lundi 1 juillet 2013

Un gourou sur le banc des accusés

Justice. Gabriel Loison, thérapeute de pacotille comparaît ce lundi avec son ancienne compagne, devant la cour d’assises de Loire-Atlantique. Sexe, secte, argent et plaies à vif.

L’ancien professeur d’université nantaise s’est démené 
pour débusquer Gabriel Loison et sa compagne. Archive PO
Embrigadée avec sa famille dans un groupe sectaire, une ado de la région a dénoncé des faits de viol. Procès.

Au commencement de l’affaire, en 2010, il n’y eut que l’indicible. De vagues soupçons, l’inquiétude d’un grand-père.

 « Les parents sont sortis de leur bulle et ont enfin ouvert les yeux »

« Les parents de ma petite-fille sont entrés en contact avec Gabriel Loison sous couvert de préoccupations écologiques » rappelle cet ancien professeur de l’université de Nantes. Ils fréquentaient un magasin bio à Saint-Brévin (Ndlr : fermé depuis) dont le responsable vantait les conférences de Gabriel Loison. »
A la faveur de colloques, le maître de cérémonie, 71 ans alors, autoproclamé sociologue, psychologue, fondateur de l’université de la relation, a séduit son auditoire en parlant d’alimentation saine, de culture biologique.
Puis, très vite, il a théorisé sur l’éducation des enfants, la relation entre hommes et femmes, ou la culture maya. Avec Julie Baschet, sa compagne de l’époque, il a proposé des formations payantes à l’étranger. Les disciples ont suivi : au Maroc, en Espagne ou encore au Costa Rica. Là, Gabriel Loison s’improvisait thérapeute proposant des séances d’initiation portées sur le sexe en groupe. La petite fille de l’universitaire nantais, alors âgée de 13 ans, en a fait les frais. Une plainte a été déposée après que l’adolescente a rapporté des faits de viols. « Les parents sont sortis de leur bulle et ont enfin ouvert les yeux sur la réalité de ce pseudo-enseignement », énonce une source proche du dossier. Une Morbihannaise de 30 ans a dénoncé des crimes similaires.

Photos explicites
Le gourou et son assistante ont été cueillis à leur retour de Caracas le 26 mars 2011. Au cours de la perquisition opérée à leur domicile, les enquêteurs ont saisi un ordinateur à partir duquel ils ont exhumé des photographies de scènes explicites. La famille de l’adolescente nazairienne, défendue par Me Yvon Chotard, sait que le procès prévu à partir de ce lundi sera inévitablement douloureux.
« C’est important pour ma petite-fille de se voir reconnue comme victime, dit son grand-père. J’espère que le procès amènera Gabriel Loison à prendre conscience de la monstruosité de ce qu’il a fait ».
Me Thibaut Rouffiac, avocat de Gabriel Loison, ne conteste pas les faits de corruption de mineure et les relations qui ont suivi mais réfute tout « dérive sectaire », assénant : « On met sur le dos de mon client un costume de soi-disant gourou car on trouve qu’il n’y a pas de charges pour justifier son renvoi devant une cour d’assises ».

 Yan Gauchard

ECLAIRAGE

Les vies sulfureuses de Gabriel Loison
A Saint-Brévin, la fondation a longtemps 
sévi avenue Brizeux avant dissolution.
Plainte. A Saint-Brévin, il est apparu sous le nom de Gabriel Yves, Gabriel Loison, natif de Cherré (Maine-et-Loire), entendait masquer un passé encombrant. L’homme était déjà connu pour avoir été le gourou d’un mouvement baptisé « Les jardins de la vie », dans le sud de la France. L’association avait été dissoute après avoir été répertoriée comme secte par une commission parlementaire en 1995. Auparavant, Gabriel Loison avait bénéficié d’un non-lieu dans une enquête portant sur la mort de deux stagiaires, des suites d’une chute accidentelle. En avril 2011, le parquet de Nantes indiquait que le mouvement de l’université de la relation relevait « de la définition de la secte », même s’il n’était pas répertorié comme tel. Trois autres femmes ont déposé plainte pour viol contre lui dans le cadre de ses activités mais ces faits sont instruits dans le cadre d’une autre procédure pénale.



