vendredi 6 décembre 2013

Gare aux thérapeutes déviants !

Appelée Cippad pour "Centre d'Information et de Prévention sur les Psychothérapies Abusives et Déviantes", elle a concentré sa veille et ses investigations sur le secteur de la santé. Car le constat dressé par Lionel Gauguin, Segréen qui préside le Cippad depuis sa création, est clair. Il est aussi en phase avec l'analyse de la Mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), avec laquelle il collabore. Ce constat, c'est que le domaine de la santé concentre aujourd’hui les plus grandes inquiétudes. «Les grosses entités comme la Scientologie ou les Témoins de Jehovah nous posent moins de soucis que la prolifération de microstructures ésotériques et guérisseuses, qui exploitent le domaine des thérapies, des psychothérapies et du développement personnel », explique Lionel Gauguin.
Rançonnement et aliénation des individus
Le problème qui se pose est simple et il justifie l'emploi des termes "dérives sectaires" : des pseudo-guérisseurs malintentionnés usent de leur art à des fins d'aliénation et de rançonnement des individus. Ces techniques sont diverses. Elles ont pour point commun l'exercice d'une emprise intellectuelle et morale qui peut aller jusqu'à mettre en danger la vie du client (voir encadré ci-dessous). Pour être concret, en 2002, juste après sa création, le Cippad a permis de démanteler un réseau de quatre thérapeutes (ostéopathe, homéopathe et sophrologues), installés dans le Segréen et près d'Angers, qui se renvoyaient les clients comme dans une partie de ping-pong. Ces derniers usaient de pratiques douteuses telles le désenvoûtement ou encore l'hypnose.
Tous les praticiens ne sont pas suspects
Pour le président du Cippad, qui s'est exprimé mardi 3 décembre, à l'occasion d'une conférence à Angers, au côté du docteur Serge Blisko, président de la Miviludes, il ne s'agit pas de dénoncer en masse tous les thérapeutes et tous les praticiens de médecines parallèles. Nombre d'entre eux font un travail louable. Il s'agit d'être conscient que « leur multiplication constitue un terreau favorable au développement de graves dérives ».
En 2006, Lionel Gauguin a été auditionné par le Sénat. Il était alors établi par la chambre haute du Parlement que le nombre de thérapeutes autoproclamés doublait tous les cinq ans. L'utilisation de ce titre a été réduite par la législation. Mais d'autres termes l'ont remplacée. « Quand on voit la diffusion des pratiques ésotériques en sud-Mayenne, mais aussi dans le Segréen et même dans l'ensemble de Maine-et- Loire, on a quelques craintes pour l'avenir », affirme Lionel Gauguin. Il suffit de regarder les comptoirs de nombre de magasins sur lesquels on voit fleurir des cartes de visite aux libellés souvent ésotériques. Vu l'ampleur du phénomène, le travail de veille du Cippad s'intensifie. Plus de dix ans après sa création, considérant les risques encourus par ses concitoyens, Lionel Gauguin rompt partiellement avec l'habitude de silence qu'il avait prise : « Ce problème diffus impose une autre stratégie. Avec quelques articles de presse nous pouvons encourager à la vigilance, faire connaître des structures qui conseillent et ainsi éviter des drames personnels et familiaux...»
Armel de Sansal
Source : Extrait de l'article publié dans le Haut Anjou, vendredi 6 décembre 2013