Biya avait fait rembourser par l’Etat
 camerounais. Asso’o s’était en plus vu attribuer une Unité
 Forestière d’Aménagement (UFA) de 64 961 hectares
 dans le Sud du pays, une source facile de rentes dont
 bénéficient les proches de Biya. Asso’o Emane est aussi,
 avec René Claude Meka, Remy Ze Meka, Meva’a
Meboutou, Pierre Semengue... ce que Ndzana Seme
appelle « les détenteurs réels du pouvoir au Cameroun ».
Dans le business, ces détenteurs réels du pouvoir sont
 de gros affairistes. L’armée camerounaise a la réputation
 d’être trop engraissée et instrumentalisée. Le business
est une affaire d’Etat au pays de Mongo BETI. Paul Biya,
sa famille, ses sbires et les cadres de l’armée s’y livrent à cœur joie. Dans la mafia du bois, le massacre de la forêt camerounaise est perpétré par ceux là même qui prétendent lutter contre la corruption aujourd’hui. On y retrouve Franck Emmanuel Biya comme exploitant, transporteur et transformateur forestier. Frank Biya, le fils du dictateur, bénéficie en effet de plusieurs UFA et tire d’énormes revenues de l’exploitation du bois du Cameroun, en plus d’un salaire ministériel en tant que conseiller de son père, même comme il réside en permanence à Monaco dans une résidence princière entièrement financée par le Trésor camerounais. La société Patrice Bois, dont les promoteurs sont des italiens, a comme principal actionnaire le fils de Paul Biya, selon Dossiers noirs d’Agir ici- Survie. Dans son rapport de décembre 2005, l’ONG Greenpeace présentait Patrice Bois comme adepte de l’exploitation illégale au Cameroun. Etant un « fournisseur majeur de marchands de bois en Europe », cette société forestière a plusieurs fois été compromise dans des activités illégales. Elle compte, parmi ses associés, la Compagnie forestière Assam (COFA), dont le propriétaire n’est autre que Bonaventure Assam Mvondo, le neveu de Paul Biya Bi Mvondo, qui bénéficie tout comme son cousin d’une large marge de manœuvre (41 965 hectares) dans l’exploitation forestière.
Le général Pierre Semengue n’est pas en reste et profite aussi bien des dons qui lui sont faits en guise de reconnaissance pour ses « loyaux services ». 56 192 ha lui avaient été offerts pour son business de l’or vert. Quant au général des armées René Claude Meka qui doit encore aux défuntes banques SCB et BICIC la somme totale de 50 095 960 FCFA, il serait avec son neveu le ministre Rémy Ze Meka, un férus des affaires. En plus de la forêt, les Meka sont les grands adjudicataires des marchés d’approvisionnement du ministère de la défense (munitions, uniformes, matériels lourds, véhicules...), que leurs complices Israéliens autour de Paul Biya ne cessent de multiplier depuis des décennies, maintenant ainsi une clientèle de poids pour l’industrie d’armement d’Israël. Les Israéliens supposés protéger Paul Barthélemy Biya se sont en effet INSTALLÉS comme de véritables commerçants qui vendent à l’armée camerounaise tout ce que l’Etat d’Israël fabrique, même si l’équipement vendu ne sert à rien à la défense du pays.
Les Meka leurs assurent tous les marchés d’achat d’armement et d’équipements qu’ils désirent. Au demeurant, la personnalisation du pouvoir qui irrigue le système oligarchique de Paul Biya permet de s’accorder qu’il n’ y a même pas un seul juste parmi eux. Le ministre garde des Sceaux Amadou Ali, ainsi que le premier ministre Ephraïm Inoni, principaux exécuteurs de « l’opération épervier » sont eux-mêmes avec Jean Marie Aléokol (ex secrétaire général à la Défense) des actionnaires de la Société forestière du Dja et de la Boumba (SFDB) qui bafoue les droits des populations villageoises. L’épouse du chef de l’Etat, Chantal Biya est elle aussi montrée du doigt par les délinquants appréhendés. L’ex ministre des finances Meva’a Meboutou devrait répondre des milliards qu’il a détournés au ministère des Finances, parmi lesquels 66 milliards débloqués pour l’achat de l’Albatros. Edouard Akame Mfoumou et un bon nombre de personnalités dont la liste est non exhaustive devront également rendre des comptes. Mais au-dessus de cette cour royale de voleurs, véritables souris grouillant autour de tout ce qui reste de la dépouille Cameroun, il y a le maître voleur par qui toute lutte contre la corruption doit commencer.
Delphine E. FOUDA, Cellule de Communication du CODE, http://lecode.canalblog.com/
Source : Camer.be, 25 avril 2015,
http://www.camer.be/41565/35:32/cameroun-les-raisons-pour-lesquelles-paul-biya-ira-en-prison-sil-quitte-le-pouvoir-cameroon.html

