mercredi 26 mars 2014

Post-modernisme - Les conseils décapants du sociologue Michel Maffesoli aux créateurs de start up

Pour cette star de la sociologie, la valeur travail comme l'individualisme déclinent au profit de nouvelles tendances sur lesquelles les entreprepreneurs feraient bien de surfer.
"On ne peut entreprendre que si on est en phase avec l’esprit du temps", a-t-il expliqué lors de la conférence d'introduction du Spring Campus. Or, l'esprit du temps a changé, il faut l'admettre. Pas de panique cependant ! Cela ne signifie pas la "fin du monde", mais la "fin d'un monde" rassure le professeur de sociologie à la Sorbonne, qui rappelle qu'il faut éviter catastrophisme et sinistrose, et simplement prendre conscience des nouvelles valeurs qui régissent notre société post-moderne.
5 valeurs d'antan...
"A certains moments il faut jeter des éléments qui ne sont plus pertinents" lance le sociologue, qui rappelle que le mot crise vient du mot "crible", qui permet de trier. "Je garce ce qu'il faut garder, et je jette ce qu'il faut rejeter". Quelles sont donc les valeurs sur laquelle la société économique moderne s'est construite, et dont il faudrait peut-être se débarrasser ? Le sociologue en identifie cinq:
1. L'individualisme
2. La valeur travail
3. Le rationalisme
4. L'utilitarisme
5. L'accent mis sur le futur
Ces valeurs sont arrivées à saturation. "A mon sens, on ne mobilisera plus des énergies sur ces valeurs-là", déclare le professeur, qui déplore un désaccord entre la société officielle, qui repose encore partiellement sur ces valeurs, et la société officieuse, qui a évolué et s'appuie sur de nouvelles valeurs.
... et 5 tendances actuelles
Alors, quelles sont les tendances dont les entrepreneurs doivent prendre conscience pour lancer les business adaptés à notre société post-moderne ?
1. Le vivre ensemble, qui remplace l'individualisme. "Nous ne sommes plus dans une société où va prévaloir l’individu", insiste Michel Maffesoli, clouant d'avance le bec à ceux qui déplorent sans preuve un égoïsme généralisé. "On observe un retour de cette identité communautaire qui n’est pas seulement du communautarisme". L'individu est donc remplacé par la notion de personne, une personne plurielle qui appartient à des tribus, lieux où sont partagés des goûts communs.
>> Preuve de cette tendance ? Le succès de sites de partage tels que BlaBlaCar (leader du covoiturage en Europe), Airbnb (site de logements entre particuliers que la prochaine levée de fonds pourrait valoriser à 10 milliards de dollars (Le site de locations d'appartements de particuliers à particuliers Airbnb est en discussions avancées pour lever des fonds, une opération qui pourrait le valoriser à 10 milliards de dollars), ou encore Tripadvisor (site communautaire de voyageurs qui possède plus de 57 millions de membres dans le monde). Une tendance tellement palpable qu'elle a donné naissance au concept d'économie collaborative qui séduit massivement les Français: selon la première étude réalisée à ce sujet par TNS Sofres pour le groupe La Poste, et publiée en novembre, 48% pratiquent régulièrement la consommation "collaborative".
2. La création, qui remplace la valeur travail. Pour Michel Maffesoli, on observe un retour du ludique, de l'onirique symbolisés par l'apparition de slogans tels que "faire de sa vie une œuvre d’art" ou "ne plus perdre sa vie à la gagner".
>> Preuve de cette tendance ? L'apparition du DIY (Do It Yourself), ce mouvement qui amène les consommateurs à fabriquer, créer de plus en plus eux-mêmes ce dont ils ont besoin. L'une des illustrations les plus significatives est sans aucun doute la naissance des MOOC (Massive Online Open Courses), apparus en France très récemment. Ils permettent à chacun de construire sa propre éducation, depuis son ordinateur, gratuitement, et à la carte en piochant des cours issus de plusieurs universités.
3. L'importance accordée au corps, bien supérieure à ce qu'elle a pu être durant les décennies passées.
>> Preuve de cette tendance ? La pratique du body fitness explose. Une enquête réalisée par Ipsos pour Groupe 76/Reed Expositions et publiée en 2008 révélait déjà le plébiscite des Français pour cette pratique : "61% des Français s’adonnent à un sport, soit 6 points de plus qu’il y a trois ans", déclaraient les rédacteurs du rapport, avant d'ajouter: "Cette hausse de la pratique sportive est essentiellement due à la progression du body-fitness: près d’un Français sur trois (31%) s’y adonne, soit 4 points de plus qu’en 2005 et 6 points de plus qu’en 2000."
4. L'esthétisation de l'existence, qui se substitue à l'utilitarisme. On cherche à éprouver des passions, des émotions communes avec d’autres personnes.
>> Preuve de cette tendance ? Pour Michel Maffesoli, le bénévolat est une illustration de cette nouvelle valeur en usage. Et de fait, le rapport de France Bénévolat réalisé sur "la situation du bénévolat en France 2013" révèle que le nombre de bénévoles français a augmenté de 14% entre 2010 et 2013, passant de 18,3 millions à 20,9 millions.
5. L'accent temporel mis sur le présent, et non plus sur le futur. L'intensité est renvoyée sur "ce que je vis avec d'autres ici et maintenant", explique Michel Maffesoli qui explique que symboliquement, la vision se substitue au projet et la spirale à la flèche.
>> Preuve de cette tendance ? Le succès d'applications comme Snapchat (que Facebook a souhaité racheter pour 3 milliards de dollars) ou Whatsapp (récemment rachetée 19 milliards de dollars par Facebook) qui privilégient la communication instantanée, avec d'autres individus.
Conclusion ? Pour Michel Maffesoli, les nouveaux business doivent se baser sur ces valeurs. "C’est de cette manière que nous pourrons être innovants, c’est ainsi et pas autrement qu’il y aura une croissance, assurait le sociologue en conclusion de sa conférence. Aux entrepreneurs désormais de trouver le moyen de transformer ces valeurs en produits et services valorisés par les consommateurs, et de trouver les modèles qui les rendront profitables.
Par Claire Bouleau
Source : Challenges, 24 mars 2014,
http://www.challenges.fr/economie/20140324.CHA1903/les-conseils-decapants-du-sociologue-michel-maffesoli-aux-createurs-de-start-up.html
 

