vendredi 5 avril 2013

La biodynamie, entre bio et forces cosmiques

Influences planétaires et rythmes des saisons au menu d’un stage dimanche.

La biodynamie, on y croit… ou pas. Elle est parfois décriée, assimilée à du charlatanisme, mais elle a son petit noyau dur au sein des agriculteurs et de quelques particuliers. Philippe L. est de ces derniers, et il propose dimanche à Grateloup une Journée de la biodynamisation, qui sera complétée par des manifestations thématiques jusqu’en décembre prochain.

De prime abord, Philippe L. ne ressemble pas à un Professeur Tournesol. « J’ai une formation de chimiste et je suis maintenant retraité. Je donnais des cours de dégustation de vin, dans le nord de la France, lorsque l’on m’a parlé de vins biodynamiques, et j’ai alors suivi des formations », explique celui qui se veut désormais formateur.

« La biodynamie a été initiée par un Allemand, Rudolph Steiner, en 1924, inquiet de voir se multiplier les maladies animales et végétales, et qui a préconisé des solutions aux agriculteurs. Selon lui, le système agricole s’était dégradé avec un abus d’intrants chimiques et il fallait revenir à quelque chose de plus naturel. »

Jupiter et Saturne

Mais agriculture ne signifie pas nécessairement terre à terre, et certains aspects de la biodynamie peuvent surprendre. On y intègre notamment l’influence des forces cosmiques venues d’autres planètes, et qui agissent sur les êtres vivants et la nature, « comme la lune agit sur les marées. Ce sont des forces invisibles que l’on ne sent pas », explique Philippe L. . « En hiver, ce sont Mars, Jupiter et Saturne qui influencent la nature, et en été ce sont la lune, Vénus et Mercure. Il existe un calendrier biodynamique qui, si on le suit, finit par avoir des effets sur le jardin ».

La biodynamie fleure bon les dictons des anciens, qui font parfois sourire, tandis que d’autres se gardent bien de s’en moquer et jardinent en fonction des phases de la lune. Mais certaines pratiques s’avèrent intrigantes, presque ésotériques.

Bouse et pissenlit

Philippe L. élabore ainsi des solutions à base de bouse de vache, qui sera ajoutée à de l’eau « dynamisée » dans des cuves, c’est-à-dire agitée, de façon à mieux pénétrer le sol et à accélérer les pratiques biologiques. Mais auparavant, il faut suivre un étonnant processus. « En octobre, on enterre des cornes de vache remplies de bouse, et on les laisse jusqu’à Pâques, puis on les déterre et on dilue la solution dans de l’eau, que l’on épandra. Le contenu d’une corne suffit pour traiter 2 hectares de terrain. En été, on pratique de même avec de la poudre de quartz, elle aussi enterrée dans des cornes. Une fois répandue sur les plantes, elle accélère la photosynthèse, et c’est profitable pour des végétaux trop à l’ombre. »

Reste qu’il n’est pas facile de se procurer des cornes (on les laisse de moins en moins au front des animaux, afin d’éviter qu’elles ne se blessent), mais d’autres préparations biodynamiques peuvent être réalisées à base de fleurs de pissenlit.

Au fil de l’année, Philippe L. déclinera la biodynamie, de la préparation du compost en passant par le travail sur les rythmes (saisons, astronomie, végétal, animal…). Une forme d’écologie étonnante, mais d’une certaine façon très proche de la nature.

Jean-Marc Lernould 

Source : Sud Ouest, 5 avril 2013