jeudi 16 avril 2015

LIBÉRATION : SECTES - LA FRANCE BAISSE LA GARDE

ÉDITORIAL  par LAURENT JOFFRIN
Déraison

Dans notre monde rationnel et technologique, la déraison se porte bien. Longtemps la France laïque a été à la pointe du combat contre les dérives sectaires, qui sont une 
des manifestations les
 plus inquiétantes 
de l’irrationnel contemporain. Mais elle a été dénoncée par des instances internationales d’esprit souvent anglo-saxon qui considèrent que toute croyance religieuse est légitime, serait-elle proche de l’aliénation ou du fanatisme. L’idée 
d’une «laïcité positive», 
à la mode depuis quelques années, et qui détourne
 la conception originelle en se superposant à la laïcité tout court, a aussi handicapé le travail des parlementaires français : comme il ne fallait pas mettre en cause les grandes religions,
 dont certains éléments intégristes relèvent pourtant de toute évidence du sectarisme, les objectifs sont devenus incertains 
et flous. Entre-temps,
 les sectes les plus visibles ont fait profil bas et une multitude de petits groupes ont capté à leur profit l’éternelle crédulité des populations les plus fragiles, socialement ou psychologiquement. Elles sévissent en particulier dans le monde de la santé, où la contestation régressive de «la médecine officielle» conduit souvent à des aberrations thérapeutiques. Autrement dit, la puissance publique tend à se retirer au moment où son action est plus que jamais nécessaire. Il est temps, constatant l’impasse des politiques traditionnelles,
 de repenser le dispositif français de lutte contre les dérives sectaires, en y incluant évidemment l'activité pernicieuse
 du jihadisme salafiste, 
qui conduit, on le voit chaque jour, à des violences insensées.
 
Lutte contre les sectes : l’Etat à la dérive

RÉCIT. Face à l’atomisation des groupes et aux accusations d’atteinte à la liberté religieuse, le gouvernement a délaissé la traque aux gourous.

