lundi 11 novembre 2013

Deux victimes de la secte de Lisieux racontent leur calvaire dans un livre

Eric et Julie Martin, deux victimes de la secte de Lisieux, ont décidé de raconter leur calvaire. Avec la plume du journaliste Manuel Sanson, ils évoquent douze années en enfer dans un livre intitulé « Cinq ans de cauchemar, un couple dans l'enfer des sectes » (City Editions).
 
Quelques semaines après l'arrêt de la cour d'appel de Caen (mercredi 16 octobre) qui a condamné Françoise Dercle, gourou de la secte de Lisieux, à cinq ans de prison ferme, Eric et Julie Martin (prénoms et noms d'emprunt), en collaboration avec le journaliste Manuel Sanson publient un livre intitulé Cinq ans de cauchemar, un couple dans l'enfer des sectes.
« On nageait dans le délire... » Des années ont passé depuis la première rencontre entre Eric etJulie Martin et Françoise Dercle. Des années qui n'ont pas effacé le temps perdu. Loin de là. Outre le besoin de témoigner, ils veulent aussi que ce livre soit un signal d'alarme pour celles et ceux qui risquent de se faire embrigader dans un cercle infernal. Comme eux, au début des années 2000. « C'est allé très vite, confie Julie, en trois semaines on a perdu notre libre arbitre. Françoise Dercle a du charisme, une forte capacité de séduction. C'est le système du prédateur qui sait où taper ».
Un coup de massue
Pourtant, avant d'avoir le statut de victime, Eric et Julie ont senti passer le souffle du boulet de l'injustice. « On faisait partie des sept personnes mises en examen au début de l'affaire ». Eric a même été placé en garde à vue et accusé à tort d'agressions sexuelles. Avant qu'un non lieu ne soit finalement prononcé. Mais il a fallu du temps pour faire éclater toute la vérité. « Heureusement, la police a bien fait son travail et j'ai pu prouver mon innocence. Mais je me suis retrouvé plus bas que terre. Cela a été comme un coup de massue. Je crois que je me serais suicidé. Notre vie a été mise entre parenthèse pendant douze ans ».
« J'ai mal partout »
Une parenthèse qui s'ouvre il y a une douzaine d'années lorsqu'Eric et Julie, qui ne se connaissent pas encore, mais qui traversent une période difficile, entendent parler de Françoise Dercle comme quelqu'un de « formidable, d'accueillant, qui peut t'aider à résoudre des problèmes ». « On avait besoin d'une béquille. En fait nous avons rencontré la mauvaise personne au mauvais moment ».
Au fil des pages, Eric et Julie racontent leur calvaire. « Françoise décidait de tout. Jusqu'à nous interdire de nous marier. On était des zombis... »
S'ils sont sortis de cet enfer, les plaies ne sont pas totalement cicatrisées. « Depuis 2007, j'ai mal partout », confie Eric.
Ecrire le livre n'a pas été une mince affaire. Pour une simple question de confiance. « Cela n'a pas été évident de trouver quelqu'un qui nous écoute. On avait l'impression que tout le monde nous regardait de travers. Il ne faut pas oublier que l'on nous a retiré les meilleurs moments de la vie. »
Et puis il y a eu la rencontre avec Frédéric Veille, correpondant de RTL dans l'ouest de la France qui les a mis en relation avec Manuel Sanson pour prendre la plume. Le courant est tout de suite passé. Une condition indispensable pour relater le chemin de croix d'Eric et Julie.
La tête la première dans l'horreur et l'absurde
« Les codes qui régissent la vie de tous les jours n'existaient plus. Nous avons plongé la tête la première dans l'horreur et l'absurde. Les consignes étaient claires. Tout devait passer par Françoise. Même pour acheter du shampoing ». Julie n'est autorisée à se rendre à l'enterrement de sa grand-mère que si elle a des rires hystériques pendant la cérémonie. Eric ne peut aller au mariage de son frère que s'il a une tête... d'enterrement.
 Sans parler des fameuses et surtout sordides navigations dans la maison de la rue Rose-Harel. Les premières leçons pour apprendre à se toucher le corps ont eu lieu près du lac de Pont-l'Evêque.
 « Il a fallu que l'on passe à la navigation , ajoute Eric. Et on avait intérêt à être actif, sinon on prenait une danse. Et personne n'a bougé, c'est cela le pire. Quelque chose s'est déconnecté dans notre tête. Françoise disait que l'on pouvait partir à tout moment mais tout était fait pour nous retenir ».
Il a fallu le flair de l'employeur d'un des adeptes de la secte pour mettre un grain de sable dans l'infernal engrenage. « Heureusement que cela s'est arrêté, reconnaît Eric. Cela ne sentait pas bon. Je ne sais pas jusqu'où cela aurait pu aller ».
« Nous sommes repartis de rien »
Le réveil a été des plus brutal pour le couple. « Nous sommes repartis de rien. Avec seulement 800 euros en poche. Nous nous sommes retrouvés à la rue. On nous a quand même autorisés à aller provisoirement dans l'appartement de la rue Paul-Ouvry à Lisieux ».
Avec ce livre, Eric et Julie veulent lancer un message. « Se servir de ce témoignage pour dire que tout le monde peut tomber dedans à n'importe quel moment. On peut difficilement dire à quel moment cela s'est fait pour nous ».
Eric et Julie sont néanmoins amers : « 60 000 euros ont été pillés sur nos comptes. Il nous faudrait une expertise psychologique pour prouver que nous avons au moins perdu un pour cent de nos capacités. On nous la refuse ». Churchill disait : « Si vous traversez l'enfer, surtout continuez d'avancer ». C'est ce que font courageusement Eric et Julie.
Cinq ans de 
Cinq ans de cauchemar, un couple dans l'enfer des sectes. Par Eric et Julie Martin avec Manuel Sanson.
238 pages. City Editions. 16,50 euros.
F. Leterreux
Source : L’Eveil de Lisieux, 6 novembre 2013