mardi 10 décembre 2013

Réflexologie - Non-lieu en vue pour les pieds de Georges Tron

Adepte de tripotage de pieds de femmes à outrance, certes, mais pas violeur. C'est la conclusion à laquelle sont parvenus les juges d'instruction en charge du dossier contre le maire UMP de Draveil (Essonne), Georges Tron. Selon des informations obtenues par Libération, les juges doivent transmettre ce matin leur ordonnance de fin d'instruction concluant à un non-lieu à son égard comme à celui de son ex-adjointe chargée de la culture, Brigitte Gruel, également mise en examen pour «viols et agressions sexuelles en réunion». Une décision conforme aux réquisitions du parquet, rendues au mois de mai. Georges Tron, 54 ans, est accusé depuis deux ans et demi par deux anciennes employées de sa commune. L'affaire, révélée le 24 mai 2011, soit dix jours après l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn pour agression sexuelle à New York, lui avait coûté son poste de secrétaire d'Etat chargé de la Fonction publique (il a dû démissionner), puis son siège de député, puisqu'il a été battu aux législatives de 2012.
Elle repose sur les plaintes de deux femmes, Virginie F. et Eva L., dénonçant des gestes de nature sexuelle (caresses et pénétration digitale) qu'aurait eus Georges Tron lorsqu'il leur «imposait» des massages de réflexologie plantaire. Georges Tron, qui admet les massages de pieds, mais a toujours nié toute relation sexuelle, dénonce un «complot politique». Selon lui, ces accusations seraient liées à un contentieux immobilier l'opposant à la famille Le Pen à Draveil. L'enquête a confirmé certaines proximités entre les plaignantes et le Front national. Notamment le fait qu'elles aient reçu pour leur action en justice des conseils de la part de Jacques Olivier, ancien conseiller en communication du Front national et frère jumeau de Philippe Olivier, marié à Marie-Caroline Le Pen et lui aussi ancien cadre du Front. Les deux frères Olivier vivent à Draveil et s'opposent effectivement de longue date à Georges Tron dans un conflit de nature immobilière.
L'ordonnance, qui a été particulièrement longue à établir (sept mois depuis les réquisitions), devrait préciser ces points. Elle pourrait également éclaircir certains soupçons sur la pratique intensive du massage de pieds par Georges Tron, ainsi que sur ses rapports avec ses collaboratrices. Dans ses réquisitions de mai, le parquet avait tenu à souligner le goût «prononcé» du maire «pour les femmes, et sa propension à se faire remarquer d'elles grâce à un physique avantageux, des manières, un certain charisme lié à sa personne, ses mandats et les moyens qu'ils offrent (logement, emploi, carnet d'adresses) ». Dans le cadre de l'enquête, presque une quarantaine de femmes ont déclaré avoir subi, de manière plus ou moins consentie, des massages de pieds de la part de Georges Tron. Comportements «totalement inappropriés», «prémédités et tirant profit de la situation de faiblesse ou de dépendance d'autrui», donc «condamnables sur le plan moral», selon le parquet. Mais pas constitutifs d'une infraction pénale.
Par ONDINE MILLOT
Source : Libération, 10 décembre 2013