PAR LUCAS BUREL ET EMMANUEL FANSTEN
Face aux sectes, l’Etat a perdu la partie. Pendant longtemps, la France était pourtant en pointe dans la lutte contre les gourous de tout poil. Mais, au fil des ans, la vigilance s’est peu à peu relâchée. Sous la pression de l’Europe et des pays anglo-saxons, partisans d’une approche plus libérale, les pouvoirs publics n’ont cessé de reculer. Chantre de la «laïcité positive», Nicolas Sarkozy avait ouvert la brèche, recevant le scientologue Tom Cruise à Bercy et privilégiant l’expression «nouveaux mouvements religieux» au terme péjoratif de«sectes». A l’époque, toute la gauche s’était offusquée. Arrivée depuis au pouvoir, elle s’est montrée parfaitement inaudible sur le sujet. Entre la mutation des grandes sectes traditionnelles, l’explosion des microstructures dans le domaine de la santé et les dérives liées à l’islam radical, l’Etat ne sait plus quel rôle jouer.
«Problème d’agenda». Symbole des errements actuels : la décrépitude de la Miviludes (Mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires), créée
en 2002. Pendant des années, la structure reliée à Matignon, composée d’une quinzaine de fonctionnaires, a servi d’aiguillon en agitant ministères et médias. Désormais, c’est silence radio et site internet en sommeil. Selon le décret qui lui a donné naissance, la Miviludes doit remettre un rapport annuel au Premier ministre, et le rendre public. Mais aucun document n’a été présenté depuis deux ans. Celui qui devait être remis début janvier a été ajourné suite aux attentats parisiens. «Problème d’agenda», fait savoir la Miviludes, dont le conseil d’orientation ne s’est pas réuni depuis un an. En interne, on affirme que le rapport est prêt, mais que Matignon traîne les pieds.
Le malaise n’en est pas moins profond. La discrétion de Serge Blisko, ex-député PS parachuté à la présidence de la Miviludes en août 2012, n’a pas franchement apaisé les craintes. Au-delà de la personnalité de son patron, l’institution traverse une crise d’identité sans précédent. «On a de plus en plus de mal à parler de façon audible de sectes ou de dérives sectaires, constate Jean-Michel Roulet, qui fut président de la mission interministérielle entre 2005 et 2008. Les victimes n’appartiennent plus à des grands groupes structurés comme il y a quinze ou vingt ans. Le paysage sectaire a totalement éclaté. La Miviludes n’est plus adaptée à la situation, il faut tout remettre à plat.»
Ces dernières années, la Miviludes a timidement tenté de s’emparer des dérives liées à l’islam radical, mais le ministère de l’Intérieur a longtemps freiné des quatre fers, considérant que le sujet relevait uniquement des services de police et de renseignements. Aujourd’hui, la Mission participe à des sessions de formation dans les préfectures. Mais au niveau de la déradicalisation, le terrain est désormais principalement occupé par les associations, notamment celle de l’anthropologue Dounia Bouzar.
Autre motif d’inquiétude : la disparition annoncée du GAT (Groupe appui technique). Créé en 2009 auprès de la Direction générale de la santé, cet outil a pour mission d’informer et alerter les professionnels de la santé sur les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique. Un milieu où gravitent des centaines de groupuscules sans le moindre contrôle. Malgré des premiers résultats encourageants, le GAT devrait être supprimé dans les prochaines semaines, alors même que le projet de loi sur la santé de Marisol Touraine vient d’être voté, cette semaine, à l’Assemblée.
«Désintérêt total». «Le GAT ne s’est pas réuni depuis bientôt un an... Le ministère de la Santé ne joue pas le jeu et signe son désintérêt total pour le sujet», déplore Catherine Picard, membre du GAT et présidente de l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu. Contacté par Libération, le ministère de la Santé, jusque-là très discret sur le sujet, évoque «une simple mesure administrative». Dans une question au gouvernement, un ancien patron de la Miviludes, le député UMP Georges Fenech, a interpellé la ministre, pointant «l’indifférence de certains services de l’Etat» : «Si la disparition du GAT devait se confirmer, elle signerait le recul de l’Etat et serait perçue par les mouvements sectaires et par les milliers de pseudo-thérapeutes comme une victoire.»Mais en l’absence de ligne politique claire, Fenech semble prêcher dans le désert.
Sur le terrain judiciaire, le bilan est tout aussi mitigé. Adoptée en juin 2001 pour lutter spécifiquement contre les dérives sectaires, la loi About-Picard n’a abouti qu’à une quarantaine de condamnations, dont seulement cinq ont un rapport avec des mouvements sectaires. Un bilan plutôt maigre, le texte ne s’appliquant que rarement à des cas ayant trait à son objet premier. L’abus de faiblesse étant par ailleurs une infraction très difficile à caractériser pénalement, les condamnations sont rares. Quand les affaires ne sont pas tout bonnement enterrées, comme avec la Scientologie.

