jeudi 11 avril 2013

Les guérisseurs sont (toujours) parmi nous

Michèle*, magnétiseuse à Coulonges-sur-l'Autize : « Je travaille par apposition des mains. Et je me récite une formule personnelle, une prière. Pour moi, c'est comme recevoir un appel de l'au-delà… car nous sommes tous comme un canal, un passage, des messagers… » 

Guérisseurs, rebouteux, magnétiseurs, radiesthésistes… Dans les Deux-Sèvres, ils n'ont pas disparu. Au contraire. Evidemment, beaucoup tiennent à rester discrets et refusent cordialement toute forme de publicité, ils disent craindre de se retrouver en porte à faux avec leur entourage professionnel ou veulent s'éviter un afflux massif vers leurs cabinets déjà saturés. De nombreux autres, au contraire, n'hésitent pas à laisser leurs cartes de visite dans les boutiques spécialisées ou à s'afficher sur les pages professionnelles de l'annuaire, pratiquant leur activité de façon déclarée, exerçant leurs « dons » avec le statut très officiel d'auto-entrepreneur. Qui sont-ils ? Qui les fréquente ? Pourquoi vient-on les consulter ?… Brève incursion dans un monde presque parallèle et très proche de nous.

Trouver un guérisseur n'est pas si compliqué. Pour tout dire, c'est carrément facile, les annuaires en proposent des pleines pages, même dans les Deux-Sèvres. Sauf que cette avalanche d'offres incite l'indécrottable cartésien à une certaine méfiance, pour ne pas dire à la suspicion. Si l'on en croit les longues listes proposées par les pages professionnelles, s'annoncer « guérisseur » ou « magnétiseur » semble plutôt aisé. Et donc à la portée du premier venu. Dès lors, dégoter le « vrai » guérisseur (ce qui présuppose qu'il en existe des faux), débusquer celui qui aura d'« authentiques » pouvoirs, un « vrai » magnétisme, paraît bien aléatoire. En réalité, on se rend vite compte que cette quête ne repose que sur le bouche à oreille, les « bons » guérisseurs, ceux qui font du bien et soulagent les petits bobos, fondent en effet leur réputation sur les récits que l'on rapporte de leurs « réussites ». Ainsi Michèle, magnétiseuse à Coulonges-sur-l'Autize. Elle est de ceux qu'on m'a cités plusieurs fois quand j'ai commencé à travailler pour ce reportage. J'ai donc décidé de lui rendre visite.

Michèle s'est installée au rez-de-chaussée d'une vieille bâtisse à flanc de rue. Une petite pièce au mobilier sommaire. Deux chaises et une table de massage, une statue de la Vierge, un mini-lecteur de cédés qui diffuse de la musique douce.

Me voilà allongé sur le ventre

Autre fois lingère dans une maison médicalisée, elle a ouvert ce petit cabinet juste après son départ en retraite. Car, à l'image des autres « guérisseurs » que j'ai rencontrés, elle voulait « aider les autres ».

Michèle m'indique qu'elle tient son magnétisme de ses parents, ajoute qu'elle est aussi médium et a le don d'évacuer le stress. Je lui demande comment elle procède, plutôt que de m'expliquer, elle m'invite à m'allonger sur la table (habillé, je précise). Ça tombe bien : elle me trouve stressé. Me voilà sur le ventre, elle m'annonce qu'elle va passer ses mains à quelques centimètres au-dessus de mon corps, que je vais ressentir « quelque chose », une impression d'apaisement, de soulagement… sensation que je peine cependant à percevoir. Au bout de quelques minutes, elle me prie de me retourner sur le dos et recommence ses gestes lents, me survolant de ses paumes ouvertes. Michèle est concentrée, investie, elle récite en silence la « prière » qui accompagne toujours ses gestes, elle ne désespère pas de me déstresser.

" Vous avez du magnétisme "

Et moi qui ne ressens… rien. Un peu gêné, je lui confie ma déception, elle ne s'étonne pas, m'explique que certains sujets (de fortes têtes, sans doute) ne ressentent pas immédiatement les effets de son intervention. Mais ça va venir, dans l'après-midi, me rassure-t-elle.

En attendant, elle inspecte les lignes de mes mains, y discerne un M qui, d'après elle, atteste que, moi aussi, j'ai du magnétisme. Allons bon, voilà autre chose. « Passez votre main au-dessus de mon bras », me demande-t-elle pour me convaincre de la révélation. J'obtempère. Et admet ressentir alors une espèce de chaleur. « Je vous l'avais dit, triomphe-t-elle doucement. Vous avez du magnétisme ! »
Sapristi ! Mais pas d'emballement,
Michèle m'explique que je dois beaucoup m'entraîner, et lire, et apprendre…

En repartant, je me sens pas si stressé que ça. Et je me dis deux choses. Que l'essentiel, c'est peut-être d'y croire. Et que c'est plutôt mignon, Coulonges-sur-l'Autize…
nr.niort@nrco.fr
Emmanuel Touron

Source : La Nouvelle République, Deux-Sèvres, dossier : Les guérisseurs sont (toujours) parmi nous, 10 avril 2013

Note du CIPPAD : * Le prénom a été changé