La traque des groupes sectaires
Vigie. En Loire-Atlantique, les agissements de Gabriel Loison et l’activité de l’université de la relation, fondée en 1996, ont été suivis de près par Dominique Hubert, présidente de l’Association de défense des familles et de l’individu victimes de sectes à Nantes (photo). La soi-disante université a compté jusqu’à 200 membres. Les relais de Gabriel Loison dans le département  répondent désormais aux abonnés absents. Officiellement, l’association Portefort, organisatrice de conférences au cours desquelles Gabriel Loison recrutait de nouveaux adeptes, n’est plus active. Quinze adeptes avaient suivi l’ultime stage organisé au Costa-Rica, avant l’arrestation du gourou. 



L’ex-compagne espère l’acquittement
Maître Olivier Morice, avocat de Julie Baschet, placée sous contrôle judiciaire depuis le 7 février 2012. Photo DR
 
Victime, démiurge ? Jule Baschet, bras droit de Gabriel Loison, soutient avoir été sous son emprise mentale.
Longtemps, Julie Baschet, 39 ans à ce jour, ancienne amante de Gabriel Loison, a épousé la posture de son maître, ne voyant pas le mal à avoir eu des relations sexuelles avec des disciples, notamment avec une mineure de 13 ans, estimant que ces actes étaient orchestrés « dans un but éducatif ».
La jeune victime parle d’ailleurs de Julie Baschet comme d’«une femme autoritaire », confiant aux enquêteurs : « si quelqu’un doutait, elle était la première à élever la voix (…) Elle faisait le plus peur, avec elle on n’avait pas envie de contredire le groupe ».
Revirement le 25 janvier 2012 : Julie Baschet, alors placée en détention provisoire, exprime des remords et sa volonté de rompre avec Gabriel Loison. Deux experts évoquent « une femme intelligente, exempte de toute pathologie psychiatrique » qui « adhérait sur un mode quasi fusionnel à la doctrine de l’université de la relation ».
Me Olivier Morice, avocat de l’intéressée, va plaider l’acquittement sur la base d’une nouvelle expertise commanditée au professeur de psychiatrie Marc Peyron. Ce rapport décrit Julie Baschet, ancienne illustratrice jeunesse, comme « extrêmement fragile », souffrant d’anorexie.
Cible « idéale pour un prédateur-gourou », dit Marc Peyron, pour qui Julie Baschet était « sous emprise mentale ». Selon ce raisonnement, cet « état d’assujettissement a eu pour effet d’abolir son jugement et d’altérer son sens critique » et Julie Baschet ne serait ainsi « pas accessible à une sanction pénale ».
« Elle a vu la lumière, persifle Me Thibaut Rouffiac, avocat du principal accusé, qui dénonce une défense de circonstance. A l’heure du procès, elle charge à mort Gabriel Loison ».
Y.G.

L’info en plus

Huis clos probable, report possible
Sauf rebondissement, le procès de Gabriel Loison et de Julie Baschet se déroulera à huis clos, à la demande des parties civiles, la victime originaire de la région nazairienne étant mineur au moment des faits (Ndlr : elle aura 17 ans en fin d’année).
Le procès pourrait aussi être ajourné dès ce lundi du fait de la nouvelle expertise psychiatrique produite en défense par l’avocat de Julie Baschet, sujette à contestation, mais aussi en raison des très nombreux témoins – parmi lesquels Georges Fenech, député UMP du Rhône, ancien président de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et lutte contre les dérives sectaires) – que souhaitent citer les avocats de la défense.

Yan Gauchard

Source : Presse-Océan, lundi 1er juillet 2013