mercredi 11 juillet 2012

La Justice réparatrice, ou comment pousser les victimes d’abus à pardonner à leur agresseur

En France les victimes de viols sont méprisées, niées, bafouées. Pour illustrer ces propos, abordons seulement la situation des victimes d'Outreau. Combien sont à nouveau en contact avec leurs agresseurs ? Myriam Badaoui, jugée coupable de viols et de proxénétisme (entre autres) sur ses quatre enfants, est donc sortie de prison en septembre. Elle peut revoir ses enfants et leur bourrer le crâne de nouveau. Mais ce processus va se généraliser avec cette "justice réparatrice", qui consiste à pousser les victimes à pardonner aux coupables.
Que s'est empressée de faire Badaoui avant même de sortir de prison ? Tenter de reprendre contact avec Chérif, son fils aîné, et aussi avec les trois autres. Si les deux premiers refusent de la voir, le troisième est aujourd'hui en contact avec elle, bien que la Justice l'ait interdit. Quant au dernier, la juge d'application des peines a refusé que Badaoui le voie avant ses 18 ans. Aujourd'hui, au contraire, les services sociaux, avec l'aval de la Justice, favorisent le rapprochement de Badaoui avec ses deux plus jeunes enfants. Et miracle : il est désormais question de mettre sur pied une association pour dire que finalement, tout ou presque était faux dans ce qu'on dit les victimes, pourtant reconnues comme telles pour 12 d'entre elles.
On pourrait ajouter que Badaoui n'a rien trouvé de mieux à faire que de porter plainte parce que, selon elle, Chérif l'aurait menacée de mort. Ce qui pourrait se comprendre, mais c'est quand-même faux. Et ça tombe mal, puisque Chérif a déjà été condamné pour avoir osé menacer Franck Lavier, l'un des acquittés.
Bref, rappelons encore que Chérif a expliqué que le jour de ses 18 ans, il a été viré du foyer dans lequel il était placé à 6h du matin par des flics. Dehors sans un euro devant lui, il est passé à la délinquance. Dans l'espoir, dit-il, d'être enfin entendu devant un tribunal. Quant à son frère, il a eu droit au même scénario, si bien qu'il n'a pas pu finir son BEP, à quelques semaines près.
Pour dire à quel point nous en sommes rendus dans le négationnisme de la parole des victimes, surtout dans l'affaire Outreau, dont des "psys" comme Paul Bensussan font leurs choux gras, il n'y a qu'à regarder ce truc, une soi disant étude intitulée "The Outreau Case and False Allegations of Child Sexuel Abuse", (L'affaire Outreau et les fausses allégations d'abus sexuels). Combien de fois faudra-t-il répéter que dans cette affaire, même la Justice a fini par reconnaître 12 enfants comme étant victimes ?

Autre exemple frappant: A Castres, début juin, quand une mère de famille comparaissait pour avoir soustrait ses enfants à leur père qu'ils accusent d'être un pédophile, qu'a dit le président du tribunal en pleine audience ? "Il ne faut pas toujours croire ce que disent les enfants, regardez l'affaire Outreau !". Evidemment, ce fut la huée générale dans le tribunal. Mais, il faut savoir que nos chers magistrats apprennent cette affaire comme un exemple de ce qu'il ne faut pas faire, c'est-à-dire prendre en compte la parole des enfants.

On l'aura compris : pour bien broyer toutes les victimes de ce pays, il faut d'abord bien broyer les victimes d'Outreau. Et d'abord ceux qui veulent parler, comme Chérif.
Pourquoi en est-on arrivé là ?
Pour comprendre comment on est arrivé à un point aussi critique dans le soutien aux victimes (et celles d'Outreau ont subi les pires sévices enFrance et en Belgique), je vous renvoie vers un très bon article de Marie Christine Gryson, psychologue qui a suivi plusieurs des enfants d'Outreau à l'époque du procès.

