vendredi 20 juillet 2012

Ronflette. La fac endormie par le préchi-prêcha

La fac de médecine va diplômer les hypnotiseurs, en s'appuyant sur une association présidée par un curé psy. C'est tendance.

Pour la séparation de l'église et de la fac, c'est pas gagné. Le conseil d'administration de l'université de Nantes a voté le 8 juin dernier la création d'un diplôme universitaire d'hypnose thérapeutique en formation continue, en partenariat avec Arepta (Association régionale pour une thérapie active)/ institut Milton H. Erikson de Nantes. Un genre de sous traitance low cost, puisque l'institut palpe 1200 euros par promo de quinze. Euh, l'hypnose ericksonnienne, c'est grave, docteur ? "Cette pratique, non reconnue par le conseil national de l’ordre des médecins et contestée par la plupart des psychanalystes, tend à se développer en France, notamment dans le domaine du traitement de la douleur." [1]

Le coordinateur pédagogique de la future formation universitaire est un certain Wilfried Martineau, formateur d'Arepta et psychiatre du CHU. Le président d'Arepta ? Pierre Jeanne-Julien, un cureton diplômé en psycho à la Catho d'Angers, prêtre depuis 1997 [2], passé par les paroisses de Carquefou et Sucé-sur-Erdre, aumônier des étudiants des classes prépa, puis des prisons tout en exerçant en libéral en ville comme psychothérapeute. Un monsieur qui regrette "des réticences réciproques qui existent entre les religions et les approches thérapeutiques" et qui "favorisent un cloisonnement religion/thérapie"[3]. Tout en se montrant très intéresse par les thérapies spirituelles et sessions de guérison dans les communautés charismatiques, quand ces "moments d’effervescence religieuse entraînent facilement des effets de transe collective et de suggestion très forte avec les résultats que l’on peut en attendre". S'il met bien sûr en garde contre les risques de dérives sectaires - c'est la figure obligée -, le cureton se dit favorable à "faire jouer cette articulation entre thérapie et spiritualité" tout en veillant à "éviter un discours total (totalitaire) qui découlerait d’un mélange des fonctions". Il est arrivé à ce thérapeute de bénitier de proposer à une patiente "de retrouver sous hypnose l’apaisement qu’elle trouvait dans l'ambiance d'une abbaye cistercienne"[3]. Le reste est à l'avenant. Attention au réveil.

Officiellement, pour ces hypnotiseurs, religion et thérapie sont séparées. Un peu. Mais on sent les regrets. Arepta est membre de la Confédération francophone d'hypnose et de thérapie brève qui explique sur son site que "l'hypnose fut connue de tous les temps et sur tous les continents. Elle fut l'outil des prêtres, des magiciens autant que des thérapeutes de tous poils. Son aspect religieux a disparu chez nous. Quoiqu'il y aurait beaucoup à dire des incantations et des onomatopées de nombreux rites religieux, orientaux par exemple, quant à l'état de transe qu'ils induisent. Que dire du chant grégorien ? Des musiques sacrées orthodoxes ? De l'état de conscience particulier de certains lieux de pèlerinages ?". Un conseil, ne tombez pas malade, vous allez vous retrouver à faire des incantations dans un ashram, et à entonner des chansonnettes liturgiques en onomatopées.
 
[1] Le Monde, le 6 mai 2009, à propos du 6e forum de la Confédération francophone d’hypnose et de thérapies brèves (CFHTB) à la cité des congrès de Nantes.
[2] Ouest France, le 20 janvier 2008.
 [3] "Miracle ou thérapie ? Utilisation des croyances religieuses en thérapies brèves" par Pierre Jeanne-Julien, " Hypnoses et thérapies brèves " n°16, février 2010.

Source : La Lettre à Lulu, N° 77 - juillet 2012
http://www.lalettrealulu.com/Ronflette-La-fac-endormie-par-le-prechi-precha_a2237.html

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