jeudi 13 septembre 2012

Pédophilie : le combat d'un père, au quotidien

Où vit le religieux pédophile ? Cette abbaye possède une hôtellerie monastique très fréquentée
par les personnes désireuses d'y faire retraite.

Apprenant que le religieux condamné pour l’agression de son fils a été mis au vert à l’abbaye de Fontgombault, dans l'Indre, qui accueille des scouts, Olivier s’indigne.

C'est au-delà de la colère. Je me demande ce que l'on attend, que ce religieux fasse d'autres victimes ? Olivier s'émeut, pleure de rage, poursuit son combat. Le frère Luigi de Gonzaga, de son vrai nom Robert San Augustin Gomez, religieux de la Confrérie des Frères Saint-Jean, a été condamné, en février 2012, à dix-huit mois d'emprisonnement avec sursis, assortis de cinq ans de suivi sociojudiciaire, pour l'agression sexuelle entre 2009 et 2011, d'Hector (1), le fils d'Olivier.

L'affaire avait éclaté en 2009, lorsque le religieux était aumônier à l'ensemble scolaire Saint-Joseph de Cognac (Charente), à la communauté Saint-Jean. Hector, alors âgé de 12 ans, était scolarisé dans cet établissement et s'était plaint des agissements de l'homme d'église. Ce dernier avait alors été immédiatement placé sous contrôle judiciaire avec interdiction d'entrer en contact avec des mineurs dès septembre 2009 – une mesure qu'ont confirmée les magistrats dans leur jugement de février 2012.

Le religieux avait quitté le prieuré de la congrégation des Frères de Saint-Jean de Cherves (Charente). Il avait été « mis au vert » à Fley, au prieuré de Rimont (Saône-et-Loire), où se trouve la maison mère.

 Une seconde affaire

Deux ans plus tard, à Cluny, à côté de Mâcon (Saône-et-Loire), un autre jeune garçon âgé de 17 ans, François (1), a déposé plainte contre le frère Luigi pour des agissements similaires (lire par ailleurs). Pour cette nouvelle affaire, le frère Luigi avait été mis en examen et placé en détention provisoire pendant quatre mois, avant d'être remis en liberté sous contrôle judiciaire.

 C'est à ce moment qu'il arrive dans l'Indre. Une seconde fois « mis au vert » par sa congrégation. C'est aujourd'hui à l'abbaye de Fontgombault, dans l'Indre, qu'il attend son nouveau procès. « Est-il cloîtré ? Ne peut-il plus nuire ? Je suis indigné de savoir qu'il est dans un endroit où sont accueillis des scouts, tout l'été », s'emporte Olivier qui attend le procès de cette seconde affaire, toujours à l'instruction au tribunal de Mâcon.

Dans quelles conditions vit ce religieux ? Contacté téléphoniquement, le père abbé de Fontgombault assure : « Nous avons accepté d'accueillir le frère Luigi pour rendre service, dans le respect de ce que la justice impose. Il vit au sein de notre communauté dans des conditions particulières. Il n'a pas accès à l'hôtellerie où sont accueillis les jeunes ».

Alors où vit le frère Luigi ? C'est la question que se pose Olivier aujourd'hui. Habite-t-il dans les petites maisons autour de l'abbaye et surtout fait-il l'objet d'un contrôle et d'une surveillance telle que sa condamnation le suppose comme nous l'a confirmé une source judiciaire ?

Olivier en doute : déjà, dans l'affaire de François, la Confrérie Saint-Jean s'était défaussée, argumentant « que personne ne savait que le religieux sortait du prieuré ». Or, selon l'accusation, c'est lors d'une échappée belle qu'il a agressé le jeune François.

« Aujourd'hui, de nombreux amis m'ont tourné le dos. J'ai dû quitter la région de Cognac. Tant que ce religieux ne sera pas mis hors d'état de nuire, je ne vivrai pas », ajoute Olivier.
Aujourd'hui, Hector a 16 ans. Il se reconstruit, a intégré une école militaire. Olivier, lui, continue de se battre. Pour l'affaire de Cognac, celle d'Hector, la congrégation a payé rubis sur l'ongle les intérêts civils, ainsi que tous les frais de justice, avocat compris. Le frère Luigi, lui, n'a pas interjeté appel de la décision de justice.

 (1) Les prénoms ont été changés.

à suivre

Une seconde affaire d'agression

Le 25 mai 2011, alors qu'il est sous contrôle judiciaire et assigné à résidence, dans l'attente de son procès pour agressions sexuelles, sur Hector, le frère Luigi aurait approché un jeune homme de 17 ans, dans le parc de la célèbre abbaye de Cluny (Saône-et-Loire).
Selon les enquêteurs, il aurait fait boire sa victime et l'aurait finalement attirée dans une chambre d'hôtel pour l'agresser. Le jeune homme aurait réussi à prendre la fuite, avant d'alerter les gendarmes.

la phrase

" Les religieux de la Communauté des Frères de Saint-Jean ont toujours bénéficié d'une complaisance de la part des institutions de l'Église parce qu'ils représentent une variable d'ajustement dans différents diocèses où il manque des prêtres. "

Fondateur des Éditions Golias et rédacteur en chef du magazine éponyme, spécialisé dans l'investigation du champ religieux, Christian Terras a consacré un dossier de 50 pages sur cette congrégation. « La face cachée des petits gris », une enquête sur les dérives théologiques et comportementales des religieux de cette congrégation. Cette publication lui a valu un procès contre le très médiatique avocat de la congrégation, Me Gilbert Collard. A l'occasion du centenaire du père fondateur de la Congrégation Saint-Jean, le père dominicain Marie-Dominique Philippe, Golias va publier à partir de la semaine prochaine toute une série de dossiers sur cette communauté.

repères

L'Église se fâche

En 2000, l'évêque d'Autun de l'époque, Mgr Raymond Seguy, submergé depuis des années de plaintes de familles, a adressé à la communauté une réprimande officielle. Dans le jargon de l'Église, il s'agit d'une monition canonique.
Ce blâme envoyé à partir « de faits vérifiables », avait écrit l'évêque, fait état qu'il a eu connaissance d'une trentaine de « cas lourds, parfois très difficiles ». En mars 2012, après le procès du frère Luigi, Claude Dagens, l'évêque d'Angoulême, appelait les frères de Saint-Jean à « un examen de conscience ».

Une “ croisade ”

Me Lionel Béthune de Moro, avocat du frère Luigi pour l'affaire d'Hector au tribunal de Cognac, assure « qu'aucune décision de justice ne pourra atténuer les sentiments du père. Il mène croisade et stigmatise toute une communauté. La justice n'est pas défaillante puisqu'elle a condamné l'homme qui a agressé son fils. Que le religieux est astreint aux obligations inhérentes au suivi sociojudiciaire, comme à celles du contrôle judiciaire pour la seconde affaire. Des obligations rigoureuses. »

Patricia Lange

Source: La Nouvelle République, Indre, 13 septembre 2012
http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre/Actualite/Faits-divers-justice/n/Contenus/Articles/2012/09/13/Pedophilie-le-combat-d-un-pere-au-quotidien