Elle y explique, en gros, qu'aujourd'hui une tendance très dangereuse se met en place : la thérapie de l'agresseur, qui passe par le fait pour la victime de devoir rencontrer son agresseur, et si possible de lui pardonner.
En cherchant, on trouve encore peu d'éléments sur ce sujet, mais il semble que depuis quelques années, un lobbying se met en place pour nier encore plus le statut des victimes et leur parole. Ainsi en 2011, une certaine association Arsinoë publiait un rapport sur "l'aide aux victimes" (ça passe toujours mieux de dire cela plutôt que de dire qu'on va seulement s'occuper des agresseurs), dans lequel on pouvait lire :

"Roland Coutanceau, psychiatre et expert national auprès des tribunaux, s’en est dit convaincu, lui aussi: la victime doit être enrichie de toutes les méthodes thérapeutiques qui lui permettront d’essayer de se dégager de son traumatisme. En la matière, il n’y a qu’une certitude : c’est qu’il n’y en a aucune ! Autre conviction de l’intervenant, il n’y a aucune fatalité à ce que des plaies mal refermées liées à l’agression incestueuse glissent vers une souffrance chronique. La destinée de la vie affective et sexuelle qui résulte de l’atteinte subie peut s’avérer très variée : certains réussiront à digérer un tel vécu, tandis que d’autres en seront durablement atteints. Métaboliser une histoire traumatique, c’est la cicatriser, explique Roland Coutanceau. Si l’on ne peut éradiquer le souvenir, on peut néanmoins essayer de l’empêcher de perturber la vie quotidienne. Pour cela il ne faut pas que le discours soignant se centre sur ce qui va mal, ni qu’il enferme la personne ayant subi l’inceste dans un statut de victime. Et cela est tout particulièrement vrai dans le rapport qu’elle entend garder ou non avec son agresseur. Il est des enfants qui le renient, quand d’autres affirment être choqué qu’on ait pu l’emprisonner, ‘exprimant leur désir de rétablir les liens avec lui. Il en est aussi qui restent dans la perplexité et l’incompréhension, manifestant le besoin d’écouter ce que l’auteur a à dire des actes qu’il a commis. Il revient au thérapeute d’avoir non à fixer à la victime sa ligne de conduite, mais de l’accompagner dans la vérité qui est la sienne".
Comment comprendre ce délire ? On estime ici que les victimes ont parfois besoin de revoir leur agresseur pour entendre ce qu'ila à dire. Même si c'est probablement le cas de temps en temps, sait-on seulement si cela est bénéfique à ces victimes ? Certains disent que c'est loin d'être le cas.
Il faut aussi savoir que les victimes de viols ou d'inceste, surtout les plus jeunes, ont envie d'oublier qu'ils ont été agressés. C'est un phénomène bien plus courant que "les faux souvenirs" inventés par les pédophiles pour décrédibiliser leurs victimes.

Bref, comme de bien entendu, le chapitre suivant de ce rapport s'intitule "le pardon". Accrochez vous, on arrive dans le fin fond du glauque : comme la sanction pénale n'apaise pas les victimes (et pour cause, les rares pédos condamnés prennent en général du sursis), on a inventé la "justice restaurative", qui "se centre tant sur la violence faite aux victimes (et sur leurs besoins qu’elle soit reconnue), que sur la prise de conscience, par l’auteur, de la souffrance infligée (et donc de sa pleine responsabilité)". Autrement dit, c'est la victime qui doit faire comprendre à l'agresseur (qui nie toujours ou presque dans le cas des pédos) qu'il lui a fait du mal. A quoi sert donc la justice, et à quoi sert-il de faire suivre ces tarés par des psys ? On nous dit, sans évidemment citer aucune source, que grâce à la "justice réparatrice", "entre 80 et 100% des victimes se sentent vraiment prises en compte". Alleluia.
Arsinoë a pour objectif "de diffuser le plus largement possible un « Autre Regard » aux professionnels amenés à accompagner dans une démarche de reconstruction de Vie, ces enfants, ces adultes que l’inceste a « meurtris »".
Les trois axes de travail de cette association sont :

1. La résilience
2. L'attitude de non jugement, notamment pour ne pas enfermer la victime dans son statut de victime, et surtout pour ne pas enfermer l'agrasseur dans son statut d'agresseur. On se demande alors à quoi sert la Justice, si on doit rendre les statuts de l'un et de l'autre aussi flous.
3. Le pardon libérateur. Mais qu'on se rassure, on nous précise bien que "Ce pardon s'inscrit pour nous, dans une vision humaniste et ne peut par conséquent être confondu à quelconque autre référence".
Bref, la victime on s'en fiche, elle est juste là pour pardonner. Cela n'a probablement rien à voir, mais nombre de conférences organisées par Arsinoe ont eu lieu à Angers avant, pendant et après  l'affaire du réseau pédophile d'Angers, au milieu des années 2000.

