vendredi 10 février 2012

2012, une année propice aux dérives sectaires ?

A Segré, une association informe sur certaines pratiques de psychothérapie. Et craint que la prédiction maya de fin du monde, en décembre prochain, soit une aubaine pour les charlatans.

Entretien – Lionel Gaugain, président du Centre d’information et de prévention sur les psychothérapies abusives et déviantes (Cippad), créé à Segré en 2002.

Pourquoi s’inquiéter des interprétations du calendrier maya ?
Parce que une annonce apocalyptique, même sans fondement scientifique, n’est jamais anodine. Colportée par des émissions et des articles sensationnalistes, elle offre une ouverture, pour les bonimenteurs de tous poils, auprès de personnes fragilisées.
Cette manipulation se pare de considérations ésotériques, auxquelles la crédulité humaine peut ne pas résister. Dans tout ce fatras, figure l’entrée dans l’ère du Verseau.
Ce passage serait, selon la secte Kryeon, l’explication des naissances d’ « enfants indigo ». Ces derniers seraient fragiles mais dotés de talents particuliers. Des charlatans prônent alors auprès des parents une éducation hors du système commun. Et sur ce créneau là, les sectes sont légion.

Qui sont les prédateurs ?
Chez les mouvements dits guérisseurs, les pseudos thérapeutes forment le contingent principal. Il suffit d’ajouter le préfixe psycho et se décline une kyrielle de prétendues disciplines.
Bien sûr, aucune n’est reconnue par un diplôme. Ceux qui s’en réclament exercent  généralement un autre métier. Souvent dans le milieu médical ou paramédical, voire médico-social, ou celui de la formation professionnelle.
Leur méthode consiste d’abord à séduire, à flatter, à se poser comme confident. Ensuite, il s’agit de créer un climat anxiogène autour de la victime. Qui va peut à peu se détacher de son milieu familial, de son travail aussi. Isolée, elle est mûre pour rechercher une protection continuelle. Le lien se dépendance se noue.

Et qui s’y laisse prendre ?
Principalement, des personnes en souffrance. Mentale, quand le sujet ne parvient pas à sortir d’un mal-être persistant. Physique, quand une maladie le ronge sans l’espoir entrevu d’une guérison. Mais toutes viennent d’un milieu aisé.
Car rappelons que ces psychothérapeutes ne sont pas des philanthropes. Et que leurs pseudos soins ne sont pas remboursés par la sécurité sociale. L’un s’enrichit quand l’autre s’appauvrit.
Parmi les proies faciles, les cancéreux risquent leur vie. Avec par exemple la méthode Hamer, qui préconise d’abandonner tout traitement de médecine classique. Plus pervers, le « syndrome des faux souvenirs » touche des femmes de 30 à 45 ans.
D’une séance d’hypnose, elles ressortent convaincues d’avoir été abusées sexuellement dans leur petite enfance. S’ensuivent des drames familiaux, avec des cas de suicide chez des pères mis en cause.
jeudi
Comment combattre ces dérives ?
La difficulté demeure l’adaptation des escrocs à tout évolution juridique. L’amendement Accoyer, censé réglementer l’exercice de psychothérapeute, reste un filet perméable. Sinon, un réseau d’associations comme le Cippad participe aux travaux parlementaires, informe et transmet les témoignages d’abus. Que les pouvoirs publics veillent à ne pas laisser les imposteurs sévir !

Recueilli par Jean-Yves FRICAULT

Source : Ouest-France, Maine-et-Loire, jeudi 9 février 2012