mardi 2 octobre 2012

Le rebouteux avait soulagé une famille de ses économies : six mois avec sursis

Il prétendait avoir un don le Tony, improbable thérapeute spécialisé dans l'imposition des mains. C'est tout juste si le Bizanosien ne laissait pas entendre qu'il pouvait faire des miracles. En tous cas, il prenait ostensiblement le soin de le faire dire par des anciens patients. Et comme un peu de vernis ne nuit pas à une réputation, n'avait-il pas même confié à demi-mots à qui voulait l'entendre qu'il avait pratiqué ses bienfaisantes manipulations sur Annie Cordy, la Tata Yoyo à la pêche d'enfer?
En septembre 2007, le malheur frappe à la porte d'une famille de Peyrehorade. Les toubibs ont diagnostiqué chez le mari la maladie de Charcot à l'issue fatale irrémédiable. L'épouse veut croire que la médecine parallèle peut le tirer d'affaire.
Elle a entendu parler d'Antoine R, le rebouteux. Quand celui-ci se déplace au domicile landais du cas désespéré, il a les yeux plus gros que le pronostic: "Je vous sors de là à 100%" qu'il assure au malade en présence de sa femme et de ses deux garçons. Il dit qu'il va venir tous les jours, sauf les week-ends. Pendant dix mois, jusqu'au 1er juin 2008, il fait la navette le grand sorcier qui traite, avec son super fluide pour tout médoc, le malheureux sur la table du salon ou dans la baignoire. Il tente aussi de faire marcher le paralysé.
-"J'y ai cru jusqu'au dernier jour" témoigne, désabusée, la veuve. - "J'ai vu mon père souffrir le martyre" s'insurge l'un des fils. A la barre, le septuagénaire renâcle, rectifie, tergiverse, proteste de sa bonne foi. Il dit qu'il ne promettait rien. Qu'il n'aime pas le mot guérisseur. Qu'il avait fait signer une décharge. Qu'il n'avait pas caché à la fin qu'il ne pouvait plus rien faire... Qu'il n'agissait que par l'imposition des mains. Sans se soucier d'ailleurs, entre parenthèses, jusqu'au redressement, de son imposition sur le revenu...
Qu'il était là, fait-il encore, "non pas pour guérir mais pour soulager". Il y est parvenu en partie, le bougre. En siphonnant les économies de la famille qui a craché au bassinet la bagatelle de 33.000 euros. Elle en réclame 25.000 en dommages et intérêts.
Pour la partie civile trop crédule et qui se sent dupée, Me Marc Azavan dénonce la tromperie, la commission d'actes médicaux, et de prescriptions curatives sans diplôme. Et demande au tribunal, "pour cet abus d'état de faiblesse et de détresse", le juste prix de la douleur contre l'applicateur de cataplasmes sur jambes de bois.
-"Peut-on parler d'acte médical quand la médecine ne peut plus rien"? lance Me Jean-Paul Malherbe qui, en contestant la recevabilité de la partie civile, plaide la dispense de peine pour son client qui vit modestement. Le tribunal confirme les réquisitions de la procureure Caroline Parizel en condamnant le Diafoirus à 6 mois de prison avec sursis. Et suit en partie la défense en estimant irrecevables les prétentions de la partie civile, en l'absence de lien de causalité avec l'infraction. Décryptage: si l'exercice illégal de la médecine est sanctionné, l'escroquerie n'a pas été visée et le préjudice invoqué est donc du ressort du civil.
Source : La République des Pyrénées, 2 octobre 2012,
http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2012/10/02/le-rebouteux-avait-soulage-une-famille-de-ses-economies,1099798.php