Une propagande efficace et ordonnée
Le psy référence de cette association, un certain Roland Coutanceau, est très actif pour se balader de colloque en réunion et aborder sa thérapie, avec d'autres associations. Une autre association, " l'association de thérapie familiale systémique", est également sur ce créneau, et explique qu'une partie des victimes a pu "tourner la page". Ainsi, "Certaines ont « pardonné » à leur agresseur, d’autres pas. Elles ont construit leur vie indépendamment des abus subis". Question : à quoi sert-il de rapprocher la victime de l'agresseur si elle ne va pas mieux après? Est-ce simplement dans le but de leur faire "tourner la page" ? Et c'est magique : certaines "ont cessé d’être des victimes et elles peuvent vivre, parfois douloureusement, mais autrement qu’en référence à un statut de victime" . Nous y voilà : il s'agit donc de revenir sur le statut de victime, et donc sur celui d'agresseur.

Si on en croit le rapport de ce colloque de l'AFIREM (association française d'information et de recherche sur l'enfance maltraitée, qui regroupe des 'professionnels' du secteur et s'attaque avec succès à la "pénalisation de l'inceste"), tout va même pour le mieux dans le meilleur des mondes, car "Quelques-unes d’entre elles (les victimes), qui ont pardonné, ont même recréé des liens familiaux, réguliers ou épisodiques avec l’ex-agresseur, relations sans peur ni ambigüité, sans crainte de récidive, parce que les règles du fonctionnement familial ont été notablement modifiées". C'est donc à cela qu'on veut nous amener, et que l'on veut amener les victimes ? Laissons poursuivre notre génie de la victimologie : "Et je dis bien « ex-agresseur » : car tant que les « anciennes » victimes veulent rester victimes, les « ex » agresseurs restent perçus comme des agresseurs potentiels, des récidivistes en puissance, ce qui ne peut qu’entretenir la peur chez la victime et l’empêcher de sortir de son statut de victime. Et cela entretient également la peur dans l’opinion".

Victimes dont, la plupart du temps, on n'a même pas voulu entendre la parole, ou alors partiellement. Et quand on sait qu'un pédophile n'aime rien tant que se faire passer lui-même pour une victime (du système, de sa propre victime, de la Justice etc.), on se demande dans quelle mesure le pardon peut permettre à la victime de se reconstruire. Là, on est simplement en train de dire qu'en niant son traumatisme et son statut de victime, la victime a peut-être une chance de "tourner la page". Nous sommes dans un schéma totalement inverse de ce qui semble logique pour aider ces victimes à digérer ce qui leur est arrivé, et à reprendre une vie normale, du moins autant que possible.
On a même vu ce que ça a donné dans l'affaire Outreau : une des filles Lavier (les Lavier ont été acquittés, cette fille n'a pas été reconnue victime car elle s'est rétractée après le procès en appel, probablement pour une question de pression familiale), qui est retournée vivre chez eux, était parmi les agresseurs l'an passé quand on a mis la main sur des vidéos de débauche familiale en présence de mineurs (ça a été qualifié de corruption de mineur mais n'a pas été retenu pour une histoire de faute de procédure). Autrement dit : la victime qui n'est pas reconnue a bien des risques de s'identifier à son agresseur, surtout quand il s'agit des parents, et donc de reproduire les mêmes actes.