Une scientologue morte, l’affaire bientôt enterrée

ENQUÊTE. Symptomatique des méthodes de l’organisation, l’affaire concernant le suicide de Gloria Lopez se dirige vers un non-lieu.
Par LUCAS BUREL ET ÉLISE GODEAU
L’affaire piétinait depuis six ans, elle sera bientôt enterrée. Malgré des éléments accablants liant le suicide de Gloria Lopez à la Scientologie, «le non-lieu est à craindre», selon Me Rodolphe Bosselut, l’avocat des deux enfants de la victime, à l’origine d’une plainte en 2008 pour «abus de l’état de faiblesse», «escroquerie en bande organisée» et «non-assistance à personne en péril». La décision du juge est attendue dans les semaines qui viennent, et aucune mise en examen ne devrait intervenir.
Selon les conclusions du rapport d’instruction, que Libération a pu consulter, les protagonistes de l’affaire n’ont pu être «ni entendus ni localisés». Ces témoins clés - tous scientologues - sont soupçonnés d’avoir joué un rôle dans la décision de Gloria de mettre fin à ses jours. Ecrits personnels de la victime, factures, détails des dépenses : la justice a pourtant en sa possession de nombreux éléments, rendant l’éventualité d’un non-lieu d’autant plus «désespérante», selon Me Bosselut. Mais depuis le début de l’instruction - et comme souvent dans les affaires impliquant la secte -, les investigations se heurtent à une structure kafkaïenne, où personne ne semble être en mesure d’aider les enquêteurs. Difficile à croire. Au moment de son suicide, Gloria Lopez, 47 ans, avait payé plus de 250 000 euros à la Scientologie.
«Cible facile». Son embrigadement remonte au milieu des années 90. A l’époque, sur son lieu de travail, elle fait la connaissance d’une adepte de la Scientologie, Juliette W. Les deux femmes travaillent dans une entreprise de vente de matériel pédagogique à Evreux (Eure), où Gloria est secrétaire. Elle est alors en instance de divorce. Un collègue qui déjeunait fréquemment avec elles parle de Juliette W. comme
d’une «prosélyte», «une ruine permanente, sans un sou et poursuivie par les huissiers». «On a essayé d’être là pour elle, en vain», se souvient-il. De l’avis de tous, Gloria avait toujours cherché à donner un sens à sa vie. Une quête permanente qui faisait d’elle «une cible facile», selon Gwenn, son fils de 26 ans. Sa mère avait grandi en Espagne, à Bilbao, dans une famille catholique. C’est là-bas qu’elle avait rencontré son futur mari, Pascal, avec qui elle s’était installée en France.
«Timide», un peu «introvertie» mais aussi «souriante» et «énergique», la petite brune était surtout «vraiment altruiste», selon Benoît C., son compagnon à la fin des
années 90. Au quotidien, l’engagement de Gloria n’est alors «pas très
envahissant», pas de quoi en tout cas alarmer Benoît. Elle se rend quand même à Paris un week-end sur deux pour se faire«auditer» (évaluation régulière des adeptes par l’organisation) ou suivre des cours au Celebrity Center. «Un vendredi soir, un coursier est venu à la maison. Gloria lui a remis une enveloppe contenant 15 000 francs. Le prix de son week-end», se souvient Benoît, qui prend alors la mesure de l’emprise dont sa compagne est victime. A son collègue, Gloria avait dit un jour : «Tout ce que j’ai, je le dépenserai dans l’Œuvre.» Des années durant, elle multiplie les cours à plusieurs milliers de dollars et les donations à des associations amies de la Scientologie.
Conseillère. Tout s’accélère en 2004. A cette époque, Gloria hérite d’une propriété familiale en Espagne, qu’elle décide de revendre pour investir toujours plus dans la Scientologie. Sur les recommandations d’une conseillère financière scientologue, elle achète un petit appartement sans charme à Colombes (Hauts-de-Seine), où elle s’installe. But de l’investissement : parier sur une éventuelle plus-value du bien en cas de revente future, pour financer «le Pont», le nom donné au parcours de tout adepte voulant s’élever dans l’organisation. Problème : elle ne dispose plus des fonds nécessaires pour acheter à Colombes. La quasi-totalité de l’héritage a déjà été dépensée en livres, revues et cours que la secte la pousse à acheter. Plus de 100
000 euros, rien qu’en 2005. Gloria contracte alors un emprunt de plus de 150 000 euros très contraignant, aiguillée par sa zélée conseillère scientologue. En quelques mois, elle se retrouve lourdement endettée sur près de vingt ans, propriétaire d’un logement qu’elle n’aime pas et incapable de financer davantage son ascension dans la Scientologie.
