jeudi 17 octobre 2013

Cinq ans de prison pour la gourou de la secte de Lisieux



Condamnée en première instance à quatre ans de prison ferme par le tribunal de Lisieux, Françoise Dercle, gourou présumée de la secte du Parc d'Accueil a comparu devant la cour d'appel de Caen. Cette fois, elle a été condamnée à cinq ans de prison ferme. 

Le 22 janvier, le tribunal correctionnel de Lisieux avait condamné Françoise Dercle à cinq ans de prison, dont quatre fermes et à 495.000 euros de dommages et intérêts. La gourou présumée de la secte du Parc d'accueil de Lisieux avait fait appel de cette décision, uniquement pour ce qui concerne le volet pénal, et l'affaire a été jugée par la Cour d'appel de Caen, en ce début de semaine.

Contrairement au procès de première instance, la porte de la salle d'audience du palais de justice de Caen est restée ouverte au public et à la presse.

Le président Ody a retracé le calvaire des adeptes tombés dans le piège de la secte du Parc d'accueil entre 2002 et 2007 à Lisieux : “On va s'apercevoir au fil de l'en quête que toutes les personnes seront soumises. Elles devront se débarrasser des démons de l'argent, pour la pureté de l'esprit, à votre profit. Ce sont 400.000 euros qui vont passer du patrimoine des membres à votre patrimoine personnel…” Dont 60.000 pour une seule des 21 victimes officiellement recensées. “La part de Dieu, réincarnation du Saint-Esprit, ou tout simplement décision de Françoise, vous avez pompé l'argent des membres de l'association à votre seul profit”.

L'argent, n'est pas le seul point noir dans le dossier. Il y a aussi les humiliations. Comme cette adhérente autorisée à se rendre aux obsèques de sa grand-mère uniquement si elle a un rire hystérique tout au long de la cérémonie…

RELATIONS SEXUELLES IMPOSÉES

Sans parler des “mêlées célestes”, où les membres de la secte doivent se précipiter sur Françoise pour l'embrasser sur la bouche, les “cœurs à cœur” où l'on doit avouer ses fautes publiquement. Mais le pire reste sans doute les séances de “navigation”, où des relations sexuelles sont imposées avec la volonté de séparer les couples. Une mère a même été obligée d'avoir une relation sexuelle avec un de ses fils, handicapé mental. Le président a d'ailleurs rappelé à Françoise Dercle que la complicité de viol aggravé n'était pas loin.

Françoise Dercle ne se démonte pas devant la cour : “Pour moi, votre histoire n'est pas mon histoire…”
“L'argent, c'est vrai ou ce n'est pas vrai ?”, s'impatiente le président. Françoise Dercle e n vo i e un é c ra n de fumée : “Vous me présentez comme un gourou. Je n'ai jamais attiré les gens, on faisait un chemin spirituel. Lorsque j'avais 28 ans, j'ai rencontré le Saint-Esprit. J'ai vécu autre chose qui m'a changé personnellement.”

Le président Ody relance Françoise Dercle sur “l'appartement de Lisieux où vous rencontriez votre amant. Qui payait les loyers de cet appartement où vous faisiez vos galipettes ?” La prévenue reste une fois de plus évasive et embrume la cour : “Je ne suis pas la reine. Mais nous étions arrivés à un état tellement fort du Saint-Esprit et de l'amour que l'on retire tous les concepts de notre cerveau”.
“Votre fille ne vous appartient plus” . Mardi matin, au deuxième jour du procès, le père d'une victime se souvient de ces mots prononcés par Françoise Dercle en 2002.
A la barre, il relate le quotidien de sa famille pendant cette période.

“Notre fille a commencé par s'absenter en se rendant régulière ment à Lisieux”. En 2002, le couple décide de rendre visite à leur enfant. “ E n arrivant, nous la découvrons dans un état pitoyable. Elle passe alors aussi tôt un coup de fil à une femme. Cette dernière débarque chez notre fille et nous annonce qu’elle appartient désormais à une autre famille” .

“LE SKETCH EST TERMINÉ MADAME”

Dans la salle d'audience, le chef de famille oriente son regard vers la prévenue de 57 ans. “A ce moment là, nous avons su que notre fille était embarquée dans un mouvement sectaire” . Deux ans après, la famille de la jeune femme signale les faits à un avocat d'Angers. “ Ils ont croisé le chemin du malheur”, signale ce dernier, “leur fille a subi des violences, des spoliations et des viols. Le sketch est terminé madame”.

Les plaidoiries des avocats de la partie civile s'enchaînent. Sans langue de bois. “Vous êtes une crapule”, “quelqu'un de violent”, “une personne froide”. Françoise Dercle se terre dans son silence. Seuls quelques haussements de sourcils témoignent de son étonnement.

“Là où nous voyons des viols et des incestes, vous voyez l'effusion du Saint Esprit. Et l'esprit saint ça commence à suffire !”, lâche le président du tribunal, excédé par la prévenue qui “ne cesse de contourner les questions mais n'y répond pas”.
C'est à la prévenue de prendre la parole : “je ne suis pas capable de changer les gens comme ça. Il y avait un accord entre eux et moi”.

Dans ses réquisitions, l'avocat général requiert la peine maximale : cinq ans ferme. Pour la défense, la quinquagénaire est un être humain comme les autres : soumise à des déviances naturelles. “Oui, elle a des failles narcissiques mais aujourd'hui, elle a compris ses erreurs”, explique maître Eric Schneider, son avocat.

Hier mercredi, la Cour d'appel a suivi les réquisitions du parquet et condamné Françoise Dercle à cinq ans de prison ferme. La gourou du “Parc d'accueil” était absente de la salle d'audience au moment de l'énoncé du jugement. Un mandat d'arrêt a donc été décerné à son encontre.

E. A. et F. L.

Source : Liberté - Le Bonhomme Libre, 17 octobre 2013