Le processus est donc clair : en obligeant la victime à revoir son agresseur et à lui pardonner, l'agresseur devient un "ex agresseur" et n'est plus susceptible de récidiver (on rêve !). Et du coup, la victime devient elle aussi un "ex victime". Circulez, y'a rien à voir.
Pourquoi ne pas faire la même chose avec les voleurs, les maris violents, les escrocs ou les meurtriers, après tout ?
Cela va sans dire, tous ceux qui développent cette théorie des plus fumeuses sont très satisfaits que l'inceste ait été retiré du code pénal français en 2011. Pour eux, la "pénalisation de l'inceste" est une erreur. Et ils semblent avoir été entendus par le Conseil constitutionnel, qui a censuré cette loi pourtant récente. Et ces chantres du "pardon libérateur" n'aiment pas du tout cette loi de mars 2010 qui "prévoit l’interdiction systématique des contacts entre l’auteur de délits ou de crimes sexuels et la victime" ... et empêche l'abuseur de revoir sa victime.

La Belgique, tête de pont européenne de la stratégie pour nier les victimes ?
Il est très inquiétant pour moi qui travaille en Belgique de constater que ces mabouls de la psychologie applaudissent les "progrès" réalisés en Belgique en la matière : aide aux agresseurs, négation des victimes. Car dans ce beau pays, depuis l'affaire Dutroux, une commission s'est penchée sur la meilleure manière de nier l'ampleur des abus sexuels en Belgique, et "Les gouvernements belges ont donc suivi les préconisations de cette commission, et le signalement des maltraitances et des abus sexuels n’est pas obligatoire". On a donc inventé des centres dans lesquels les familles "viennent parler des violences et particulièrement des abus sexuels commis à l’intérieur de la famille et qui vont bénéficier de soins sans intervention judiciaire". Donc on parle des agressions, bien gentiment, mais on ne condamne surtout pas l'agresseur, qui peut donc continuer tranquillement à sodomiser les gosses.

Ce système a été encadré par une loi de 2005 et l'association Mediante, agréée et financée par le ministère de la Justice afin de gérer ces médiations. Deux mille dossiers y avaient été suivis en dix ans. Au fil du temps, les dossiers traités sont d'ailleurs de plus en plus lourds, ce dont semble se féliciter l'association. Le Figaro écrivait ainsi que "les affaires d'abus sexuels, de séquestrations, d'homicides et de vols avec violence sont passées de 25 % à 38 % des cas traités entre 2008 et 2009".

On a donc désormais en Belgique des centres comme Mediante, un "service de médiation entre auteurs et victimes d'infraction", et ce type de médiation a commencé par la justice des mineurs. Sans surprise, ce système est en train de s'implanter en France aussi. Nous avons la chance d'avoir depuis peu une "association nationale pour la justice réparatrice", pilotée par des politiciens et des magistrats, qui sort des propositions de loi pour développer ce système. Et parmi leurs soutiens on trouve André Vallini, qui a été le Président de la Commission d'enquête de l'Affaire d'Outreau, qu'il a brillement transformée aux yeux du public en fiasco judiciciare, Jean Paul Garraud, magistrat et député UMP de Gironde, qui a été juge d'instruction pour certains meurtres (qu'il a classés comme suicides, bien sûr) de l'affaire Alègre, mais aussi Christine Boutin ou Roland Coutanceau dont on a déjà parlé plus haut, un rabbin, un imam, et d'autres. Cette association a un fort pouvoir de lobbying et a déjà été reçu au ministère de la Justice et par divers médias pour défendre sa "justice réparatrice" (pour les agresseurs).
Mais, le système de la "médiation réparatrice" nous vient des pays anglo saxons, ceux qui ont permis à des pédophiles notoires comme Richard Gardner ou Ralph Underwager de propager leurs théories sans aucun fondement scientifique, à savoir respectivement le "syndrome d'aliénation parentale" et le "syndrome des faux souvenirs", qui visent tous les deux à décrédibiliser la parole des enfants victimes. Là-bas, la "restauration du lien auteur-victime" est vue comme une panacée. Au Canada, où la "justice réparatrice" est lancée depuis 1974, on a même créé un secrétariat d'Etat dédié lié au ministère de la Justice, et une "semaine de la justice réparatrice"... Et on a conclu que le taux de récidive avait baissé. Question : combien de victimes ont plongé dans le même temps ?