Impossible à localiser par les enquêteurs pendant l’instruction, la conseillère, soupçonnée d’abus de faiblesse et d’escroquerie, n’est pourtant pas introuvable. Selon des publications de la secte, elle était responsable de la mission scientologue de Marseille et chargée du développement de l’organisation dans le sud de la France jusqu’en 2012. Pendant l’enquête, donc. En janvier 2014, sa signature apparaît également sur un acte notarié dressé à Antibes (Alpes-Maritimes), et
que Libération s’est procuré.  , elle n’a laissé qu’une adresse
: «Oranjestad», capitale d’Aruba, une petite monarchie des Caraïbes située au large du Venezuela. C’est surtout l’un des ports d’attache du Freewinds,le bateau détenu par la Scientologie depuis 1985 et sur lequel seuls les adeptes très haut placés sont admis. Malgré l’évidence, aucun des scientologues entendus par les enquêteurs ne dit connaître cette femme. «L’instruction semble avoir été menée en occultant que la Scientologie forme ses adeptes à faire face aux questions des policiers, déplore une source proche du dossier. Ils se protègent les uns les autres pour préserver l’Eglise.»
A ce titre, le rapport de la perquisition des locaux parisiens de la Scientologie, du
18 juin 2009, est surréaliste. Après avoir été obligés de patienter, puis baladés dans les locaux, les officiers de la PJ sont conduits dans la salle des «archives». Sur l’écran de l’ordinateur où sont stockés les dossiers des adeptes, les policiers trouvent un logiciel d’effacement des données en pleine action. Il est déjà trop tard et le dossier de Gloria Lopez a disparu. Pour se couvrir, la Scientologie aurait aussi envoyé un homme au domicile de Gloria le lendemain de son suicide, vraisemblablement pour faire le ménage. «Ma mère notait tout, elle avait des caisses entières remplies de documents. Or, sur place, on n’a même pas retrouvé ne serait-ce qu’une lettre d’adieu», explique Gwenn. Le «visiteur», un«officier de l’éthique en Scientologie» inconnu de Gloria, et dont la présence sur les lieux a été confirmée par témoins, n’a jamais été convoqué. Le même jour, Alain Tizioli, responsable des relations publiques de la Scientologie à Paris, proposait une importante somme d’argent aux enfants de la victime en échange de l’abandon d’éventuelles poursuites judiciaires. Refus de la famille. L’ex-mari de Gloria a lui aussi été «approché».Professeur d’histoire-géographie, il a été informé par ses élèves de la présence d’un homme qui recherchait des informations infamantes à son sujet. L’individu, comédien et scientologue notoire, aperçu notamment dans la
série Plus Belle la Vie (France 3), ne sera jamais inquiété par les enquêteurs. Un oubli de plus, que la famille de Gloria Lopez ne«s’explique pas».
Point de non-retour. Psychologiquement fragilisée par une décennie passée sous influence de la secte, Gloria atteint le point de non-retour en juillet 2006, soit six mois avant sa mort. Lors d’un séjour à Copenhague censé lui permettre d’intégrer la
Sea Org, l’organisation paramilitaire qui chapeaute la Scientologie en Europe, elle signe un contrat qui la lie à elle pour le prochain «milliard d’années». Mais elle apprend là-bas que, finalement, elle ne pourra plus évoluer dans l’organisation. La raison : ses dettes. Elle est piégée. A son retour, ses proches la trouvent amaigrie, déprimée. Un état de détresse que la secte n’ignore pas. L’organisation a même la solution : le PAB6, un programme de «désintox» réservé à ses membres souffrant de dépression. Le traitement miracle se résume en fait à effectuer des marches quotidiennes en lançant des pierres, une cure à l’eau plate et quelques vitamines.
Pendant les quelques mois précédant son suicide, Gloria évoque dans ses écrits ses premiers doutes sur son engagement dans la Scientologie : «Je sens que mon cycle est raté.» Elle est de plus en plus isolée, ses proches lui manquent. Mathilde, sa fille aujourd’hui âgée de 29 ans, n’a aucun doute sur la responsabilité de la secte. Elle assure que sans cet embrigadement, jamais sa mère n’aurait songé à mettre fin à ses jours : «Elle était antisuicide. Elle disait que, dans la vie, malgré toutes les choses négatives qui peuvent arriver, il faut se battre et ne jamais
renoncer.» Le 21 décembre 2006, il est 7 heures du matin quand Gloria Lopez se jette sous un train en gare de Colombes, les bras en croix et le sourire aux lèvres. Dans ses poches, les enquêteurs retrouveront la profession de foi du fondateur de la Scientologie, Ron Hubbard.

