jeudi 27 février 2014

Ile de La Réunion - De la voyance au chantage : Six mois ferme pour une (mauvaise) truqueuse

Avant, elle sévissait sous le pseudonyme de "Kali" et faisait dans la voyance. "Mais elle devait mal voir", souligne malicieusement la présidente Corrine Peinaud qui s’interdit de sourire en déroulant le curriculum vitae judiciaire de Karine*. Car la dame savante a changé de métier mais n’en apporte pas pour autant la bonne aventure à ses confiantes victimes.
Déjà condamnée pour escroquerie, non représentation d’enfant, menaces diverses et outrages à agent, Karine décide de transporter son terrain de jeu dans le sud. Elle décide de créer une agence de conseils et événementiels commerciaux, notamment pour l’accueil des touristes aux aéroports. Roulèrs, maloya, samoussas, colliers de fleurs, voilà l’avenir.
Elle se lance dans l’embauche à tour de bras par le biais du Pôle Emploi pour que ça fasse plus vrai et reçoit les volontaires au Café de la Gare, à Saint-Pierre. "Drôle d’endroit pour une rencontre", qui ne met la puce à l’oreille d’aucun des candidats. Huit personnes sont ainsi recrutées, comme cadres s’il vous plaît, avec promesse ferme de CDI à court terme. Pas de siège social, pas de déclaration de société, les rencontres des premiers jours se font toujours au même Café puis dans un local vide comme la main. Chaque jour ils courent le terrain à la chasse aux bons coups touristiques.
Pour "agrafer" ses employés, Karine se fait assister par une soi-disant déléguée du Pôle Emploi et leur fait même signer une Charte de confidentialité ! Puis le local disparaît et, au bout de trois semaines entre chat et souris, les trop naïfs candidats reçoivent des e-mails de licenciement. Procédure légale comme chacun sait.
Le problème est que nombre de ces personnes ont abandonné des emplois (même précaires) et des formations pour plonger dans le mirage des gros salaires et autres CDI. Ils portent plainte. Les enquêteurs découvrent sans surprise que Karine n’a même jamais déclaré sa société au Registre du commerce.
Mais elle a besoin d’argent et, pour parer au plus pressé, jette son dévolu sur M. X... qui vient d’être nommé référent de l’UMP au Tampon par le président de ce mouvement.
Prétextant un problème d’ordre familial, elle contacte le référent pour inscrire son enfant dans une autre école que celle prévue par la carte scolaire. Solliciter une instance politique pour une affaire d’école primaire, voilà qui n’est pas vraiment logique, diront les mauvais esprits. Mais le digne homme ne voit rien venir : forcément, la voyante, c’est elle.
De prise de contact en rendez-vous, que voulez-vous qu’il advînt ? Ils se retrouvèrent un soir dans un nid douillet. Le lendemain, au saut du lit, elle envoie un texto à son amant d’une nuit : "Tu me files 15.000 euros ou je dis tout à ta femme !"
Les SMS défilent ainsi sous le nez du pigeon, assortis de menaces du genre : "Je veux le pognon avant 8 heures ou j’appelle Freedom !"
"De guerre lasse", aurait dit un vieux colonel, l’amant échaudé porte plainte. La procureure Chloé Tanguy a dénoncé "ces escroqueries à la petite semaine qui ont néanmoins fait neuf victimes".
Karine , non présente à l’audience, recevra donc par voie d’officier ministériel le supplément à son casier : six mois ferme, 1.000 euros d’amende et interdiction d’exercer dans le commercial durant cinq ans.
Celle-là, elle ne l’a pas vue venir.
Jules Bénard
Source : Zinfos 974, 27 février 2014,
http://www.zinfos974.com/De-la-voyance-au-chantage-Six-mois-ferme-pour-une-mauvaise-truqueuse_a68722.html

Note du CIPPAD : Le patronyme a été ôté. La prévenue ayant fait appel de la décision, la condamnation n’est donc pas définitive pour le moment.