Un certain Michel SUARD, "thérapeute familial" français, présent dans moult conférences sur ce thème en France, a fait sienne cette théorie . Il a par exemple écrit un article faussement interrogateur intitulé "réconcilier auteurs et victimes d'inceste ?". On ne sera pas étonné de le retrouver au sein de l'association fort décidée par les victimes et ceux qui les aident l'Ange Bleu, qui vient en aide aux pédophiles. Et en france, on nous dit depuis 2010 que nous sommes "en retard" en ce qui concerne cette invention débile.

Au passage, on notera que le point commun des "spécialistes" qui préconisent aux victimes de viols de pardonner à leur agresseur, surtout s'il s'agit d'inceste, c'est d'être spécialisés dans le traitement des pervers, pas des victimes.
Conclusion et critiques
C'est ainsi qu'aujourd'hui, la ministre dite Socialiste Christiane Taubira veut "développer la justice réparatrice", toujours selon Le Figaro. le seul avantage sera de faire faire des économies au système judiciaire, qui n'aura plus à indemniser les victimes. Celles-ci devront-elles se contenter d'un entretien avec leur agresseur ? Notre brave ministre serait donc en train d'étudier ces médiations avec l'INAVEM (Institut national d’aide aux victimes et de médiation).

Au final, alors qu'on pensait qu'une société qui se veut 'évoluée' rend la Justice en se plaçant hors du conflit direct entre accusé et victime, voilà qu'au XXIè siècle, on vient nous dire que la victime doit s'arranger directement avec son agresseur. Bientôt, l'Etat n'aura plus rien à voir dans la Justice, les parties régleront leurs comptes d'égal à égal en dehors du système judiciaire.
Ce processus semble imparable, tant le lobbying est bien organisé. On a vu que des associations apparaissent dans de nombreux pays, y compris en France, mais c'est parce qu'au niveau international, un certain"center for justice and reconciliation " y travaille depuis des années. Ce groupuscule vise à réformer la justice en lien avec l'association US Prison Fellowship, créée en 1976 par un certain Charles W. Colson, après sa sortie de prison à la suite du Watergate. Le but de Prison fellowship est de montrer que la spiritualité est "la vraie solution au crime", et pour fédérer les grenouilles de bénitier du coin afin qu'ils amènent l'amour de dieu aux prisonniers et à leurs familles. Trois ans après sa création, l'association avait déjà des représentants dans différents pays, comme l'Angleterre, le Canada, la Nouvelle Zélande ou l'Australie. Elle est désormais présente dans 115 pays.

Ce sont donc des coupables ultra cathos qui ont lancé l'idée. On comprend donc mieux la vision angéliste du problème par tous ces éminents "spécialistes".
On peut sans trop de risque anticiper que dans un premier temps, ladite Justice réparatrice se fera en parallèle ou en complément d'une procédure judiciaire, pour ensuite se dérouler à la place de toute procédure judiciaire. De fait, le but est de créér un "espace de confrontation pacifique" entre le coupable et sa victime, pour que chacun exprime son point de vue.
Comme si la victime se préoccupait du point de vue de son agresseur !
En outre, si on nous vend ce truc de justice réparatrice en nous disant que l'agresseur devra réparer, en réalité il ne réparera que s'il en a les moyens et s'il le veut bien. Le site Justice réparatrice.org le dit bien : la "réparation" consiste à "Espérer que les délinquants prennent des actions pour réparer le dommage causé". Accessoirement, on nous parle ici de "délinquant" alors que la justice réparatrice s'adresse même aux pires criminels, puisque les grenouilles de bénitier pensent que la rédemption est toujours possible, même pour les pires tarés. En fait, la réparation ne consiste pas essentiellement en une réparation matérielle, mais dans la reconstruction des rapports entre l'agresseur et sa victime. Qui y gagne, dans cet échange ?
En 1987 déjà, l'ONU recommandait déjà d'"encourager les expériences (sur une base nationale ou locale) de médiation entre le délinquant et sa victime et évaluer les résultats en examinant plus particulièrement dans quelle mesure les intérêts des victimes sont préservés".