REPÈRES.

La Cellule d’assistance et d’intervention en matière de dérives sectaires (Caimades) était censée doter l’arsenal judiciaire français d’une cellule opérationnelle exclusivement dédiée à la lutte contre les dérives sectaires. Mais six ans après sa création, en 2009, ce fer de lance ne dispose que de six agents, alors que la cellule a une compétence nationale et qu’elle doit gérer en permanence une trentaine de dossiers. «Nous ne pouvons pas traiter toutes les affaires qui nous parviennent», déplore Philippe Guichard, le chef de l’Office central pour la répression des violences aux personnes, dont dépend la Caimades.
«Les sectes sont un non-problème.»
Emmanuelle Mignon quand elle était directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, en février 2008. Ces propos, publiés par l’hebdomadaire VSD dans le cadre d’un article sur la Scientologie, avaient suscité à l’époque une violente polémique.
En 2009, les deux principales structures de la Scientologie en France (le Celebrity Center et sa librairie) ont été condamnées à verser 600 000 euros d’amende pour escroquerie en bande organisée. Certains cadres de la secte avaient alors écopé de peines de prison avec sursis. Des décisions confirmées en octobre 2013 par la Cour de cassation.

D’une poignée de mastodontes à une nuée de microstructures

L’atomisation des mouvements sectaires complexifie la lutte contre l’embrigadement.
Par L.BU. ET É.G.
Les mouvements sectaires sont-ils en train d’échapper aux radars des pouvoirs publics ? Plus discrets et moins médiatisés qu’il y a vingt ans, ils sont en fait en pleine expansion : ils seraient plus de 600 aujourd’hui, contre moins de 200 au milieu des années 90. D’après un sondage Ipsos (1), commandé par le service d’information du gouvernement en 2010, un Français sur cinq - soit 13 millions de personnes - connaîtrait «personnellement dans son entourage» quelqu’un ayant été victime
de «dérives sectaires». En outre, le dernier rapport annuel de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) souligne que les signalements étaient en augmentation de près de 25% entre 2010 et 2012. Pour autant, le nombre d’adeptes et sympathisants se stabiliserait à 500 000, signe de l’atomisation du phénomène : des structures moins grandes mais plus nombreuses, donc, ce qui complique la lutte contre les dérives sectaires et le travail d’information des associations.
Zeus. La Scientologie ou les Témoins de Jéhovah se faisant oublier, difficile en effet de sensibiliser le grand public à une cause en mal de symboles répulsifs forts. Si Zeus ou le Grand Monarque sont inconnus du grand public, ces gourous sont en réalité représentatifs de la nature des sectes aujourd’hui. Des initiatives individuelles, dont certaines ne fidélisent qu’une poignée de personnes. La confidentialité de ces microcellules impossibles à identifier avant que les victimes n’aient parlé explique la difficulté à les traquer. Zeus, un septuagénaire, était par exemple tranquillement installé sur le bassin d’Arcachon avant d’être interpellé en mars et mis en examen pour viols et abus frauduleux de l’ignorance ou de la faiblesse d’une personne. Ancien guérisseur, il se présentait comme un sage enseignant la philosophie grecque, et aurait abusé de femmes de tout âge lors de rites pervers.
Selon Serge Blisko, président de la Miviludes, la dynamique d’atomisation est née il y a environ dix ans : «Elle est contemporaine d’une période où les grandes organisations, bien identifiées du grand public, ont pris des coups. Il y a également l’effet d’une évolution sociétale plus globale : dans un monde plus individualiste, les gens adhèrent moins à de grandes structures. C’est ce règne de l’informel qui nous préoccupe le plus.» Face à la multiplication de groupuscules insaisissables, il devient très difficile d’établir un listing précis : «Si une liste était dressée, il faudrait qu’elle soit mise à jour presque quotidiennement. Nous sommes dans l’incapacité de compter», poursuit Serge Blisko.
Autre motif d’inquiétude : l’infiltration des mouvements sectaires dans de nouveaux domaines. Notamment, le champ médical. Mis en examen en mars pour abus de faiblesse, le leader du mouvement la Grande Mutation, un ancien chercheur du CNRS, prétendait pouvoir guérir les cancers et le sida à l’aide d’un simple pendule. Sous sa coupe, plus de 200 personnes, dont certaines avaient stoppé leurs traitements médicamenteux sur ses conseils. Le phénomène se diffuse aussi dans le secteur de la formation professionnelle et le monde de l’entreprise. En juin, une enquête préliminaire visant l’infiltration par la Scientologie d’Arcadia, une société du BTP, a été ouverte. Douze anciens salariés affirment avoir été contraints par leur hiérarchie de suivre des formations prodiguées par la secte.
«Charlatan». Enfin, en plus de ces missions, les acteurs de lutte contre les mouvements sectaires et manipulations mentales doivent désormais intervenir sur une problématique nouvelle : la radicalisation jihadiste (lire ci-contre). Annie Guibert, présidente du Centre contre les manipulations mentales, s’agace : «L’exécutif nous sollicite de plus en plus sur la question. Mais entre traiter le problème d’un charlatan qui arnaque dix personnes et le départ d’un adolescent pour la Syrie, il y a quand même une énorme différence. Nous aimerions nous sentir plus soutenus par le gouvernement.»
(1) Sondage réalisé par téléphone en septembre 2010 auprès de 962 personnes

