mardi 15 octobre 2013

Françoise Dercle : Je ne suis pas la reine

Condamnée à quatre ans de prison ferme par le tribunal de Lisieux, Françoise Dercle, gourou présumée de la secte du Parc d'Accueil comparaît devant la cour d'appel de Caen. Trois jours de procès sont prévus.
 
Le procès en appel de Françoise Dercle, gourou présumée de la secte du Parc d'accueil de Lisieux, a commencé hier lundi, en début de matinée à Caen. L'ex professeur d'anglais des Orphelins apprentis d'Auteuil a fait appel après le jugement du tribunal correctionnel de Lisieux la condamnant à cinq ans de prison, dont quatre fermes et à 495 000euros de dommages et intérêts. L'appel ne concerne que le volet pénal du dossier.
Contrairement au procès de première instance, la porte de la salle d'audience du palais de justice de Caen est restée ouverte au public et à la presse.
Le président Henri Ody a retracé le calvaire des adeptes tombés dans le piège de la secte du Parc d'accueil entre 2002 et 2007 à Lisieux : « On va s'apercevoir au fil de l'enquête que toutes les personnes seront soumises. Elles devront se débarrasser des démons de l'argent, pour la pureté de l'esprit, à votre profit. Ce sont 400 000euros qui vont passer du patrimoine des membres à votre patrimoine personnel ». Dont 60 000 pour une seule des 21 victimes officiellement recensées. « La part de Dieu, réincarnation du Saint-Esprit, ou tout simplement décision de Françoise, vous avez pompé l'argent des membres de l'association à votre seul profit ».
Relations sexuelles imposées

L'argent n'est pas le seul point noir dans le dossier. Il y a aussi les humiliations. Comme cette adhérente autorisée à se rendre aux obsèques de sa grand-mère uniquement si elle a un rire hystérique tout au long de la cérémonie... Sans parler des «mêlées célestes», où les membres de la secte doivent se précipiter sur Françoise pour l'embrasser sur la bouche, les « cœurs à cœur » où l'on doit avouer ses fautes publiquement. Mais le pire reste sans doute les séances de « navigation », où des relations sexuelles sont imposées avec la volonté de séparer les couples. Une mère a même été obligée d'avoir une relation sexuelle avec un de ses fils handicapé mental. Le président a d'ailleurs rappelé à Françoise Dercle que la complicité de viol aggravé n'était pas loin. Françoise Dercle ne se démonte pas devant la cour : « Votre histoire n'est pas mon histoire... »
« L'argent, c'est vrai ou pas ? », s'impatiente le président. Françoise Dercle envoie un écran de fumée: «Vous me présentez comme un gourou. Je n'ai jamais attiré les gens, on faisait un chemin spirituel. Lorsque j'avais 28 ans, j'ai rencontré le Saint-Esprit. J'ai vécu autre chose qui m'a changé personnellement. »
Amour, Saint-Esprit...

Le président Ody relance Françoise Dercle sur « l'appartement de Lisieux où vous rencontriez votre amant, directeur du lycée. Qui payait les loyers de cet appartement où vous faisiez vos galipettes ? » La prévenue reste une fois de plus évasive et embrume la cour : « Je ne suis pas la reine. Mais nous étions arrivés à un état tellement fort du Saint-Esprit et de l'amour que l'on retire tous les concepts de notre cerveau ».
Suite des débats ce mardi à la cour d'appel de Caen. Avec les plaidoiries des parties civiles, de l'avocat général Marc Faury. Maître Schneider, avocat de la défense, qui avait plaidé en silence en première instance, prendra cette fois la parole. Lundi matin, avant l'ouverture de l'audience, Maître Schneider confiait que «quatre ans de prison ferme est une peine inadaptée à la personnalité de madame Dercle ».
F. L.
Source : Le Pays d’Auge, 15 octobre 2013