mardi 13 novembre 2012

Le Phalène fait parler la poudre aux yeux

La compagnie de Thierry Collet crée « Qui vive », après une résidence au Carré de Saint-Médard-en-Jalles. Un spectacle qui explore les mécanisme de manipulation mentale. Ça peut servir.
Le mistigri peut être un objet, un mouvement de main, un son, une idée, une croyance au sens large... Le mistigri, c'est ce que le magicien agite devant vos yeux pour que vous ne voyiez pas le truc. Lors des stages de magie mentale organisés par la compagnie Le Phalène, comme ceux qu'animaient il y a trois semaines à Saint-Médard le comédien - et magicien, donc- Matthieu Villatelle, en amont de la création de « Qui vive », on apprend comment créer et utiliser un mistigri, mais aussi comment s'en défendre.
Une magie qui éveille

Le mistigri, ça peut être une promesse politique, une
idéologie ou une religion, un bracelet magnétique aux pouvoirs « scientifiquement prouvés » par quelques tests de bateleurs ou la promesse de gagner beaucoup, beaucoup d'argent en faisant semblant de vendre un produit inutile tout en recrutant vos voisins. Ou un article dans un journal, mais ça, on y croit moins.
Soyons réalistes : si nous n'avions pas cette fabuleuse propension à nous jeter sous les roues métaphoriques des arnaqueurs de tous poils, leur activité marcherait beaucoup moins bien. Les techniques, dites « issues multiples », détournement d'attention, et d'autres formalisées depuis longtemps, sont tellement simples - vous le sauriez si vous aviez fait le stage- qu'il doit bien y avoir une explication pour que cela marche aussi bien.
C'est cela qui fascine Thierry Collet. Après quelques tentatives pour ajouter du fond à la forme spectaculaire en travaillant les notions de dramaturgie (« La Baraque des prodiges », 1998, « Maître Zacharius », 2000, « L'Ombre » en 2004), il travaille depuis 2007 (« Même si c'est faux c'est vrai » ou le très remarqué « Influences » en 2009) en oscillant entre le merveilleux et sa déconstruction rationnelle, sans toutefois opposer les deux : « j'aimerais que la magie soit là pour réveiller le public, et non l'endormir », aime t-il à dire.
Il refuse de s'arrêter à la jouissive mystification du public, et prétend amener celui-ci à être plus attentif à lui-même. Parce qu'au final, les raisons pour lesquelles nous sommes si facilement mystifiés, c'est d'une part parce que nous le voulons bien, en confiant par exemple le fonctionnement de notre raison à une autorité proclamée ; ou encoreparce que nous y sommes prédisposés par le fonctionnement normal de notre cerveau. Tous les mystères de celui-ci ne serons pas révélés, mais en être conscient est déjà un premier pas.
Dans « Qui vive », Thierry Collet s'est donné deux partenaires, eux aussi mentalistes ou illusionnistes accomplis, Carmelo Cacciato et Kurt Demey. « Cela nous permet d'une part de créer du détournement d'attention supplémentaire, car tant qu'on regarde l'un de nous, l'autre peut se livrer à de la manipulation. Mais surtout, cette dynamique de trio va à l'encontre de ce qui se fait en magie, qui est un art solitaire, au point que les gens nous disent : vous êtes trois, donc ça n'est pas de la magie. J'y vois donc une occasion de continuer à explorer la façon dont on peut faire de la magie aujourd'hui, et de faire évoluer cet art. »

Source : Sud Ouest, 13 novembre 2012,
http://www.sudouest.fr/2012/11/13/le-phalene-fait-parler-la-poudre-aux-yeux-876801-4608.php