« L’appel d’air est au niveau du jihadisme salafiste »

INTERVIEW. Pierre Conesa, professeur à Sciences-Po et à l’ENA : RECUEILLI PAR SYLVAIN MOUILLARD
Ancien haut fonctionnaire au ministère de la Défense, Pierre Conesa enseigne à Sciences-Po et à l’ENA. Pour le compte de la Fondation d’aide aux victimes du terrorisme, il a publié en décembre le rapport Quelle politique de contre-radicalisation en France ?
Où en est la lutte contre les sectes en France ?
La situation actuelle montre les limites du dispositif conçu pour lutter contre les dérives sectaires. Georges Fenech, ancien président de la Miviludes, expliquait que l’institution s’interdisait de toucher aux grands monothéismes ainsi qu’aux partis politiques sectaires, type Moudjahidin du peuple, au nom de la liberté de conscience et d’opinion. C’est un problème face à la montée du salafisme jihadiste, qui repousse les limites de la République. Ce mouvement a des objectifs politiques, et pas seulement religieux. Or, on se refuse à qualifier ce continuum intellectuel.
La Miviludes n’a pas su s’adapter ?
Elle a terminé un de ses cycles de vie. Il y a dix ou quinze ans, le problème c’était l’Ordre du temple solaire, les Témoins de Jéhovah. Des sectes sans ambition politique, au sens où elles se fichaient de ce qui se passait à l’autre bout de la planète. Cette forme de secte est moins prégnante aujourd’hui. Et la Miviludes se refuse à traiter celle qui est la plus attractive. Le gros appel d’air, il est au niveau du jihadisme salafiste. Pas sur les quelques dérives sectaires folkloriques... Dire que les mineurs qui partent en Syrie sont des gamins perdus n’est pas suffisant. Il y a un soubassement idéologique qui attire. Il faut comprendre comment on est passé du tiers-mondisme au jihadisme.
Que faut-il faire ?
L’islam de France doit dire ce qu’il accepte ou non. Quand l’Union des associations musulmanes du 93 publie un texte qualifiant l’imam de Bordeaux, Tareq Oubrou, d’«enjuivé», il faut le dénoncer. Les autorités politiques doivent le faire aussi. Le salafisme ne doit pas forcément être interdit, mais au moins interrogé. Cela permettrait de sortir de ce problème récurrent de la stigmatisation de l’islam. En cas de dérive, on pointerait du doigt non pas «l’islamisme», ce qui peut nourrir les amalgames, mais le salafisme. On rate l’occasion de se réconcilier avec la classe moyenne musulmane.
Pourquoi utiliser la grille d’analyse d’une dérive sectaire ?
L’avantage, c’est qu’une grille juridique existe déjà et qu’elle permet de traiter ce problème comme les autres dérives sectaires. Quand il y a, par exemple, des cas d’abus de faiblesse sur des mineurs qu’on aide à partir en Syrie, la loi de protection des mineurs permettrait d’intervenir. Ce n’est pas évident, bien sûr, car les choses se passent souvent loin de la France. Au-delà de la protection de l’enfance, il existe le dispositif pénal classique qui doit être appliqué systématiquement à l’encontre des prédicateurs qui tiennent des discours antisémites ou d’appels à la violence.
Source : Libération, 15 avril 2015

mardi 14 avril 2015

CLESI / Université Pessoa - Fac privée contre dentistes : la Constitution sollicitée

Devant la cour d'appel d'Aix, le Clesi en appelle à la Constitution pour faire valoir son droit à enseigner dans les filières médicales

Nouveau suspense judiciaire pour les étudiants du Centre libre d’enseignement supérieur international (Clesi), la fac privée installée à La Garde.