En 1999, l'ONU sort une résolution intitulée "Elaboration et application de mesures de médiation et de justice réparatrice en matière pénale", qui recommandait d'étudier l'intérêt d'établir des normes en matière de justice dite réparatrice. En 2002, c'est chose faite, et voilà qu'on nous sort la résolution 2002/12 du Conseil Economique et Social de l'ONU : "principes de base concernant le recours à des programmes de justice réparatrice en matière pénale". Il s'agit donc bien d'intervenir en matière pénale (quand l'Etat punit) et pas en matière civile (là où le coupable répare le dommage causé à nla victime). Autrement dit : la victime doit s'arranger avec le coupable pour obtenir une éventuelle réparation.

Enfin, en 2009 a eu lieu à Lima (Pérou) le premier congrès Mondial de Justice Juvénile Restauratrice, à l'initiative de la Fondation Terre des hommes. Là, il s'agissait de parler des mineurs emprisonnés ou condamnés, pour qui ce système serait une bonne option. Mais, déjà, on nous expliquait que "La Justice Juvénile Restauratrice ne doit pas se limiter à des délits mineurs ou à des primodélinquants". Comme souvent, on nous a d'abord parlé de cas exceptionnels, comme les enfants soldats. Et aujourd'hui on en est à pousser les victimes de viols commis par des adultes à tendre l'autre joue au pervers.

D'ailleurs, certains ont depuis longtemps pointé les dérives de cette fumeuse "justice réparatrice". En 1993, Moyer et Axon ont remarqué que "Qu'il s'agisse de la médiation, des conférences familiales ou d'autres initiatives, trop de victimes sont confinées à un rôle de facilitateur ou d'intermédiaire ou servent de prétexte pour poursuivre une intervention éducative à l'endroit des délinquants". Plusieurs études ont montré que "les victimes avaient subi des pressions pour participer à la médiation ou à des cercles de conférences".

En outre, on rappelle que ce sont rarement les victimes qui demandent ces médiations, d'autant que la plupart d'entre elles refusent catégoriquement d'y participer : " on a tendance à oublier que l’action dite réparatrice, dans ses diverses modalités, origine rarement de la volonté des victimes elles-mêmes ou de celles des organismes qui leur viennent en aide. La plupart du temps, c’est autour de l’auteur du délit qu’elle se déclenche. Elle est souvent initiée par des services qui travaillent auprès des délinquants, mineurs et adultes, que ce soit dans le cadre de la probation, des mesures de rechange ou de la libération conditionnelle. Le rôle de médiateur est alors confié à des intervenants dont le mandat premier est la réhabilitation des contrevenants.".
Autre aspect, qui cette fois tient compte du caractère pervers de nombre de coupables d'abus sexuels, "On ne saurait occulter le fait que plusieurs délinquants peuvent utiliser la justice réparatrice à toutes sortes de fins : échapper à des sanctions punitives, se montrer sous un meilleur jour, atténuer leurs fautes, voire se servir de ce rapport avec la victime pour se glorifier". Et puis, si une victime estime que le crime qu'elle a subi est irréparable, à quoi sert une "justice réparatrice" ? Demandez aux deux aînés des enfants de Myriam Badaoui ce qu'ils en pensent... C'est d'ailleurs pour cela qu'afin de s'en sortir, les victimes sont éloignées de leur(s) agresseur(s). Finalement, on se rend compte que cette théorie de "justice réparatrice" sert surtout à éviter la prison aux coupables . Et dans des pays où les prisons sont saturées, cela permet de faire des économies aux Etats surendettés, qui se désengagent donc de la Justice.

