vendredi 9 novembre 2012

Joubert demeure impassible

Face à la douleur des familles, la magnétiseur persiste à parle d’« exercices de détente ». Verdict ce soir.
 Angers, palais de justice, hier. Devant les assises, le magnétiseur Philippe Joubert continue
à parler d’une démarche » pour détendre les jeunes… Photo CO - Josselin CLAIR
Jean-Yves LIGNEL
Jean-yves.lignel@courrier-ouest.com

Les larmes d’un père. « Apprendre des années après, ce qui est arrivé à son enfant, qu’on a rien vu et qu’on n’a pas su protéger… C’est une honte et une culpabilité terrible… » Lui aussi a découvert, bien des années après, que son fils était sorti psychologiquement ravagé des odieux tripotages de Philippe Joubert, sous couvert de séances de « soins ».
Pour quiconque, la journée aurait été infernale, hier aux assises, avec ce défilé de parents venus dire tour à tour leur »honte » de n’avoir pas compris, pas vu. Mais Joubert le magnétiseur a fait face avec une impassibilité à faire bouillir le banc des victimes.

« Vous avez volé la sexualité de ces jeunes ! »

« Vous un homme « charitable », a rugi Me Nathalie Valade, comment pouvez-vous ne pas voir cette douleur ? » « Je pensais alors que ça (des masturbations) pourrait être thérapeutique répond Joubert. C’étais pour les détendre… depuis, j’ai compris grâce aux soins psychologiques… »
L’avocate bondit de plus belle : « Quoi ? Il vous a fallu un psy pour comprendre que c’était interdit de masturber un jeune de 15 ans ? »
Me Christine Cappato ne laisse pas Joubert répondre : « On ne veut plus entendre que vous vouliez les détendre ! Vous ne vous êtes jamais dit que vous avez volé la sexualité de ces jeunes ? 
Joubert bredouille : « j’étais dans ma bulle, dans ma bulle… »
La journée d’hier s’est terminée avec les plaidoiries des six avocats des parties civiles. « Cette souffrance des victimes est palpable. Qu’en faites-vous ? » (Me Julie Houdusse), « Vous n’êtes pas capable d’offrir des aveux ou des excuses ! » (Me Nathalie Valade). « Cette lancinante obséquiosité qui glisse qui louvoie, qui parvient à s’échapper de tout ce qui est humain. On touche avec Vous des sommets d’inhumanité, M. Joubert ! » Me (Alain Fouquet). « On attendait des excuses et au moins la vérité » (Me Laurence Couvreux). « Il n’a fait qu’assouvir son propre désir avec des jeunes qui lui une confiance inconditionnelle » (Me Laurence Charvoz).

En début de mâtinée, pourtant, on a vu quelques-uns de ses amis de Philippe Joubert. Un dentiste angevin, amis de trente ans, auquel Joubert avait avoué quelques « petits dérapages » selon ses mots ; une respectable vieille dame de 84 ans et encore un jeune homme « soigné » par Joubert et qui n’avait, lui, rien subi de désagréable. Joubert n’abusait semble-t-il que les plus vulnérables. Certes, bien des gens étaient satisfaits des manipulations de Joubert. Mais tous les magnétiseurs, charlatans ou pas, ne vont pas aux assises. Réquisitions ce jeudi matin (Joubert encourt 20 ans…). Puis plaidoirie de l’avocat de Joubert, Me Pascal Rouillier. Verdict attendu dans la soirée.

Combien de victimes inconnues ?

Qu’on se le dise : ça rapporte de faire le magnétiseur. Belle maison en ville, voiture décapotable, fréquents voyages à l’étranger et même collections de soldat de plombs (!). Magnétisant les gens depuis 1994, Philippe Joubert avait une clientèle considérable. Ce serait tout à son honneur s’il n’y avait pas ces actes de viols et d’agressions sexuelles, commis pendant des séances de « soins », qui lui sont aujourd’hui reprochées.
A partir des plaintes de deux adolescents en 2006, les policiers n’ont pas été en mesure de retrouver et d’interroger les milliers de clients du magnétiseur. Ils ont donc opéré un « sondage » à partir de son agenda de 2004, agenda qui portait mention de 750 « patients ». La plupart étaient des femmes, mais ils ont remarqué aussi une proportion de 10% de jeunes garçons. Au final, les enquêteurs estiment que Joubert a fait « une cinquantaine de victimes potentielles ». Il ne s’agit bien sûr que d’une estimation statistique, mais elle à penser qu’il reste beaucoup de victimes qui n’on jamais déposé plainte, sans doute par honte car ce fut le sentiment commun des quatorze qui font face actuellement à Joubert.
Déjà, l’audience de ce procès a libéré la parole. De source judiciaire, plusieurs autres procédures sont en cours. Qu’il soit ou non condamné ce soir (car il faut toujours le considérer comme innocent), il est très probable que Joubert reviendra un jour ou l’autre devant la cour d’assises.

Source : Courrier de l’Ouest, 8 novembre 2012