Hier, l’établissement et deux syndicats de dentistes s’étaient donné rendez-vous devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence. La suite des deux procès civils déjà examinés l’an dernier par le tribunal de Toulon.

L’Union des jeunes chirurgiens-dentistes et la Fédération syndicale des dentistes libéraux estiment, en effet, que le Clesi n’est pas habilité à former de futurs dentistes.

Une loi « sur mesure »

Attachés au numerus clausus et au caractère public de la formation, ils s’appuient en particulier sur la loi Fioraso, promulguée en juillet 2013 (donc après l’ouverture de la fac privée remontant à septembre2012), qui ajoute un certain nombre d’obligations à satisfaire avant la création d’une telle structure. Elle exige en particulier que les initiatives privées obtiennent l’appui de structures publiques.

Ils réclament la fermeture du Clesi, entre autres, sur la base de cette loi –rédigée sur mesure par le gouvernement ne cachant pas son hostilité à la fac gardéenne –et espèrent profiter d’une modification des statuts de l’association (qui a abandonné son nom initial de « Fernando-Pessoa » pour celui de Clesi).

Face à eux, les responsables du Clesi ont décidé, hier, de soulever une question prioritaire de constitutionnalité.

Sans même s’attacher, pour l’instant, à contrer les arguments des dentistes ou contester le caractère rétroactif de la loi Fioraso (qui à l’un comme à l’autre, leur paraissent douteux), ils considèrent que la loi elle même, et en particulier les articles qui imposent un agrément pour dispenser un enseignement, ne sont pas conformes à la Constitution.

Un « doute raisonnable »

Ils se sont donc attachés à en apporter des éléments de « doute raisonnable », afin que la cour d’appel saisisse de la question la Cour de cassation.

S’ils obtiennent gain de cause, ils tenteront alors de convaincre le juge de cassation que le « doute raisonnable » est « sérieux », afin qu’à son tour, il décide de consulter le Conseil constitutionnel.

« Pour l’instant le débat n’est pas de savoir si la loi est conforme ou non à la constitution, car cela, seul le Conseil constitutionnel peut le dire. Le débat doit porter sur le point de savoir  s’il y a un doute de constitutionnalité ou pas », explique Me Christine Ravaz, avocate du Clesi (en épouse de son président). « Il semble évident que cette loi abroge une liberté fondamentale de façon sauvage. Elle restreint la liberté d’enseigner garantie par la constitution. »

Une fermeture « inexorable »

Réfutant cette lecture Me Solenn Remongin assurant la défense de l’Union des jeunes chirurgiens-dentistes, considère que cet argumentaire est hors propos. « Ce n’est pas l’objet de notre débat. La liberté d’enseigner existe toujours. L’Etat entend simplement s’assurer de la qualité des enseignements par des agréments ».

« Avant ou après la loi Fioraso, le Clesi a, de toute façon, toujours été hors la loi », poursuit Me Luc-Marie Augagneux, avocat de la fédération des dentistes libéraux. « En posant cette question prioritaire de constitutionalité, deux ans après le début de la procédure, le Clesi essaie simplement de prolonger encore un peu un cadre qu’il sait inexorablement voué à cette décision judiciaire de fermeture.

La cour rendra sa décision le 19 mai.

R-H. C.

Source : Var-Matin, 31 mars 2015


Note du CIPPAD : Par arrêt du 19 mai 2015 la Cour d'Appel d'Aix en Provence a débouté le CLESI (Université Pessoa), rejetant sa demande de transmettre à la Cour de Cassation une Question Prioritaire de Constitutionnalité (QPC) pour défendre l'avenir de son établissement. Détail de l’arrêt.