Affaire Maffésoli et Institut universitaire de France, l'astrologie à l'origine (cliquer sur le tite pour accéder à l'article)
Source : Libération,  {SCIENCES²}, 6 octobre 2008,
http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2008/10/affaire-maffsol.html 


L'interview de Michel Maffesoli au CICNS


Source : L'interview de Michel Maffesoli par le Centre d’information et de conseil des nouvelles spiritualités sur le thème des "sectes", 9 novembre 2006,
https://www.youtube.com/watch?v=OStx5HMRV7Y


Le Centre d’information et de conseil des nouvelles spiritualités
Le Centre d’information et de conseil des nouvelles spiritualités (CICNS) se présente, d’après son site internet, comme une association « indépendante de toute religion et de tout parti politique » qui défend « les libertés fondamentales de pensée, de conscience et de religion » ainsi que les « principes d’une laïcité ouverte ». Son message est très comparable à celui de la CAPLC.
Le but de l’association est de rétablir un « débat équilibré sur la place des minorités spirituelles persécutées par une politique de lutte contre les dérives sectaires menée sans objectivité depuis une trentaine d’année ». Le CICNS s’en prend ainsi très explicitement à la vigilance française en matière de dérives sectaires et, au premier chef, à la MIVILUDES.
Comme la CAPLC, il relativise la gravité des faits imputés aux actions des mouvements concernés en France, se démarquant d’ailleurs clairement - quoique avec regret - de la Scientologie, « bête noire de l’anti sectarisme » dont l’évocation soulève automatiquement en France «une avalanche bruyante et grossière d’amalgames et de lieux communs ».
Les informations contenues dans l’onglet « mythe des sectes » sont très éclairantes des orientations dans ce domaine du CICNS : défense systématique des mouvements susceptibles de dérives sectaires, minimisation de leurs exactions et imputation de celles-ci à un complot des gouvernements
Source : p.242 du Rapport sénatorial fait au nom de la Commission d’enquête sur l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé, 3 Avril 2013,
http://www.senat.fr/rap/r12-480-1/r12-480-11.pdf