Enfin, des victimes demandent que le CSJR , (centre de services de justice réparatrice) un centre canadien actif depuis 10 ans, qualifié d' "organisme incompétent pour des victimes d'inceste et dangereux" qui se charge de ces médiations, cesse ses activités. Le CSJR a pour devise " restaurer ensemble", un beau programme pour les coupables ! Le CSJR travaille en collaboration avec l'INAVEM, par exemple, et d'autres associations qui vont toutes dans le même sens : le déni du statut de victime. Laissons les victimes nous dire ce qu'elles pensent de ce centre, qui a fait venir des victimes d'abus sexuels dans un traquenrad afin qu'elles rencontrent des agresseurs : "Cet organisme est peut-être compétent avec des victimes de divers crimes. Nous n'en savons rien et nous espérons qu'il le soit.. Mais en ce qui a trait à l'inceste, cet organisme pourrait être pour vous éminemment dévastateur. Il pourrait vous imposer une ixième blessure peut-être pire que celle de l'inceste comme il le fit pour nous sans vergogne et de façon parmi les plus vicieuses qu'on puisse imaginer". Et d'ajouter que ces éminents "spécialistes" du CSJR sont les défenseurs du "tabou qui entoure les parents" incestueux.

On nous explique que ces gens bien pensants "soignent les victimes mais c'est pour les retourner au silence. Si elles parlent comme nous le faisons, scandale !,le CSJR les considère comme des malades qui s'ignorent. Faut comprendre que le CSJR est constitué de personnes qui sont sur la chaine de production du crime. Jamais ils ne dénonceront la bonne société dont ils tirent leur subvention. Jamais ils ne dénonceront cette société qui protège les parents abuseurs d'enfants (...) Et quand les parents abuseurs n'ont rien d'honorable, ces messieurs-dames t'inviteront au pardon. Quelle imbécillité spirituelle ! Si vous cherchez la santé mentale, mieux vaut, selon le bon sens évident, dénoncer pour soi-même ces parents abuseurs et incestueurs, les dénoncer également dans votre environnement et les évincer à tout jamais de votre vie. Vous ont-ils demander pardon ces parents abuseurs ? Alors qu'avez-vous à leur offrir le pardon. Ils ne changeront pas de toutes façons. Sinon, ils vous l'auraient dit. Cessez de vous sentir coupable. Ce sont eux les coupables, pas vous ! Le pardon est juste une manœuvre de refoulement qui vous jouerait des tours plus tard. Arrêtez d'obéir aux impératifs de tout un chacun, aux impératifs de pardon- guérison qu'invoquent trop souvent des thérapeutes et croyez en la vérité et la Vie".
Bref, on se rend compte que les défenseurs de la justice réparatrice sont dans un double discours : aider les victimes mais surtout les coupables, réparer mais que si le coupable le veut bien, améliorer la justice en permettant aux Etats de laisser les citoyens régler leurs comptes entre eux, même si la relation est des plus inégales, surtout dans nos pays où on laisse tomber les victimes dès que c'est possible.

Affaire à suivre, donc...
Par Ceri
Source : AGORA VOX, mercredi 11 juillet 2012,
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Un autre regard sur la vie après l'inceste - Angers
 

Arsinoe, en lien avec la congrégation du Bon Pasteur, organise en octobre des journées d'études autour de cette problématique.

Deux questions à...
Marie-France H. , présidente de l'association Arsinoe.

Quelles sont vos missions ?
Notre association est devenue un centre de ressources pour les victimes de l'inceste et les professionnels qui les accompagnent. À travers l'idée de résilience, cette capacité à rebondir après un traumatisme et l'idée de non-jugement, Arsinoe cherche à aider ces professionnels à mieux appréhender la problématique de l'inceste.

Pourquoi organiser ces journées d'études ?
Dans l'accompagnement des personnes coupables et victimes, les professionnels se sentent parfois isolés et en souffrance. Travailleurs sociaux, avocats, forces de l'ordre, médecins, leur douleur est souvent occultée. Ces journées de réflexion sont donc l'occasion d'échanger et d'apprendre des expériences de chacun. Des experts témoigneront : universitaires, thérapeutes, juristes, commandant de police, mais également une ancienne jurée d'un procès d'assises. Ils aborderont la question selon des angles variés. Toute personne, professionnelle ou non, concernée par cette problématique peut y assister.

Vendredi 14 et samedi 15 octobre, au Bon Pasteur, rue Marie-Euphrasie-Pelletier à Angers.

Source : Ouest-France, 15 septembre 2011