lundi 14 octobre 2013

« Les procès visant des sectes sont rares »

Aujourd'hui s'ouvre à Caen le procès en appel de la femme gourou de Lisieux, poursuivie pour abus de faiblesse. Les mouvements sectaires restent difficiles à repérer et à suivre.
Entretien
Catherine Picard. Présidente de l'Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu victimes de sectes (Unadfi), coauteure de la loi About-Picard sur l'abus de faiblesse.
Des procès visant des sectes sont-ils fréquents ?

Il y en a très peu, quatre ou cinq par an : Néo-Phare à Nantes, Mouvement du Graal dans le Nord... Les affaires sont très difficiles à mettre au jour. Il faut un long travail d'enquête, un suivi des victimes, du conseil avec les avocats. C'est la mission des vingt-neuf ADFI en France.
À quoi ressemblent les sectes aujourd'hui ?
Elles sont très petites. Quelques per- sonnes. Elles peuvent changer de nom tous les trois ans, si bien que c'est très difficile de les suivre. L'objectif des gourous : se placer au plus près des demandes de leurs futures victimes. Un certain nombre de « faiseurs de techniques », technique médicale, scientifique ou thérapeutique, vont, petit à petit, passer les personnes sous leur emprise.
Comment ?
 
L'affaire de Lisieux est exemplaire car elle montre précisément les différentes étapes. D'abord une phase de séduction, ensuite la captation financière, puis la rupture familiale qui crée de l'isolement. Et enfin la dégradation de la personne.
Dans son dernier rapport, la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance
et de lutte contre les dérives sectaires) met en garde
 contre la « cible de choix » 
que représentent les personnes âgées...
Elles le sont, comme les mineurs, les personnes malades, les femmes enceintes ou les personnes handicapées. L'influence de certains intervenants extérieurs dans les maisons de retraite - formateurs, animateurs... - nous préoccupe. La santé est l'un des domaines sur lequel nous avons travaillé pour une mission parlementaire. Par exemple : l'hypnose, médicalement encadrée, est un atout pour la médecine. Pratiquée par un charlatan, elle peut poser problème.
Comment l'entourage vit- il ces situations ?

On ne parle jamais des co-victimes : de la famille, des amis, qui se sentent humiliés, culpabilisent de n'avoir rien vu. Pour eux aussi, ce sont des blessures qui mettront du temps à cicatriser.
Recueilli par Yann-Olivier BRICOMBERT.
Source : Ouest-France, 14 octobre 2013