lundi 14 janvier 2013

Des soupçons non dénués de fondement

L'ex-infimière pratiquait des lavements. Elle est poursuivie pour exercice illégal de la médecine.

« Consultations en réflexologie plantaire, ayurvéda, reiki, numérologie… » Suivaient le nom de Bernadette T. et son numéro de téléphone. La publicité, parue dans un journal gratuit du Pays rochefortais, à la rubrique « bien-être », a attiré l'attention de celle que l'on appelait encore (en 2009) la Direction départementale de la consommation et de la répression des fraudes.

Ce n'est pas tant les notions très New Age de « transmutation des mémoires cellulaires » ou de « manipulations pyramidales » qui a fait tiquer l'administration, que la mention suivante : « hydrothérapie du côlon par votre praticienne infirmière diplômée ». De là à soupçonner un délit d'exercice illégal de la médecine, il n'y avait qu'un pas qu'elle a allègrement franchi.

Bernadette T. a comparu jeudi devant le tribunal correctionnel de La Rochelle. Infirmière de formation, elle a exercé en libéral pendant une quinzaine d'années, avant de se reconvertir, à 60 ans, dans les « thérapies douces ». « Pour apporter du mieux-être aux gens », dit-elle. Elle a reconnu quelque 300 patients, pardon, clients, à 80 € la séance. « Sans aucune plainte », souligne son avocat, Me Joseph, du barreau de Grenoble.

L'ennui, c'est que son activité principale était « l'hydrothérapie du côlon ». Des lavements, quoi. Qu'elle pratiquait avec canule, bassine et tout le matériel nécessaire « pour éliminer les toxines. » Et ce genre de soin, si un infirmier est habilité à le réaliser, ne peut être prescrit que par un médecin.
« J'ignorais que c'était un acte médical », se défend la sexagénaire. Me Joseph renchérit en plaidant la relaxe : « Des annonces pour l'hydrothérapie du côlon, les journaux en sont pleins. Aucun texte réglementaire ne stipule qu'il s'agit d'un geste médical. »

Pour le procureur de la République, la pratique n'est pas sans danger : « Le risque le plus évident, c'est la perforation du rectum. » Et de requérir six mois de prison avec sursis et 2 000 euros d'amende.
Le tribunal qui n'a pas été convaincu par l'analyse a délivré son propre diagnostic : culpabilité. Son ordonnance : 2 000 euros d'amende, dont la moitié avec sursis pour exercice illégal de la médecine.

Par Pierre-Marie Lemaire

Source: Sud Ouest, 14 janvier 2013
http://www.sudouest.fr/2013/01/14/des-soupcons-non-denues-de-fondement-933576-1391.php#xtor=RSS-10521769